13 avril 2006
Consigne
Je te laisse en consigne mon sac pesant de silences.
Ma voix s’est enrouée de trop me taire, j’ai pris une autre voie, et me suis trompée de route. J’ai erré, comme ces voyageurs sans correspondances. Tu as perdu le dépliant du temps, tu ne pouvais pas me retrouver.
Femme-chèvre, j'ai gravi les sentiers escarpés à la recherche de l'herbe rare et odorante. J'ai croqué les ronces épineuses, goûtant le fruit défendu. Ma bouche s'est déchirée.
Mais rien ne me blesse, rien, tu le sais bien. Je lèche mes plaies sans y penser. Je me roule en boule, en tas soyeux, en tas. J'ai perdu mon chemin, je crois bien. Non, je ne te demande rien.
Mais le sac était si lourd pour Moi... Alors voici le code pour la consigne.
Tu te souviendras bien de lui ? De ses amours dé-compostés. Tu as laissé ta marque, tu as poinçonné juste là où il fallait. Pour que je ne lise plus ma destination.
Je suis la femme errante.
Mes empreintes, t’en souviens-tu ? Mes semelles crantées se sont dissoutes dans ma peau, mes pas te sont désormais invisibles.
Tu as rengainé la lame qui traçait les sillons de mes soupirs. Cran d'arrêt.
Et mes hanches ont été taillées à la hache de ton regard.
Je ne suis plus elle.
Arrives-tu à rêver sans que tes mains ne me cherchent au creux de tes reins ?
Peux-tu aller à la gare ? Le sac est là-bas.
Il y a une violette séchée, dans la poche d'une chemise.
Et un bonbon de sel que j'ai oublié.
Tu me diras si Toi l'as trouvé ?
27 janvier 2006
Une histoire des sens (couverture)
Sans-amour-fixe
Sans toit,
Sans Toi,
Sans Moi,
Ni bouteille, mais avec l'ivresse d'un amour transparent
Pour fêter notre chagrin !
26 janvier 2006
Jeu de Toi...
11 janvier 2006
Simplement désunis
Non, je ne fais rien, rien du tout. Si je veux t'accompagner ? Mais bien sûr, j'ai encore des milliers de choses à te dire, à entendre. Oui, allons marcher un peu au Jardin. Tu as été au théâtre hier ? Raconte ! Tu sais bien raconter. Oui, j'aurais certainement ri moi aussi ! Pourquoi ne veux-tu pas aller là-bas ? Ne sois pas triste, petit scarabée. Est ce à cause de ce géant débonnaire aux écorces si belles ? Mais si, viens. Ce n'est pas grave, ce ne doit pas être un lieu de sépulture, ni un arbre maudit. Tu vois ? Nous y sommes, sans même que tu ne t'en sois rendu compte. Regarde, je touche même son tronc sans qu'il ne me brûle la paume. Tu ne veux pas essayer ? Non ? Ce n'est pas grave, vraiment. Nos mains resteront dans nos poches, en sécurité.
Allez, viens boire un café, nous resterons debouts, au comptoir. Seuls des amis peuvent faire cela. Et éclater de rire pour un rien. Juste parce que nous nous connaissons si bien. On s'en moque de l'émotion, à couper au couteau, en couleurs à délaver du doigt. On s'en moque des yeux un peu flous parfois. Tu verras, nous aurons toujours du bonheur de nous parler. Tu le sais, nous ne pouvions pas nous quitter comme eux.
Comme ceux qui poinçonnent en confettis leur histoire écrite. Comme ceux qui ferment les portes en silences épais. Et égorgent les souvenirs de mots tueurs.
Nous serons des amants désunis, tout simplement.
27 décembre 2005
Une histoire des sens (fin)
Dis-moi, Toi, tu le sais bien que les histoires se terminent un jour. Parfois, en points de suspension. Comme le temps. Qui joue à saute-mouton avec les nuages. Et dénude les arbres, fige l'eau vive en cristaux.
L'hiver a recouvert de gel notre parc. Notre histoire, à Toi et Moi, sur ce banc de bois... notre histoire était belle, pourtant, pourquoi y mettre fin ?
Oui, elle était belle, et de mensonges ; elle est ce que nous sommes. Même les jolis romans ont une dernière page. Et une couverture. La nôtre pourrait être en décor de feuilles mortes et d'écorces ! Qu'en penses-tu ?
La couverture ? Je dois donc choisir ? A t'on déjà vu un mort choisir son cercueil ? Es-tu sûre que tu me laisses le droit de choisir ? Je dois accepter.... mais n'irai pas jusqu'à me repentir, n'y compte pas ! Ne prends pas cet air penaud, je sais bien que ta décision est prise, tu sais. Que ta morale de sainte - laïque je te l'accorde - ta morale ne me laisserait guère le choix... Ce n'était que question de temps.
Pfft... sainte laïque... facile de se moquer de Moi ! Ma morale, parlons-en, petit scarabée...de ma satané morale ! Je me suis laissée aller à croire qu'elle était en vacances, comme mon auréole certainement ; je suis soulagée qu'elle soit de retour, elle qui guide mes pas depuis toujours ! Elle m'avait fait faux bond ; un instant d'égarement. Tu as raison, je n'aime que le vrai. Et le mensonge creusait mon âme comme une carie. Il y aurait de quoi écrire une Fable ! Allez, Toi, aide-moi, s'il-te plaît. A trouver le dernier mot. Il est pour Toi ?
Le dernier mot ? allons boire un café, d'accord ?
Oh, j'adore le mot "café" ! Tu te souviens ? Les cafés de Toi et Moi ... Et "piment", tu ne trouves pas que son duel avec "poivron" était tendre et craquant ? Et aussi (...) mais non, ne t'inquiète pas, la mélancolie n'aura pas droit à la parole... Je pense aux points de suspension qui ne riment qu'avec conclusion. Même pas avec fin.
07 décembre 2005
Une histoire des sens 25)
J'ai soif, fait-il donc si chaud auprès de toi ?
Non, Toi, je t'assure que l'hiver est là, regarde, assise sur ce banc, au vent de l'hiver, le bout de mon nez est tout rouge des frimas !
Ma soif est ailleurs. Pas dans ma bouche. Dans mes pas.
Oh, tu deviens donc abscons ! Tu marches trop dans ta tête, petit scarabée ?
C'est toi, je suis les traces laissées par un petit filet d'eau...
Moi ? Un filet ? Non, tu dois te tromper de chemin quand tu marches. Je suis torrent impétueux qui bouscule même les rochers dégringolés des montagnes. Un filet...
Même les torrents les plus imprévisibles ont une source. Je crois que je l'ai trouvée. Dans tes yeux ou dans tes mots, je ne sais plus.
Non, je ne veux pas ! Je veux être fleuve qui gronde et qui désobéit aux hommes qui veulent me contenir.
Tu le voudrais, mais tu n'es pas maître des flocons d'eau qui débordent de tes yeux parfois. Quand tu acceptes de ne pas être toujours maître de toi (...)
Non, tais-toi, Toi, je veux jaillir et emplir l'air de gouttelettes, je veux bouillonner et rugir, être Océan et geyser (..)
Tu voudrais.
Oh, pourquoi as-tu soif ? Je ne peux n'être qu'écume, et disparaître en bulles qui pétillent.
Qu'importe. J'ai soif de cette eau qui se compose et se décompose en combinaison sans fin. Trois atomes tout simples. Sais-tu qu'ils sont source de vie ? Comme toi.
La vie ? Mais pas moi, non, Toi, tu te trompes, je te l'assure. Regarde les gouttes de pluie. Elles sont la source. Moi, je ne suis que mirage dans le désert. Tu crois me voir et je m'évapore. Je suis insaisissable. Comme des atomes. Je suis source d'un feu qui me brûle.
Tu peux parler, et même écrire les mots que tu veux. Je te sais source d'eau claire.
Tais-toi, tais-toi, je t'en supplie ! Viens, allons boire un café. J'ai soif de liquide noir et brûlant.
28 novembre 2005
Une histoire des sens 24)
Toi et Moi, en étreinte éperdue de s'être crue évanouie. Étreinte de la malice et de la naïveté en crépitement de rires. 
La pluie glacée faisait briller les trottoirs, le flamme de la bougie vacillait derrière le vitrail.
Leurs mots se chuchotaient, comme si même l'ombre avait besoin de secrets, leurs couleurs de se fondre.
Les mois passaient, égrenant les joies et les peines, l'absence en écrin. Le temps passait, les saisons filaient. Les pousses vertes avaient durci les segments nouveaux-nés. Les frimas, doré les dentelles feuillues, le froid, dépouillé les troncs. L'hiver les avait rejoint, en nez rougi et banc délaissé. Le sombre s'offrait en simulacre de nuit.
Toi et Moi, sans promesse autre que celle de vivre l'instant, Toi et Moi bravaient le temps. Bravaient les interdits, construisant leur histoire insensée, des sens inversés, des sens interdits.
Qu'importe la fragilité ? Qu'importe demain ? Toi et Moi en acceptaient l'éphémère.
Demain n'existait pas.
Moi, je savais que seules deux mains existaient, qui glissaient en mots le vitrail de leur histoire.
Toi, savait, souriait de lire leur secret si dévoilé.
22 novembre 2005
Une histoire des sens 23)
Dans les pigments amers du cacao nimbé d'huiles douces,
je tremperai les soies de mon pinceau le plus fin.
Dans ma mémoire enfuie j'attraperai l'ombre des mots les plus fous,
et mes lèvres closes sauront s'entr'ouvrir et te les murmurer.
De mes doigts engourdis de ne pas être mêlés aux tiens,
le bois fin se glissera et se perdra en chemin vers Toi.
Des soies brunies de mon pinceau le plus fin
je laisserai s'envoler la plume sur ta peau.
En dessins amers de cacao, en courbes cachées
je peindrai les mots aux soies inconnues.
Et mon âme, en balance de fonte lourde,
mon âme saura te parler de ce temps enfui hors de Moi.
14 novembre 2005
Une histoire des sens 22)
Ils se retrouvèrent au détour d'un couloir.
S'arrêtèrent de parler, plongèrent leurs regards dans le temps perdu qui les avait séparés.
Ils ne voulaient plus rien. Rien d'autre que d'oublier un instant.
Les autres aux temps indicibles.
Toi et Moi, retrouvèrent leurs mots chuchotés sans craindre qu'ils ne s'envolent.
Toi et Moi en étreinte cruelle de deux temps différents.
Tempo des peaux.
Dépôts de mots.
D'émotions en émaux.
Toi et Moi devinrent les maîtres du temps. Pour une infinité de secondes.
Une infinité de silences
S'élancent au contour des
Anses de leurs corps.
Ils se séparèrent au détour d'un couloir.
Savaient combien le temps était le Maître.
Toi et Moi avaient joué à être dieux.
Pour une infinité de secondes.
03 novembre 2005
Une histoire des sens 21)
Elle aimait attendre quelques minutes, seule, sur ce banc de bois.
Elle pensait que plus tard, quand leur belle histoire ne serait plus que mots écrits (c'était inéductable), Elle reviendrait là. Mais Toi ne viendrait plus la rejoindre, avec des éclats joyeux dans les yeux. Ces minutes là étaient doubles, du présent et du futur. Et Elle les savouraient comme si demain n'existait pas.
Toi et Moi parlaient de tout et rien, jamais de ce qui se tait. Ils ne devaient pas aimer ces mots là. Petits mots tristes de ne pas gambader, petits mots ternes de ne pas chantonner, petits mots qui se ratatinaient comme fleurs séchées.
Mais non, leur Histoire n'était pas triste, juste voilée de silences. Il y a des Histoires sans fin, sans nom, des Histoires crues, des platoniques.
La leur était jolie. Juste un peu rêveuse parfois. De ne pouvoir s'enlacer. De ne pouvoir se rêver. Une Histoire simple. Que Toi et Moi partageaient. Sans prise sur le temps, puisque les saisons passaient doucement.
Elle rêvait de partir, là-bas. Dans un pays où l'accent chante, où les mots ont des gestes, les pierres des histoires, elles aussi. Elle rêvait de marches silencieuses, et de fous rires d'avoir trop bu.
Toi rêvait d'instants volés, de secrets pimentés et de sourires amusés.
C'est une jolie Histoire. Juste un peu pensive parfois. Peut-être les mots vivaient-ils un automne ? Ils se détachaient en bruit mat et reposaient en terre.
Alors Elle les ramassaient et les peignaient de ses mots à Elle.


