Motus et bouche cousue

Mots jetés à tout vent, mots libres, tout simplement.

01 juillet 2006

Empreinte

Quand elle flânait, elle emplissait ses poches de cailloux, d’épis d’avoine, de pétales de fleurs. Mais pas de grenouille, non. Ce soir là, en rentrant, elle avait jeté sur sa table de chevet tous ses trésors. Elle aimait bien les sentir dans sa paume et respirer leur odeur. Avant de les déposer dans des soucoupes, au pied de fleurs. Un peu partout.
Elle
allait enfin pouvoir regarder l’objet de granit d’un gris rosé qui l’avait intriguée, et qu’elle n’avait pu bien voir sans ses lunettes. Ce n’était pas vraiment un galet ou un cailloux, ceinturé d'une veine pâle. Il était un peu granuleux, mais sans aspérité, assez doux pour qu’elle le passe sur sa joue, pour en ressentir tous les grains. Elle aimait toucher, avec sa paume, avec ses joues. Son odeur était un peu poussiéreuse, et son goût, découvert du bout de la langue, y avait laissé un voile. Elle le fit sauter d’une main à l’autre, le fit rouler.
Et il s’ouvrit. En deux.
Elle le lâcha en poussant un hurlement.
Il poussa un hurlement, en écho. Mais moins fort que le sien, parce qu’il était tout petit. Le lutin qui était sorti de son galet.
- Mais enfin vous êtes fou de crier comme ça ?
- Je ne suis pas folle, j’ai juste cru que vous étiez une bestiole, vous m’avez fait une de ces peurs !
- Une bestiole ? Moi ? J’aurais tout entendu !!! Vous êtes de l’espèce femelle des humains ? la voix ne trompe guère. Et trouillarde qui plus est. C’est bien ma chance, tient… Allumez la lumière, on n’y voit rien.
- Il fait encore jour, monsieur lutin, on y voit très bien. 
- C’est épouvantable, au secours, je suis aveugle, je suis aveugle. Après toutes ces années dans le noir, voilà, ça devait arriver.
- Je suis peut-être trouillarde, mais vous, vous êtes sacrément impatient ! Je ne pense pas que vous soyiez aveugle. Ce doit être juste une question d’heures, soyez patient, vous verrez que cela s’arrangera.
- Vous « verrez »… vous avez le sens du mot juste, vous ! Bon, on fait quoi en attendant ? Vous êtes dans votre habitation, là ?
- Oui, dans la chambre, juste sous la fenêtre du jardin.
- Je pensais qu’on était dehors ! Je suis aveugle, mais je sais sentir, moi ! Aveugle…Quand je pense que vous avez des yeux qui voient et que vous m’avez pris pour une bestiole… On se demande qui est le plus aveugle de nous deux.
- (…)
- Vous ne dites rien ? Vous voulez que je vous raconte ce qu’il y a dans votre jardin ? Vous aimez les histoires ? ça fera passer le temps ! Alors, des lavandes... du thym en fleurs. Donc nous sommes en été. Facile… Un léger parfum de roses... l’odeur âpre du buis… Voyons-voyons (tiens, moi aussi j’emploie de drôles de mots, ça doit être contagieux !)… il y a de l’herbe, elle est même humide de pluie, parce que la terre a un parfum acide. Et du basilic ! Mais enfin, dites quelque chose !
- Vous avez raison, il y a tout cela dans mon jardin. Et des poires vertes aussi. Tenez, je vais vous amener près d’elles. Montez dans le creux de ma main.
- Merci. Vous savez, je commence à voir la lumière. Les couleurs vont bientôt apparaître.
- Regardez -pardon ! touchez, elles sont là, aussi petites que vous, et encore toutes duveteuses. J’adore leur parfum, mais il faut savoir l’apprivoiser. Il est presque transparent, vous ne trouvez pas ?
- Pour une humaine, vous vous débrouillez presqu'aussi bien que moi ! Ouais, une poire verte... Bon, tout ça c’est bien beau, mais vous voulez quoi ?
- Moi ? Mais... je ne vous ai rien demandé !
- Ah, vous ne croyez pas aux contes de fées alors ? Vous ne savez pas qu’il suffit de me toucher le nez pour que je devienne un grand Djinn ?
- Vous toucher le nez ? Je peux ? Vous n’avez pas peur ?
- Peur de vous ?  Oh, ça y est, je vous vois ! Hummm, non, vraiment, pas de quoi être effrayé. Même si je vous trouve bien brusque. N’oubliez pas que je suis dans votre paume, ça balance drôlement.
- Pardon, Monsieur Lutin, je vous re dépose. Sur mon lit, vous ne pourrez pas vous blesser. 
- Merci. Je commençais à avoir mal au cœur, moi ! Oui, vous pouvez me toucher, mais doucement, hein ! Du bout du doigt.
- (…)
-
Ahhh, ça fait du bien ! Et voilà, qu’est ce que vous en dites, hein, quand je suis déplié ? Moi, le grand, très grand Djinn à l'âme de granit ?
- Je n’aurais jamais cru que vous pouviez être aussi grand ! Et ce n’est pas trop dur d’être rapetissé dans votre galet ?
- Mais non, mon granit, c’est pour moi-lutin. Je ne deviens Djinn que le temps de réaliser votre souhait.
- (…)
- Vous parlez bien les silences.
- (...)
- Remarquez, ça repose. Vous ne croyez donc pas que les souhaits se réalisent par magie ? Je vous ai entendu, dans vos pensées.
- Je préfèrerais que vous ne lisiez pas dans mes pensées, monsieur Djinn. S’il vous plaît. Oui, j’aime les silences.
- Dépêchez vous, la magie ne dure pas très longtemps, vous savez…
- (…)
- Vite ! Votre vœu…

Elle
se réveilla, la peau nacrée d’un voile de sueur, le souffle court. Elle avait crié. Encore une fois. Elle détestait son cri dans la nuit. Elle détestait ces rêves étranges qui parlaient de silences aveugles et de parfum de poire verte.
Elle se leva, alla un instant à la fenêtre pour sentir les odeurs de la nuit.
Sur le mur, si blanc et nu, l’empreinte dessinée d’un pied étrange fit battre son cœur.

Posté par Mouette rieuse à 20:00 - îles d'elles, d'ils (28) - Commentaires [11] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

24 mars 2006

Peau galline

L'air tiède glissait sur le duvet de ses bras. Elle frissonnait. D'autres pensaient qu'elle avait froid. Comme d'habitude. Ils ne savaient pas, bien sûr, comment auraient-ils pu savoir ?
(...) L'enfant courait dans le pré. Sur la tige de l'herbe vivace, une tache de sang noircissait. (...)
Que sa peau qui se muait en chair granuleuse la protégeait de leur contact. Qu'elle n'avait que cela pour les fuir. Que ce n'était que ce mal récurrent qui lui vrillait jusqu'à la peau, en surface. Sa rage aiguë du nerf de vie qui la lançait, sans crier gare.
(...) Les yeux mi-clos, il nageait. Des coraux orangés affleurait la murène. (...)
Cette douleur exquise qui broyait tout, coquille aux éclats coupants.
Ils ne regardaient que son iris. Ne savaient-ils pas que leur reflet y était un leurre ? Miroir qu'ils pensaient sans tain. Mais elle ne les voyait pas. Le mal l'occupait toute entière.
(...) Le ciel était toujours si lisse. Le soleil irradiait, son ventre gonflait de la famine (...)
Plissé soleil des yeux, dents dévoilées du rire, tête penchée, elle souriait. Elle était là. D'autres la voyaient, la caressaient même, parfois. Si absente et vide, comme livre aux pages blanchies. Eclatée et rongée par ce mal vicieux. Qui lui volait sa vie en écartelant ses pensées.
(...) Il regarda la parcelle. S'apprêta à effriter la terre aux mottes dures et desséchées (...)
Elle vomissait alors, en paroles si douces, les mots qu'ils attendaient. Elle riait, s'émerveillait de leur candeur.
Ainsi donc leurs paupières ouvertes les rendaient aveugles ?
Ainsi donc ils n'entendaient que la musique, pas les mots du compositeur ?
Ils aimaient ce qu'elle n'était pas.
(...) Il déposa les graines avec un sourire, et s'en fut sereinement. La nature ferait ce qu'elle doit faire.

Posté par Mouette rieuse à 08:00 - îles d'elles, d'ils (28) - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

16 mars 2006

Sans défense

Elle se laissait aller. À ne pas se défendre. De peur de blesser, par mégarde.
Un chaton l'aurait griffée au sang sans qu'elle ne bouge son bras.
Elle basculait sa gorge, offerte à l'estafilade des mots en rasoir.
J'avais envie de la prendre par le coeur pour lui montrer sa beauté à protéger.
Je voulais lui décapsuler la tête pour qu'elle entende ses mots-galets, ses mots lisses, qui percutent l'onde en ricochets.
Je voulais lui dire, tout doucement...
Tu es si belle. Ne laisse pas le chat jouer à te blesser.
Tu es si fatiguée. Ne laisse pas ce poids en armure sur tes épaules.
Mais je n'ai pas trouvé les mots. Parce qu'elle les sait tant et plus, les mots. Qui sont ses amis depuis toujours. Elle peut bien les effacer, faire croire qu'ils sont perdus, personne ne peut les oublier. Parce qu'ils brûlent un peu la rétine de ceux qui entendent ce qu'ils tracent en rigoles.
Elle ne savait pas qu'il fallait qu'elle creuse le sol pour y laisser son empreinte. Que le monde n'est pas que sable doux où les pas déposent leur relief à l'envers. Qui s'effacent à la première marée. Le monde est dur. Et les ongles s'y cassent en voulant y planter des mots. Mais qu'elle allait y arriver. Malgré tout. Parce que la vie est en elle, profondément. Dans tous ses mots en graines.
Elle ne savait pas la loi. Qui fait mal, blesse et arrache des larmes. La loi qui veut que des vies se séparent, et toujours dans la douleur. Elle ne voulait pas de cette loi. Et regardait, sans comprendre qu'elle s'y était arrêtée, à les protéger, qu'elle ne respirait plus, qu'elle haletait.
Alors, elle ouvrait grand ses bras, fermait les yeux et tournait en hurlant. Quand personne ne la voyait. En hurlant comme une louve, à la lune pleine.
Dis, tu m'entends ?
Je voulais te dire. Tout doucement...

Posté par Mouette rieuse à 08:00 - îles d'elles, d'ils (28) - Commentaires [10] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

20 février 2006

Aveuglée

Je ne l'avais pas vue, même les yeux grands ouverts.
Juste ressentie, parfois, en frissons doux, dans son regard.
Bien sûr, il y avait ses cicatrices fines, nacrées. Elles en étaient devenues jolies d'être familières.
Bien sûr il y avait ses mots, parfois aussi violents que coups de haches.
Mais j'étais toujours aveuglée. Par ses voiles.
Elle portait une burka de soies transparentes et superposées. Cela lui donnait un charme fou.
Je m'y laissais prendre, comme un mirage trompe le marcheur.
J'ai bien du ouvrir les yeux quand elle a appuyé sur l'interrupteur.
Pas une veilleuse pour enfants.
Une lampe de 1 000 watts braquée sur sa nudité, histoire de ne rien cacher.
J'ai vu. Je l'ai vue.
Et je me suis brûlé la rétine.
Fracassé les certitudes.
Je me suis sentie mal. De ne pas avoir vu avant.
Elle. Et toute sa mosaïque de maux.
J'aimais sa présence.
J'aimais ses absences.
Je vais l'aimer encore plus.

mosa_que

Posté par Mouette rieuse à 13:01 - îles d'elles, d'ils (28) - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

27 janvier 2006

Etoile noire

Il regarde autour de lui, inspecte les pièces une à une. Tout est ok. Pas nickel-nickel, mais correct. Pas trop rangé, mais au moins propre. Il n'y a pas de slips qui traînent ou de trognon moisissant au coin d'une étagère. Ca ira bien, quand ils viendront.
Il enfile son blouson. Ferme un à un les fermetures et les boutons pressions. Avec des gestes familiers et mécaniques. Pas besoin de réflexion. Il fait cela depuis si longtemps. La cagoule et l'écharpe. Pour ne pas avoir froid. Il se demande comment son corps fait pour y être toujours sensible. Alors qu'il sait bien que le néant a déjà rongé un à un tous les organes. Il y a une étoile noire, avide, qui l'habite. Mais la peau est là. Vive et sensible à la morsure du froid. Elle n'a pas oublié les caresses douces qu'elle y déposait de ses lèvres tendres. Sa peau qui se désquame en pellicules ternes. Elle l'aurait massé avec de l'huile d'amandes douces, en riant doucement, de son rire de gorge qu'il aimait tant. Sa voix serait devenue rauque et ils en auraient ri. Tu ne peux pas dissimuler tes émotions, mon amour !
Il prend les clés et ferme la porte. Comme d'habitude. Ils ne doivent pas se douter de quoi que ce soit. Surtout lui. Il ne comprendrait pas, se sentirait coupable de n'avoir pas vu, pas compris. Il n'y peux rien. Pauvre gosse. Quand elle était morte il lui avait pris la main, sans un mot. Et ils avaient pleuré en silence. Elle leur manquait. Pourquoi t'es partie, merde ! Fallait pas tant nous aimer, fallait pas. Tu n'avais pas le droit de nous planter là, nous deux. Comme deux orphelins. Je n'y arrive pas. Je n'ai plus envie. J'ai essayé, tu sais. Mais je ne peux plus faire semblant. D'être le papa si admirable. Quel beau veuf que voilà. Ils s'occuperont de lui, ne t'en fais pas. Mes parents et les tiens. Il y arrivera. Il a ton caractère. Moi je ne peux plus.
Il regarde la moto, époussette machinalement la selle, enfile le casque et les gants. 
Tu me manques, accrochée à ma taille, si fine que je ne te sentais pas. Je vais aller là-bas, près de ce lac où nous avions passé tant de dimanches. La route en lacets est parfaite. Personne ne se doutera que... Bien sûr que non, ils s'en douteront ! Mais personne ne pourra jamais affirmer que... Personne. Pas lui, ne t'en fais pas. Surtout pas lui. Je vais te rejoindre. Je vais m'oublier, comme tu nous as oubliés.

Posté par Mouette rieuse à 17:52 - îles d'elles, d'ils (28) - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

18 janvier 2006

Simplement sexuelle

"Une petite relation sexuelle". Toute petite. Il ne faudrait pas exagérer quand même. Aurions-nous l'outrecuidance de mêler des sentiments ? Mais non, évidemment. C'est donc ainsi qu'elle lui avait annoncé le ton de leur relation. Il avait un peu blêmi, mais s'était tu. Et elle poursuivait son chemin. Lui aussi. Ils s'emmêlaient les corps, fluidifiaient leurs mots en em-bouche-ure et goûtaient aux plaisirs terrestres.
Il poursuivait. Leur petite relation. Taisait le mot qu'elle y avait accolé avec une fronde qui l'avait laissé pantois. Elle refusait donc la part intime ? La vraie, celle qui se cache derrière la peau ? Soit.
Il se taisait. Rajoutait simplement une rose rouge au milieu des bouquets de fleurs offerts. Qu'elle faisait semblant de ne pas remarquer, alors même que sa couleur ne coïncidait guère.
Elle partagea avec lui l'aiguille dans la veine, la recherche du virus tapi. Il était heureux. Simplement heureux. Elle semblait l'être, souriait et se taisait.
Elle lui annonça être vraiment trop fatiguée en ce moment. Le sommeil en manque creusait de bistre les cernes. Enfin ! Elle parlait donc parfois de ce qu'elle ressentait ! Il posa ses mains sur sa tête, caressa ses paupières. Chuttt, ferme les yeux, laisse moi t'endormir au creux de mon épaule. Endors-toi, ma petite relation sexuelle, fais de beaux rêves, je suis bien, là, auprès de toi, si merveilleusement bien.

Posté par Mouette rieuse à 19:59 - îles d'elles, d'ils (28) - Commentaires [12] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Macho pour Marie

Macho. Mais ça existe encore, de ce genre là ? Marie, dis-moi, raconte moi tes premiers pas avec Macho. Oui, c'est bien lui qui s'est présenté comme ça, j'en conviens. Il ne devait pas vraiment connaître le sens du mot pour s'en affubler, non ? Surtout devant toi ! Il a dit quoi quand tu as éclaté de rire ? Il a froncé les sourcils ?... Homme qui a une conscience exacerbée de sa supériorité virile... non, celui là, je veux le rencontrer ! Raconte ! Le café ? Quand il t'a demandé -avec un grand sourire- si tu pouvais aller lui en faire chauffer une autre tasse. Oui, et ? et tu es restée dans ton fauteuil en lui disant que le micro-ondes était dans la cuisine... Attends, j'imagine sa tête ! Continue..
Le Micro-ondes ? Mais, je ne sais pas m'en servir !
Et toi, royale, impassible dans ton fauteuil rouge, pas vrai ?
Ce n'est pas grave, je vais t'expliquer.
Tu sais, il n'a réfléchi que deux secondes, mon Macho, pas plus, et s'est dirigé, pas vraiment à l'aise vers le lieu maudit, la cuisine. Tu m'aurais entendue ! suave et tout et tout...
Tu appuies sur le bec verseur de la Thermos, tu verses dans ta tasse, tu ouvres la porte du M-Ondes. Bien, très bien ! Maintenant tu tournes le bouton du bas. Oui, comme tu veux, tu verras si tu as mis à chauffer trop longtemps après ! Environ 30 secondes. Voilà, maintenant tu ouvres la porte et tu récupères ta tasse. Tu sais maintenant.
Et alors ? Il l'a prise comment la petite leçon ?
C'est un Macho qui a du travail à faire pour le rester... parce que, maintenant, c'est lui qui me fait mon café quand il vient. Il a même appris à utiliser l'expresso, si ! Par contre il ne faut pas que je fasse la mariole quand il a décidé de payer ! Tu verrais sa tête d'ours si j'avance la main vers le sac ! J'ai résolu le problème, quand il dit qu'il paye je lui dis "merci, tu es un ange" et il a un sourire à faire fondre un iceberg !
Macho... ce n'est pas un vrai de vrai alors !
Heureusement, tu imagines vraiment que je pourrais avoir pour amant un homme atteint d'un syndrome pareil ? Même à temps partiel, impossible !  Son ex-femme doit voir la différence depuis qu'on se fréquente. Si tu savais, pour sa fille !...
Raconte, j'adore ton Macho !
Et bien, avant, il avait décrété que personne n'avait à lui imposer un horaire pour la voir. Il faisait sa visite quand il l'avait décidé. Depuis que je lui ai parlé de mon dada, tu sais, les rapports enfants-adultes-papa-maman, et bien... il l'amène tous les dimanche au poney, parce que sa mère s'y ennuie, et comme ça elle est de meilleure humeur le dimanche soir avec la petite. Et il débute le w-end le vendredi soir maintenant, après tout, c'est bien deux jours complets, on fait des tas de choses ensembles, comme ça. Et pourtant... à la fin de mon grand discours sur les pères divorcés, il avait juste dit "tu as tes idées, j'ai les miennes". Et le lendemain, il a juste rajouté "j'ai réfléchi à ce que tu disais, c'est pas bête".
J'adore mon Macho, c'est un vrai mec, un vrai de vrai, qui a peur que je me casse si je porte trois kilos de courses, mais qui n'est pas formaté d'imbécilité.

Posté par Mouette rieuse à 09:00 - îles d'elles, d'ils (28) - Commentaires [13] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

15 janvier 2006

Viens à la maison

Les coeurs simples n'ont pas d'histoire.
Tu as mal, et tu vois au milieu de ta peine le vertige du demain à venir, de tes nuits qui ne sont plus noires.
Tes larmes t'étouffent et noient ta voix en accents rauques, et le manque te met la peau à vif.
C'est que tu l'aimes. Et qu'elle te manque. Tu sais aimer, n'est-ce pas un beau cadeau de la vie ? Les yeux secs se dessèchent de n'être qu'organes. Viens, viens à la maison; je m'en fous de te voir soudain perdu et suppliant, je ne veux pas que tu restes seul avec ton chagrin. Tu es mon ami, pas ce "cadre dirigeant" qui te bouffe la vie en paraîtres absurdes. Personne ne te verra, personne ne saura. Que tu as si mal, que tu te crois "nul" et "minable", toi qui dirige tant et tant. On ne gagne pas l'amour, tu le sais bien. L'autre reste autre. Elle ne t'aime plus, c'est vrai. Elle est partie, et je sais qu'elle ne reviendra pas, sa voix était si sûre de ne plus t'aimer. Viens, je ne te dirai pas que son coeur est depuis longtemps avec un autre que toi. Je te laisserai y penser. Parce que tu n'es pas prêt à l'entendre.
Allez, pleure, je m'en fous, moi. Ton apparence m'indiffère. Laisse tomber ta cravate et ton regard aigü, tes yeux gonflés de larmes ne me font pas peur, juste mal.
Viens, tu finiras par dormir après avoir pleuré ton saoûl.
Oui, demain tu dois encore prendre l'avion, et encore après-demain. Et tu es épuisé. Mais ta vie n'est pas foutue, crois moi. Le temps fera l'affaire de ton chagrin. Comme il l'a toujours fait, en piétinements de secondes.
Range ces billets d'avion, ce voyage réservé au soleil. Elle n'ira pas. Range tes projets, ils sont morts. Elle n'en veut pas. Viens, je te ferai une tisane, et je t'écouterai.

Posté par Mouette rieuse à 18:04 - îles d'elles, d'ils (28) - Commentaires [11] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

13 janvier 2006

Les cons !

Il la regarde. L'oeil aussi vide que poisson crevé. Il l'attrape par son col, son sourire en rictus mauvais et il ricane. Il est devenu le maître de son monde. Enfermé dans sa folie au parfum de tanins. Il ne voit pas ses yeux où la toile a tissé en filaments rouges le piège mortel. Il ne sait pas encore qu'il est devenu sa proie. Qui ne lui laisse aucune chance de s'échapper.
Un verre, mais en quoi ça les regarde, ce verre qui se vide. Même plus besoin, d'ailleurs, le goulot lui suffit, personne n'est là pour lui donner des leçons. Ah les cons ! Elle était partie, ne comprenait rien. Bon débarras. Qu'elle aille se faire tripoter par d'autres, et qu'elle en crève. Le cadre de la photo se fracassa contre le mur. Il éclate de rire, balance le verre, "panier" ! joue une partition d'éclats brillants. Ça le rend joyeux comme un gosse, ce bruit là.
C'est à cause d'eux. Les cons ! Avec leur vie à la con. Il passe la tête par la fenêtre et leur hurle leur connerie de vie. Métro-boulot-dodo. Allez-y, messieurs les cons, retrouvez vos pantoufles et votre ptite femme. Elle vous attend, la salope, après avoir été se faire baiser par un autre, qu'est-ce que vous croyez ! Et à votre santé, hop, une bonne gorgée !
Il n'avait pas été dupe, lui. Il n'y avait jamais cru à ses mensonges. A son regard aux yeux baissés. Il le savait qu'elle se laissait tripoter. Il voyait le sourire entendu du facteur et du boulanger. Les cons ! Elle était jolie, pas vrai ? Toujours à sourire, à aguicher les hommes. Et sa petite voix qui s'empêtrait dans des explications vaseuses ! "Je te jure, je souris à tout le monde, tu le sais bien, tu m'aimais pour ça, souviens toi". Il avait tout calculé, il n'était pas né de la dernière pluie. On ne passe pas une demi-heure à acheter du pain. A ta santé, salope !
Elle était partie. Il avait retrouvé la maison vide. Elle n'avait même pas eu le courage de lui dire adieu en face. Bon débarras. La bouteille était vide. Il éclata de rire et la balança contre le mur.
La pièce aux murs tachés tanguait. Il s'allongea sur le canapé et pleura.
Reviens, j' boirai plus, mais j'veux que tu reviennes.

Posté par Mouette rieuse à 07:00 - îles d'elles, d'ils (28) - Commentaires [18] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

08 janvier 2006

Silences à accoucher

Tu as posé sur ton visage le masque translucide que tous reconnaissent. Tu as noirci ton oeil pour cacher le puits de ta prunelle.
De dentelles en ailes blanches tu recouvres tes autours. D'une pluie de parfum tu dissimules ton odeur.
Je te regarde. Mais oui, tu es belle ainsi. Bien sûr.
Pour les cicatrices qui te balafrent tu n'as encore rien trouvé. Ton sourire qui les dissimule dans des plis rieurs ? Tes bijoux en cailloux de ton désert aride ? 
Je te détaille. Mais non, rien ne transparaît. Ne t'inquiète pas.
Tu as maquillé ton âme en silences lourds. Tu as gratté ta peau en écailles jusqu'à être écorchée vive. Vive ? Même pas vivante.  Ta voix un peu rauque dit la lame rouillée de tes glaives intérieurs.
Viens. Je ne te sais pas. Personne ne le pourrait. Tes silences sont bien trop vieux, ils doivent réapprendre la parole oubliée. Des maux nouveaux-nés. Viens. Je t'écouterai. Je serai ta sage-femme. A tes côtés. Impuissante à t'accoucher. Juste là. A tes côtés.
Je taillerai le cordon qui étrangle ta rage de vivre. Je retournerai le placenta sanguinolent des tes peurs.

Posté par Mouette rieuse à 12:20 - îles d'elles, d'ils (28) - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



« Accueil  1  2  3   Page suivante »