05 juillet 2006
Trouillarde
Je me suis souvent demandé pourquoi je n'aimais pas déménager.
J'aime me démener. Et j'aime nager. Me ménager. Et même me mettre en ménage. Mais pas déménager. Ou alors
seulement quand c'est fini. Pas avant. Ni pendant. Seulement après.
Pourquoi suis-je fidèle à cette mouette rieuse
dont le pseudo me devient insupportable ? Après tout, créer un autre
lieu où jeter mes mots au vent, sans être oiseau ou quelconque
bestiole, juste moi, ce serait bien. C'est même facile aussi. Oui, c'est facile, même pour moi. Je crois.
Pourquoi
ne pas fermer
la porte de la maison, en laissant la clé dessus ? Pour partir. Dans une grotte.
J'aimerais bien. Ou alors une bergerie abandonnée à flanc de vallon.
Sans électricité, sans eau. Que du papier et un crayon. Et aussi de
l'encre pour la plume qui crisse. Sans rien que moi dans ses murs pour
lui donner de
la chaleur.
Je sais bien pourquoi, remarquez. Parce que je suis grande et responsable trouillarde, voilà.
Mais quand même.
J'aimerais bien.
Voler.
Loin.
Très très loin.
Et ne jamais revenir.
Même
ma maison. Je l'aime pourtant. J'y ai laissé des écailles de peau
arrachée sur les murs à rebâtir. Et des ongles cassés par la terre à
ameublir. Elle est mon foyer. A mon image paraît-il. Le problème...
c'est justement ça. Qu'elle me ressemble. Elle va finir par me faire
peur, d'être ce miroir qui me reflète à tous les coins des murs.
J'aimerais bien partir. Mais sans rien emporter avec moi. Surtout.
Partir.
Loin.
Très très loin.
Et ne jamais revenir.
Mais il paraît que ça ne se fait pas. Quand on est grand et responsable,
trouillard. Qu'il faut poursuivre la route, pour élaguer les ronces qui
pourraient rayer leur chemin. Jusqu'à ce qu'ils prennent la machette à leur tour.
Partir un jour.
Loin.
Très très loin.
Et ne jamais revenir.
17 juin 2006
Chat vagabond
Il était revenu, comme s'il n'était jamais parti, avec une tranquillité stupéfiante. Quand elle avait entendu son pas feutré, elle avait
froncé les sourcils. Mais, ce n'était pas possible qu'il se croit
encore chez lui ! Mais si, monsieur chat était passé par le jardin.
Après avoir été chassé à grands
coups de projection d'eau, il avait cuvé sa colère en rôdant dans le
quartier. Parfois elle avait cru le voir, en équilibre fier, sur un
faîtage. Monsieur chat était chez lui ici, elle n'avait qu'à l'admettre. On
ne chasse pas ainsi sa majesté de son domaine. Il y avait fait ses
griffes, arraché des lambeaux délicieux. Il avait laissé ses traînées
au parfum tenace, elle n'avait jamais pu en chasser l'odeur, elle
n'était qu'humaine.
Monsieur chat rigolait en douce. Il passa devant
elle, comme si de rien n'était.
Vous savez bien, le dos ondulant, et les coussinets roses de ses pattes s'enfonçant moelleusement dans votre tapis.
Monsieur chat était là chez lui. Et vous étiez sa colocataire. Un point c'est tout.
Son
museau portait les traces fraîches de griffures gagnées lors de combats
inconnus. Il avait un peu maigri, se nourrissant de tout ce qui
traînait alentour, certainement.
Vous l'avez regardé, l'avez
interpellé ; tiens, tu es de retour ! Et tu as l'intention de continuer
à tout déchiqueter ici, ou tu as enfin grandi ?
Monsieur chat a plongé son regard droit dans le vôtre, à son habitude de maître des lieux.
Il
ne vous a pas répondu. A déposé le corps brisé de l'oiseau, qu'il
tenait dans sa gueule aux dents acérées, sur le fauteuil moelleux.
Puis a sauté sur vos genoux.
Comme
avant, comme si de rien était, comme si vous l'aviez appelé. Mais non,
vous étiez contente d'en être débarrassée, de ce matou qui vous
narguait.
Monsieur
chat léchait ses coussinets. Jouait avec ses griffes.
Et les planta dans votre coeur en paix.
Monsieur chagrin était revenu.
Rien ne le délogeait. Rien. Il était votre maître.
15 juin 2006
Ni fleurs ni couronne. Merci.
C’est l’histoire d’un arrosoir. Un tout vert, en plastique, contenance dix litres. Rien que du très banal, avec un bec et un pommeau.
Bon, le pommeau, il l’a perdu un jour où elle est tombée dessus. Ploc ; le plastique n’a pas supporté. Mais c’est une fin très banale à son âge. 10 ans de soleil et de gel, les dérivés pétroliers devaient être fatigués du traitement. Les escargots avaient perdu un de leur refuge favori ce jour là. Le pommeau traînait, avant d’exploser, au pied du robinet du jardin, dans les herbes fraîches. Et les colimaçons aimaient s’y réfugier, franchir le tunnel et paresser devant la fenêtre piquetée de lumière.
Elle s’en servait tous les jours de l’arrosoir, la canicule ayant remplacé les gelées matinales sans crier gare. Les surfinias en cascades colorées pendaient, éternels assoiffés du soir. Ce jour là, à peine arrivée, elle les avaient regardés, piteusement pendouillant. Même la tasse à café qu’elle s’octroyait dès son retour de travail avait été reposée. Le café était une gourmandise, eux froissaient leur fleurs mauves en état de déshydratation sévère.
Trêve de chichis, avec la petite robe noire qui lui donnait une allure de fille, en compagnie des chaussures à talons bobines, les lunettes encore sur le nez, elle saisit l’arrosoir et grimpa sur la chaise de jardin. Sans autre forme de procès. Il était toujours plein, le vieil arrosoir, afin que l’eau perde ses vapeurs chlorées au cours de la nuit et de la journée.
Et elle le lâcha. Elle lâchait de plus en plus souvent les objets depuis que le chirurgien avait réparé son coude droit. L'habitude prenait l'apparence des éclats de verres brisés. Mais aujourd'hui il s'agissait de plastique. Vert et vieilli. Du haut de la chaise. Dix litres d’eau. Qui jaillirent en geyser, de trois mètres plus bas.
Elle ne dit rien. Pas un mot. Enleva ses lunettes. Regarda sa robe collée au corps. Les coussins imbibés. Enleva ses chaussures et tenta d’essuyer soigneusement ses pieds au tapis de sol. Trempé lui aussi. Dignement, elle rentra dans la maison, en relevant la mèche dégoulinant sur son front. Et croisa sa fille. « M’man, tu peux te déshabiller avant de prendre une douche, tu sais. » Elle s’essuya dignement les mains, prit une cigarette et alla la fumer dans l’allée sèche et chaude.
Puis elle écrivit sur la liste. "Arrosoir. Cinq litres maxi."
Et elle rit.
20 avril 2006
Mode d'emploi du blog
Bonjour à vous qui venez d’arriver ici.
Il
y a beaucoup de notes dans ce blog. A l’heure où j’écris ce mode
d’emploi, plus de 700 s’y côtoient. Donc, pour vous aider un peu, mes
notes sont classées en « catégories » dont je vous donne à peu près la
teneur ci-dessous. Pour y accéder il suffit de cliquer, à gauche du
blog, dans l’espace « catégories » . Plus simple ? impossible ! Il y a
cinq textes consultables par page internet. Et des numéros en bas de
page, pour accéder aux précédents. Vous choisissez, vous zappez, vous
ronchonnez. Comme vous le voulez ! Moi je ne vous vois pas… Pour
m’envoyer un mail, c’est tout en bas, à droite, ça s’appelle «
contactez l’auteur ». Eh, pas de sourire narquois, hein, c’est
canalblog qui le nomme ainsi. Moi, j’aurais préférez écrire « pour
envoyer tout plein de gentils mails à la mouette ». Ah, un dernier
point ; comme tous les bloggueurs (ou presque), j’adore les commentaires laissés ! Pour cela, nul besoin d’avoir soi-même un blog. Il suffit de saisir votre adresse mail (les méchants en inventent une, canalblog ne va pas vérifier qu’elle existe….et seule moi la verrai), de vous donner un pseudo, de taper votre commentaire et de cliquer sur « envoyer ». Et si vous voulez en écrire tout plein (merci, c’est trop gentil),
n’oubliez pas avant de cliquer sur « se souvenir de mes informations
personnelles », vive l’informatique ! A bientôt ! Qui a dit que c’était
du maternage, qui ? Trêve de bla-bla, voici donc les différentes
catégories ;
défis
Dans cette catégorie, peu de notes, mais toutes ont été écrites en
réponse à une demande. Qu’elle soit de bloggueur ou non, en tout cas
d’un « lecteur » (comme vous à cet instant). Les défis farfelus,
rigolos, poétiques, littéraires… je ne peux que vous demander de me
mettre en difficulté. Pourquoi ? mais parce que je sens que mes mots
aiment être guidés par vous, sur des chemins que je n'aurais pas osé
emprunter seule...Si vous voulez vous inscrire, cliquez à droite sur «
c’est ici que l’on s’inscrit pour me lancer un défi ». Pssst ; je
rappelle que je ne suis pas un écrivain, pour ceux qui en douteraient !
Je joue, ici !
île aux mouettes alors là,
cela parle tout seul, non ? L’oiseau a des mouettons, des géniteurs,
une fratrie. Une histoire. Tout ce gloubiboulga dans lequel on puise des tas et des
tas de conflits, d’intérêts…
île amiliée tout ce qui est issu des échanges de blogs à blogs…
île des cris
; c’est là que je laisse mes mots laids, mes mots amers, les traces
salées sur les joues, la clé de la prison dorée du chagrin, l’empreinte
de ces moments où je me sens…" tas". Si vous vous sentez dépressif ce
n’est peut-être pas la peine d’aller fouiller dedans…
île des mots Écrire. Écrire en note de mots la vie accidentée de silences.
île des sens est la catégorie sensuelle, sensitive, des amours composés, inventés, désirés.
île du papillon bleu ; ces mots sont pour elle, la ptite, en souvenir de sa maman devenue papillon bleu une nuit d’été.
île gourmande bon appétit ! des cannelés au chou farci. Qui a dit "bêrrrrk" ?
île inconnue
ici se trouvent des vies que j’imagine, des vies que je rêve ou
cauchemarde, un fouillis de mots. Les lettres à celui que je
rencontrerai un jour.
île perdue ces notes
là, en concrétion. La pré-post-histoire qui statufie les vies en
strates. Un amour perdu. Son histoire pas très clairement racontée,
très hachée, à l’image du gouffre qui m'aspirait. Recueil des notes qui
furent ma thérapie quand le chagrin me rongeait. Cela arrive à tout le
monde, vous savez, les oiseaux n’y échappent pas.
île Toi et Moi, une jolie histoire , d’un Toi, d’un Moi, d’un n’importe qui, même en sens interdits.
îles d'elles, d'ils
comment écrire sur eux ? En m’imaginant… d’accord, il y a aussi parfois
un peu de vrai… mais pas le code qui permet de le savoir ! Hi hi hi !
îlot boulot alors là, pas besoin d’explication ! Boulot. Pas métro, mais vélo. Boulot-vélo-dodo. La Mouette est très conventionnelle…
îlot corporel quand Pieds parlent à Mains, qu’Estomac et Ego s’en mêlent… Recueil de dialogues d’organes. Enfin un peu d’humour…(non, Ego, ne me remercie pas, je te jure que tu es très drôle quand tu le veux).
îlot détente sérieusement, en allant voir comment le décrire….le désordre m'a surprise ! Je fourre vraiment de tout dans ce tiroir là !!!
îlot enfantin je
ne sais pas s’il y a des mouettes à Tahiti, mais c’est là que mes
plumes y ont poussé…quand j’étais petite, toute petite, parce que
maintenant je suis grande, drôlement grande !
îlots imagés des photos que j’aime, tout simplement, avec souvent quelques mots autour… (je dois être très bavarde !)
petits riens
, disons que c’est un peu plus noir parfois que la catégorie détente…
mais très « en vrac », les notes… Un jour, si j’ai du courage, je ferai
le ménage !
rencontres de blogs Voici les récits écrits à la suite de rencontre de bloggueurs. Bientôt, ici même, peut-être la nôtre !
12 avril 2006
Le prix de l'élégance
Avant, d'un geste qui se voulait négligent, -bien que je tremblais aussi un peu de joie de manque- j'attrapais mon paquet cartonné rouge. Saisissais un bout doré et le portais à ma bouche. La "fumer tue" est quand même mon esclavage chéri depuis bien des années (voyons, mai 68, ça nous amène à trois dizaines, ça !). Je sais, ce n'est pas bien. Pas bien du tout, et je peux me faire aider si je veux. Mais je ne veux pas, merci, c'est bien aimable à vous ! D'autant qu'ils me mettent bien en garde. A cause d'elle je peux mourir lentement, dans des souffrances atroces. Et je sais aussi qu'elle s'appelle "fumer pue", mais c'est moins élégant sur le paquet.
Bon, ça, c'était avant.
Maintenant, ayant un budget qui n'a pas suivi l'inflation de ma "fumer tue" chérie, le paquet rouge cartonné est réservé aux grandes occasions. Par exemple quand je tente de plaire, malgré mon odeur de mégot. Ne faites pas la grimace, j'en ai connus des pas-dégoûtés. Et puis je me lave les dents aussi, et je bois beaucoup de cafés, ça masque un peu. Bon, tout ça pour dire que cela reste exceptionnel. Pas que je fume, suivez donc ! mais que j'attrape alors les cigarettes toutes jolies, d'un geste élégant (mais si madâme je râle, mônsieur grincheux, parfaitement, é-lé-gant !).
Maintenant, quand je suis entourée de gens qui m'aiment un tant soit peu comme je suis, que je n'ai pas besoin de séduire, même en pyjama et pas maquillée, ou avec le nez qui coule. Ou avec ceux qui m'ont vu m'allonger sur mon tapis pour me détendre tout en discutant, et qui ne croient pas que je sois une folle pour autant, bref avec ceux que j'aime et qui m'aiment, là, maintenant, disais-je, c'est beaucoup plus difficile qu'avant, le geste négligent. Parce que je suis obligée de m'asseoir. Devant une tablette. Et de sortir ma pochette de tabac à rouler. En faisant gaffe ; ça s'échappe de partout, comme des asticots séchés. Bref je sors ma blague à tabac. Une même pas tricotée par une tante canadienne ou une grand-mère qui crochète. Non, un truc en plastique. Vert, même plus rouge. Et là, tirant la langue et la pochette de feuilles blanches à embout gommé, me voilà roulant mes cigarettes. Enfin, tentant de rouler les débris sournois qui s'échappent, devrais-je dire.
Voilà, le tableau du premier acte est dressé..
Avec langue, tentant d'humecter -mais pas trop- le truc qui se devrait de ressembler à une cigarette. Mais qui, en réalité a l'allure douteuse d'un joint de débutant. Bref, un asticot blanc dont on voit les viscères. Et là, toujours penchée sur la tablette -ininflammable, hein !-, je tente d'allumer. Parce que c'est déjà beaucoup plus court que la vraie. Alors il faut tenter de choper le bout sans trop loucher. Victoire ! j'ai maintenant le bout en flammes, les ptits débris enflammés tombant négligemment sur tout vêtement auquel vous tenez vraiment. Sur le vieux pantalon des week-end pluvieux, ça ne tombe jamais. C'est garanti. J'évite donc les roulées quand je veux séduire un monsieur. Surtout si je suis en fille, avec le barda de nylon sur les jambes. C'est pas beau le nylon fondu. Et puis ça fait mal en plus. Je me contente alors d'une "fumer tue" gracieuse.
Après c'est tout aussi compliqué. Il ne faut pas vraiment la serrer dans les doigts, ça se plie, se courbe, et le tabac (incandescent parfois) s'échappe. L'horreur. Mais, le plus souvent, il faut rallumer. Comme un barbecue. Spectacle ravissant. Le truc collé aux lèvres, qui a pris une teinte jaunâtre, qui est de plus en plus proche du nez en plus. Donc, vous louchez. Enfin, moi, en tout cas... Bon, pour ne pas défiitivement écoeurer mes gentils lecteurs, je ne vous dirai rien du crachotis à effectuer - le plus discrètement possible - pour ne pas avaler les brins qui se sont insidieusement logés sur la langue.
Et voilà, je suis devenue économiquement rentable dans mon vice. C'est-y pas beau ça ? Et comme c'est encore plus plein de goudrons et tout et tout, et bien ça va devenir une "fumer tue vite" ! C'est y pas une réussite, ça ?
Comment ? Ah... si un monsieur va encore vouloir de moi ? Mais oui, parfaitement. Il suffit de sélectionner ceux qui ont un petit paquet rouge (bon, je ne fais pas la difficile, ou bleu ou vert, même blanc) eux aussi.
Ils s'aimèrent, toussèrent et eurent un joli cancer ensemble.
Je vous le dis, le prix de l'élégance.... jusqu'au bout....
27 mars 2006
Clouer le bec.
Vous m'avez cloué le bec. Alors qu'il pendait lamentablement. Une fracture du bec, vous rendez-vous compte ? Je ne pouvais plus articuler un mot. Cela m'est encore douloureux, mais vous m'avez redonné la parole.
En hommage à vous, qui avez enfoncé le clou. Consolidant la fracture. De vos mot à mot cautérisant.
En hommage à un forgeron chez qui mon ado-mouette de 17 ans a fait un petit stage. Et a fabriqué un clou.
En hommage à cette amie qui l'a trouvé beau. Tout simplement. Et a donné à son forgeron une diable de fierté.
En hommage à cet ami métallier, et qui a fabriqué un bouclier médiéval avec ce même ado.
En hommage à sa patience et à son goût de la connaissance transmise.
En hommage à un garçon que je ne connaîs pas, mais qui ne mange que des légumes (je ne sais pas pourquoi,mais ces animaux là me font moins peur !).

En hommage au printemps et à la douceur toulousaine, pour M.Pool, quelques fleurs de mon nid, qui est toujours prêt à accueillir de nouvelles plumes amies ...même en rasta !

17 mars 2006
Rage. Gare à la rage.
Non non, je n'étais pas du tout-du tout enragée. Hier. Non. Allez, je raconte.
Si j'ai vidé mon sac sur le bureau, si j'ai dépiauté mon manteau, c'est très très calmement. Très.
Si j'ai téléphoné aux collègues, les envoyant faire de la gym sous mon bureau, si j'ai pédalé en sens avant, en arrière, si j'ai fouillé les feuilles mortes, c'était très sereinement. Très.
Je vous assure. Je ne suis pas accro à ce point. On peut très bien vivre sans. Très très bien.
D'ailleurs, comment est-ce que je faisais avant, hein ? Avant de le perdre. Je vous le demande. Je ne m'accroche à lui, il ne s'accroche à moi que depuis 4 ans. Bientôt 5. Dans trois mois cela aurait fait 5 ans. Je connais très bien la date.
J'ouvre la parenthèse....
C'est quand mouettine a eu son accident. Qu'elle était toute blême et vrillée de douleur et que ces ***!!* de gens de la vie scolaire (incompétents, je vous l'ai dit, je le répète, vous avez été des incompétents ce jour là) n'ont pas réussi à me joindre pendant plus de trois heures. Parce que j'étais en réunion. Bon, après, il y a eu l'opération, et tout s'est bien passé. Mais quand même ces ***!!* de gens de la vie scolaire qui ne pensaient pas (blême, elle était, avec une désarticulation du genou, une petite douleur, quoi, juste deux heures d'opération pour ré-articuler) qu'elle avait vraiment mal et qu'il fallait me joindre, de façon urgente, par le standard... Je ferme la parenthèse....
Bref, on peut très bien vivre sans. Un jour ou deux. Pas plus. Sinon je sens que je vais craquer. Mais non, ils ne vont pas avoir d'accident, mes petiots, ce n'est pas ça qui me tracasse. Et puis j'ai un truc à la maison, un autre au bureau. Je ne suis pas complètement isolée. Non, pas complètement. Juste qu'il n'y a plus de musique. Plus le tûûût des jolis mots gentils. Plus le ta la lala la laaa pour Toi, le gring gring pour lui, le Merry Christmas pour celui là, le touououou pour eux. Vous ne faites pas ça, vous ? Les reconnaître avant ? Avant de décrocher ce p*** de truc que j'ai perdu. Comment je vais faire pour prendre ma voix glaciale-merdeuse quand Honoré de la Bolo va m'appeler, parce que j'aurais reconnu sa sonnerie ? (oui, il continue ses appels, mais nos emplois du temps ont du mal à coïncider avec ma rage)....D'autant que je n'ai plus son numéro.
Parce que j'ai perdu tous les n°. Sauf ceux de ceux qui me sont précieux, qui sont notés, qui me suivent partout partout, au cas où. Les autres... pffft, envolés. Avec le **** !! de truc que j'ai perdu.
Pourtant, je lui ai collé une jolie étiquette sur le dos ; "Si je suis perdu, 05.....". Mais peut-être qu'un farfadet l'a mangé ? Ou qu'il est tombé dans l'eau verte du canal ?. (quelle idée d'y aller pique-niquer, aussi ! je n'avais qu'à rester au boulot ! ). Monsieur le plombier, s'il vous plaît, je ne connais même pas votre nom... appelez moi à la maison... s'il vous plaît....
Oh !!! c'est affreux ! Je déteste ça ! Je hais ça ! Je me sens toute nue. Comme si plus personne ne m'aimait. Plus de vibration exquise sur ma hanche. Droite.
Epilogue
Le soir, l'autre truc indispensable à ma survie a ring-ringué, à la maison. Après que j'ai fait coupé la ligne par l'opérateur du pôv petit égaré, quand même ! "Dis, a dit la petite voix, tu ne vas pas me croire, mais... dans la poche de mon blouson, il y a ..." Vouiiiii ! Il est retrouvé ! Dis-moi, Toi, quand je t'ai téléphoné, après notre pique-nique, pour te demander de t'assurer que... Bon, allez, je suis tellement dés-enragée que je me sens prête à te dire merci.... Pfft ! Merci, Toi !
09 février 2006
D'aile en aile, de plumules en rémiges
Aujourd'hui je sais si bien que mes mots
seront trop lourds... ils me pèsent. Comme un enfantement qui s'annonce
difficile. Oui, dans la douleur, certainement.
Je voulais arracher une
plume, la lancer très haut, la regarder tournoyer.
Vous
savez, comme ces duvets qui voletaient des oreillers anciens. Avant que
tant ne deviennent allergiques ; à la recherche d'un à-l'air-gène, ils
ont trouvé la plume. Par exemple. Un peu comme moi.
Elle me
gêne cette plume arrachée. Elle était là, parmi les rémiges qui me
parsèment les elles. Parmi les autres elle semblait belle, brillante,
un peu perlée. Mais la voici, détachée, arrachée, avec son rachis tout
creux. Comme moi. Elle était déjà morte, la plume, même encore fichée
en moi. En réalité une plume est toujours morte quand elle a fini de
grandir. Elle attend son tour, celui de la prochaine mue. Oh, elle est
utile ! Même si elle n'a pas de vie à elle. C'est elle qui essuie les
tourments des tempêtes en trombes. C'est elle qui fait glisser le piège
irisé des eaux si trompeuses sur lesquelles, parfois, je me posais.
J'aurais
pu saisir quelques vibrisses, si fines, autour de mes yeux. Ou encore quelques fil-o-plumes, qui me sont si utiles, cachées, tout près de ma peau.
J'aurais pu vous en tresser un fin bracelet. Si léger. Et trompeur.
Mais ce soir, mes mots sont lourds, si lourds.
Je me mue en cacatoès, je dresse et gonfle ma huppe, pour vous dire... tenter de vous leurrer. Quelle vanité !
Vous
voyez cette plume ? Celle que je viens d'arracher, de mon aile. L'aile gauche pour les droitiers, c'est important. Allez,
prenez la. Taillez la en oblique, franchement. Glissez dans mon rachis
du sable chaud, bien chaud surtout, pour l'en-durcir. D'un lange,
frottez la pellicule de graisse qui m'était si utile. Avant. Quand elle m'aidait à voler au loin. Puis taillez le bec. Comme votre main se plaira à le faire. En une ou deux pointes, d'angles plus ou moins ouverts. Choisissez l'encre qui vous plaira, trempez là, n'hésitez pas, elle a connu quelques marées noires, déjà. Pour vous, elle se fera
docile et crissera sous vos mots.
03 février 2006
Dialogue urbain
Pardon ? Je vous ai bousculé ? Désolée, je pense que mon sac à dos a du effectivement vous heurter par mégarde.
Ta gueule connasse.
Ah, ma gueule, certes. D'accord, je prends ma gueule et je m'en vais.
Fais pas chier avec tes mots de bourge.
Mais nous vous merdons, monsieur, moi et mes mots de bourge.
Tu m'cherches, connasse !
Moi, chercher une relation quelconque avec vous ? Hi hi hi !
Tu vas t'en prendre une, vieille peau.
Et
bien, écoutez, je pense que le lieu n'est pas adapté, descendons au
prochain arrêt, nous serons plus à même d'en discuter, voulez-vous ?
P'tain, qu'est c'est qu'cette conne ! Tu t'es vue ?
Oui, tous les jours, dans la glace. Et je n'aime pas baisser la tête et les yeux. Nous descendons ?
Dégage, pouffiasse, t'es trop conne. Si tu crois que je vais te suivre...
Bien le bonsoir, monsieur, je descends, c'est mon arrêt. Attention, mon sac à dos pourrait à nouveau vous bousculer, le malpoli.
30 janvier 2006
Sorcellerie
Il était sorcier. Et son souffle tétanisait.
Elle était poupée vaudou. Et ses aiguilles tuaient.
Ils s'étaient rencontrés.
A un bal masqué.
S'étaient aimés au premier rayon de lune.
Avaient tenté l'étreinte pas fatale.
Mais comment cesser de respirer ?
Comment défaire la pelote mortelle ?
Ils avaient croisé les fers de leurs sorcelleries.
A deux, nous y arriverons.
Elle avait lancé une aiguille sur le sorcier.
Pour que son souffle en émousse le dard.
Il avait soufflé dans le cou de la poupée.
Pour la guérir de tuer.
Le sorcier se dégonfla comme une baudruche.
La poupée fondit en cire molle.
Ils étaient bien avancés, maintenant.