26 juin 2006
MON truc
Il adore me l'emprunter, mon truc à moi. Pourtant il en a un vraiment très
chouette, chez lui, je l'ai vu et je sais qu'il est précieux.
Mais il aime aussi le mien. Vous savez bien ce que c'est, quand même.
Un truc qui vous accompagne depuis des années. Dans lequel vous avez
pleuré et ri. Qui vous a réchauffé quand vous aviez trop froid sans
lui. Un truc. A vous - rien qu'à vous-. Qui vous colle à la peau, tout
doux moelleux, comme si c'était une partie de vous. On dirait qu'il
ressemble à tous les autres, mais il n'a pas de prix. C'est ainsi.
Mais voilà, le mien, de truc à moi, il aime me l'emprunter.
Depuis
que je le lui avais passé autour du cou, une fois, pour de rire, pour
de faux, il y a ... longtemps. Alors il me le demande d'une voix
câline, comme un enfant gourmand.
"Dis, tu me le prêtes ? Rien
qu'un jour. Ou deux. Je l'aime tellement, ton truc à toi. Il est doux,
et assez large pour que j'y enfouisse mon visage tout entier parfois.
Et puis j'aime aussi sa couleur, et son tissu usé par le temps. Tu veux
bien, dis ? S'il te plaît".
Que voulez vous répondre à ça ?
"Bon,
allez, je te le prête. Prends en soin, quand même, tu sais qu'il est
unique pour moi ! Je te fais confiance, tu ne l'abîmeras pas, promis ? "
Et
vous glissiez votre truc autour de son cou. Il était alors joyeux comme
un enfant, c'était presque incroyable ! Alors, je ne regrettais pas,
bien sûr. Même si je trouvais qu'il me le demandait de plus en plus
souvent, il n'oubliait jamais de me le rendre avant les week-ends ou
les vacances. Pour qu'il ne me manque pas. Mais parfois, pour rire, il
me téléphonait alors, comme un gamin impatient et me disait ;
"J'ai le mien autour du cou, mais le tien me manque... "
"Moi
aussi, bien entendu, il me manquerait, c'est pour ça que je l'aime, mon truc à moi
! Il me tient compagnie depuis tant d'années, il ne manquerait plus que
ça que je le laisse tomber en vacances !".
Et puis... et puis
un jour... alors qu'il venait encore une fois de me le réclamer d'une
voix rieuse, l'avait déjà glissé autour de ses épaules, et demandé,
mine de rien ;
"Tu le nettoies au moins ? Parce que, quand même, j'y glisse mon visage, ma bouche et ...."
La stupeur m'avait rendue silencieuse. Coite. Muette. Bref, stupéfaite pour de vrai.
Il me posait la question aujourd'hui ? Alors qu'il me l'empruntait si souvent depuis plus d'un an ?
Mon
truc à moi était PROPRE, avant. Avant qu'il ne le salisse de ses
doutes. Doutes qu'il aurait du passer à la machine. Programme 90°. Pas
délicat.
Et je n'ai même pas ouvert la bouche -je suis très très stupide sans aucun sens de la répartie parfois-
pour lui demander s'il avait pensé à javelliser sa peau. Là où elle
touchait MON truc à moi. Mais vous savez ce qui est le plus rigolo ?
Il continue à vouloir me l'emprunter, mon truc.
Comme s'il n'était pas devenu indigne de le porter autour de son cou !
Et ce qui est bête, voyez vous -ne croyez pas pourtant pas que mon truc ait tant de valeur !- ce qui est bête, c'est que je ne l'en trouve plus digne du tout. Et que j'ai décidé de ne plus le lui prêter.
Il est très banal... mais irremplaçable ; c'est le mien. A moi. Rien qu'à moi.
Je ne suis pas encore arrivée à lui dire ces mots qui me brûlent la bouche. J'ai un peur de m'y salir les mots.
"Tu
en as un de très chouette chez toi, que tu passes à la machine deux
fois par semaine. Tu n'as vraiment pas besoin du mien. Sans aucune
garantie de lavage. Non, vraiment pas. "
Mais j'y arriverai.
Je
ne voudrais pas être méchante, mais juste... lui rappeler.... que
je n'avais jamais pensé à vérifier, moi, quand il me rend MON truc...
qu'il l'a pensé à le nettoyer, de son côté...
Parce que, après
tout, si moi, j'ai UN truc, lui en a DEUX, et, quand il emprunte le
mien... il peut oublier ... ne pas se souvenir lequel a été passé à
* 90°, lessive aux cristaux de soude.
* Rinçage à l'eau de javel.
* Essorage 1200 tours minutes.
* Repassage humide.
* Thermostat au maximum.
Et s'il me le demande encore demain ?
Je vais devoir lui dire -gentiment, mais qu'est ce que je suis bête parfois- que vraiment, je ne voudrais pas, je m'en voudrais trop.
" Après
tout, tu en as déjà UN, ça te suffit, pas vrai ? Allez, c'est pas
grave, va. C'est qu'un petit truc de rien du tout, tu n'en as pas
vraiment besoin, juste envie. "
Et puis, tu sais... j'y tiens, moi, à son odeur douce et fragile, à ma vie qui est gravée dans ses fibres.
Même que certaines sont déchirées.
Et peut-être même SALES.
Mais je l'aime, parce que c'est le mien.
C'est bête, hein ?
Mais c'est comme ça.
01 avril 2006
Conte pas de fée
C'était l'histoire d'une vilaine très belle sorcière. Une histoire comme dans les contes défaits
de fées. Une sorcière qui fait peur aux enfants qui l'adorent parce qu'elle fait
peur, justement. Parce qu'ils savent bien qu'à la fin, c'est toujours
la gentille -et douce et brave et courageuse-
héroïne qui va gagner. Généralement elle est blonde, l'héroïne, comme
dans les western(s). Vous savez bien : la rousse, c'est la femme de
mauvaise vie, la brune c'est l'aventurière et la blonde la gentille-
que le héros toujours il la défend contre les méchants. Mais non, elle n'est pas toujours bêtasse, elle est juste naïve, et pure, et tout et tout. Tenez, par exemple, la Mélanie (ce
que je la détestais, cette gnan-gnan gnan-gnan à côté de Scarlett.
Pareil, vous imaginez Ashley en héros ? Franchement, Rhett... lui... ). Pffff, je m'égare.
Les enfants ils la connaissent très bien la sorcière. Elle a souvent
parfois un miroir magique. Qui lui dit tout ce qu'elle veut entendre.
Qu'elle est la plus belle, que Peau d'Ane elle est cachée dans une
cabane et qu'elle fait des gâteaux. Puis il lui dit aussi que son coeur
il est noir carbone, comme le diamant. Et la sorcière est très
contente. Elle trempe sa pomme dans le poison très violent, elle
transforme le dadais prince charmant en grenouille, et elle ricane rigole comme une petite folle. Elle adore jouer des tours, surtout que le premier avril arrivait.
Elle
avait une fois pensé à faire tomber Blanche-Neige dans une cuve d'eau
oxygénée mélangée à de l'ammoniac, mais le miroir l'avait arrêtée à temps ; et si elle devenait encore plus jolie, en blondasse
blonde, y as-tu pensé, oh, ma très machiavélique sorcière ? Ouf,
heureusement qu'il était là, un peu plus et tout ratait. Le poisson
aurait grillé et elle détestait l'odeur de la friture.
Une
autre fois, elle s'était trompé dans son calcul. Elle voulait 10 ans,
et ça s'était muté en 100. Trop long. Erreur stupide de sa part. Qui
attendrait 100 ans, franchement ? Personne, et c'étaient les araignées
qui avaient rigolé. Maintenant elle appelait le tableur de son miroir
chéri, avant. Il vérifiait les abscisses et les ordonnées, et le calcul
était parfait.
Mais bon, elle s'ennuyait quand même la sorcière.
C'est long l'immortalité. Alors, vous savez quoi ? Elle joue parfois dans les
blogs ! Si ! Je vous assure ! Mais impossible de lui mettre la main
dessus, pour vous donner son IP, elle zappe, elle se déguise, elle fait
des bêtises ici, des gros pâtés là, elle dissout l'inspiration par là,
joue au plagia plus loin.
Vous n'avez jamais eu sa visite ? Une vraie
sorcière qui est retombée en enfance ! Et si vous tentez
de désalambiquer son bazar, bon courage à vous !
Moi, j'ai eu sa
visite, déjà, où d'une qui lui ressemblait. Même souvent, mais bon, si je dois tout raconter en détail ça va devenir lassant pour vous. Bon, juste une, alors. Une fois, j'avais écrit un joli conte de fée, ici, un vrai, et
je l'ai presque tout effacé ! Si ! Elle avait mis son nez dedans (il
est crochu, son nez, parfois). Et ça avait été terrible ! Elle avait
appelé son fidèle miroir magique à la rescousse, il m'avait lancé des
éclairs verts (mais oui, il a les yeux verts, il faut tout vous dire,
m'enfin ! ).
Vert menace, vous connaissez cette couleur ? Il faut avoir
des enfants à la maison pour savoir ce vert là, remarquez. Quand on est
grand, les éclairs verts ça fait rire. Tandis que là, j'en avais eu
très peur de la sorcière et de son fidèle compagnon aux éclairs comme
des banderilles. Parfois je vois encore du vert pastel, comme un voile, mais j'ai appris à ne plus avoir peur*. Bon, les nouveaux, là, ne
cherchez pas à comprendre c'est de l'histoire ancienne, presque de la
préhistoire pour tout dire.
Alors
voilà, l'histoire de la sorcière au miroir, c'est tout simple, c'est un
conte. Un pour les petits. Vous êtes tous des grands ici, non ?
Comment, vous ne saviez pas ? Ce blog est interdit aux mineurs. Zou, au
dodo ! Et pensez à découper de jolis poissons en papier pour les
accrocher au dos de votre maman.
* Petit
rayon vert, je vois que tu es passé sous Linux. Je n'ai pas oublié que
c'était ton objectif... Quand je vois ton adresse IP, ici, sur mon
blog, je n'ai presque plus mal, et cela me rassure même. Mes mots malsains ne parlent presque plus de toi. Juste de ma vie. Sans toi
maintenant. Depuis bientôt un an.
J'ai croisé ton aîné à la
manifestation, j'ai été heureuse de l'embrasser !
11 novembre 2005
Ce que je suis devenue ?
Je sais que tu te poses cette question. Je l'entends. Que tu n'as pas la réponse
et qu'elle tourne comme vis sans fin dans ta tête. Dans tes nuits
d'insomnie. Ces terrifiantes nuits blanches qui se noircissaient quand j'étais près de toi. Ce que je suis devenue, mon Homme ? Oui... mon Homme. Avec le ptit possessif devant, et la majuscule qui suit. Mon Homme. ...
le sais-tu seulement que je t'appelais ainsi ? Ces mots là, ne sont
plus que souvenirs. Bouquet sec. Même s'ils paraissent vivaces,
parce que j'en écris encore, et encore. Ils ne me font plus mal. J'ai
reçu un beau cadeau de la vie ; je ne t'aime plus, tout simplement. Je
ne t'aime plus, n'en garde que le souvenir, en feuille morte. Pourquoi
en écrire alors ? Mais parce que c'est une joie pour moi, de ne plus
t'aimer. Et que je n'ai plus peur. Ni d'une photo égarée, ni de ton
regard sur mes mots. Tu te rends compte de la paix qui m'habite ? Ne
plus avoir peur... juste un petit sourire, parfois. Quand j'entends le
vol discret d'une mouche. Seul toi, et eux, savent qui est cette mouche
perdue de son conte défait.
Ce que je suis devenue ? Je vis, voilà la réponse. Même loin de tes yeux, de ta vie. Loin de
toi. Je ris, je danse, je bois un peu, file au vent du bitume, mais
raisonnablement, toujours. Je suis aimée, parfois. Et mon coeur bat, laissant à l'organe le soin des pulsations mécaniques.
J'ai
disparu de tes pupilles qui reflétaient mes cheveux ébourriffés, mon
visage abandonné. Ce miroir dans lequel j'étais si belle, le miroir a
perdu mon reflet. Voilà, mon Homme,
tu sais maintenant que je vis toujours, pas que par mes mots. Que je
deviens, aussi. Une autre que celle qui s'accrochait à ta peau
en te murmurant de ces étranges mots vibrants, silencieux à jamais
pourtant. Ma voix pour toi est morte. Oui, mon Homme,
je parle encore de toi, bien sûr. Mais ma voix est chant de paix. Je la donne sur des ondes qui les évaporent.
Je la donne à d'autres, parce qu'elle a sa vie a vivre, elle aussi.
Oui,
j'écris
toujours, bien sûr, mais ça, tu le sais bien ! Ah là là, mes
mots...malsains disais-tu... Malsains... mais que
tu ne peux t'empêcher de lire, pourtant. Ils sont mon
ancre qui m'obligent à rester là, dans la vie. A ne pas dériver trop
loin des terres humaines. Tu le sais bien, que je suis un peu
particulière.
Oh,
tu veux aussi savoir, pour mes cheveux ? Non, toujours un seul, là,
tout blanc. Tu ne les verras pas blanchir. Un Homme m'enlacera la vie
vers mes cheveux blancs, je le sais. Un Homme qui m'aimera. Et que
j'aimerai. Il aimera
mes mots, aussi. N'en aura pas peur. Aura confiance en moi, saura que
ce que j'écris est le reflet de peurs ancestrales, qui ont besoin de
vivre hors de moi. Même s'ils parlent parfois de toi, parce que ces
drôles de cicatrices qui parcourent mon coeur, certaines appartiennent
à tes mots coupants, toi qui fus mon Homme....
28 octobre 2005
Je pars
C'était il y a quelques mois, comme un conte défait, comme un conte qui finit mal ...
Je m'en vais, mon amour.
Oui, je pars. Sans retour. Pour toujours ou à jamais comme tu préfères l'entendre.
Crever de solitude loin de toi.
Oui, je pars, m'évapore, me dissous. Comme tu préfères l'entendre mon amour.
Je vais tenter de reconstituer le puzzle que tu as fait de moi. Tenter
de me voir sans être dans le flou. Ne plus souffrir de tant t'aimer, de tant être aimée, de
tant en être mal. De ne pas comprendre pourquoi je me rétractais, malgré ton amour.
Laisser mes cheveux blanchir de n'être plus
caressés. Laisser ma bouche se dessécher loin de tes baisers. Tenter de
cicatriser le morceau de chair vive que tu as fait de mon coeur.
Suivre les chemins de l'espoir vain.
Et aujourd'hui...
Je vis mon amour.
Oui, je survis, plutôt. Tu le sais bien, puisque tu me lis.
Les
morceaux de moi se recollent peu à peu, mais je ne serai plus jamais
intacte. Tes mots ont fouillé les zones que tu sais fragiles, les ont
creusées jusqu'au plus profond. Tes mots glacés m'ont brûlée.
Tu
avais raison l'amour est rare. Je ne suis plus aimée, je ne brille plus
de cette joie douce. Mais aucun plus jamais ne me blesse, aucun ne me fait peur non plus.
Tu le
sais bien, j'ai refusé de laisser ma chair attendre la mort. Oui, je me
donne parfois, mon aimé. Mais personne ne m'offre
l'amour en corps. Et mes mots perdus me brûlent peu à peu.
J'ai mal, encore. Mal à crier de cette absence. Depuis tant de mois pourtant.
Puis, un jour, tu m'as menacée. Parce que mes mots sont ici. Et qu'ils parlent de ma vie. Que tu as partagée. Oui tu as menacé celle que tu aimais.
Eux, ont eu mal de voir leur mère blêmir de peur.
Mais j'ai obéi aux menaces, parce que je ne peux faire autrement, parce que je suis responsable.
Et la peur a pris la place de l'amour en souvenir...
La peur de toi.
J'ai su alors pourquoi j'étais partie.
La tête lourde de doutes sans nom et le coeur en écharpe.
Pleine de regrets et de questions. De chagrin.
J'ai su alors pourquoi.
Maintenant je vais pouvoir guérir.
Être en paix avec ma solitude,
et cet amour abandonné.
19 octobre 2005
Mouche désorientée
C'était une mouche.
Toute noire mais avec un peu de bleu sur les ailes, quand même, histoire de faire joli (vous savez bien que j'adore les contes défaits de fées). La mouche traversait de son vol bruyant la rivière Démotus.
Tentait de se faire discrète, mais comment ne pas se faire entendre,
alors que l'on bourdonne de façon agaçante des ailes ? Mouche était
attirée par le parfum de ce cadavre qui se décomposait lentement,
déposé sur les gros blocs de l'île, au milieu de la rivière. Un
cadavre exquis, quand même ! C'était une mouche cultivée, je vous
l'assure, j'ai moi-même été mouche dans une vie antérieure. Oui, avant
de me ré-incarner en mouette. Moi aussi j'aimais ces parfums là. Ceux du putride, du malsain, du "qui se décompose", quoi.
Parfois
les yeux de Mouche voyaient très mal. Certainement qu'elle avait oublié
ses lunettes. Des lunettes de mouche aveuglée. Qui la guidaient par des
signals sonores. Qui la protégeaient des courants du torrent impétueux Démotus. Elle ne voyait plus rien, et évidemment elle se trompait souvent d'île! Alors Mouche se posait sur des rochers calligrammes-Apollinaire, ou alors sur un ilot de nudistes.
Quelle horreur ! Je vous assure ! Les calligrammes d'Apollinaire, au
milieu de la rivière où nageaient des nudistes ! Mais ils se seraient
noyés les pauvres ! Et elle se trompait bien sûr, elle tombait toujours
sur la rivière Démotus. Quelle galère pour cette pauvre mouche affamée (une galère sur un torrent, a-t-on jamais vu celà, franchement
!). Au lieu d'aller vite fait sur cette île perdue où elle voulait
grignoter le cadavre exquis. Que de jeux de lettres elle récoltait
cette mouche là ! Vous croyez que c'est nourrissant, ça ? Pauvre
Mouche... Comment ? vous me dites que les mouches préfèrent d'autres
mets ? Non, je vous assure ! Je le sais bien, moi, qu'il existe la
variété commune des mouches-à-excrément, si si, parfois il faut savoir employer les mots justes, malgré leur manque d'élégance ! mais
celle là était bien plus raffinée, que croyez-vous ! Puisque je vous le
dis ! J'en ai connues, des mouches, dans une vie antérieure... Tenez,
il y avait même la Tsé-Tsé. Insignifiante au premier abord. Puis qui
vous endormait sans que quiconque s'en aperçoive ! Tellement que l'on
peut presque en mourir de son baiser, à la Tsé-Tsé, même des mois après
tellement c'est insidieux et pervers. Heureusement que les Hommes ont
appris à avoir peur de croiser cette bestiole ! A s'en méfier comme de
la peste, évitant les zones qu'elle fréquente assidument. L'Homme est
prudent, il apprend, après avoir failli succomber.
Mais je suis
Mouette, moi, et les mouches, Mouche ou Tsé-Tsé, ne peuvent pas voler
aussi haut, alors je ne crains plus rien ! Même que parfois je deviens
une mouette rieuse et que vous entendez mon rire sardonique !!! Dites,
les mouettes, ça ne gobe pas les mouches, au moins ? J'ai un doute
affreux, là. Moi je n'aime que les trucs frais, hein ! Non ? je n'ai
rien à craindre ? Ah, je me sens mieux, là. Comme rassurée.
J'ai entendu une remarque, là-bas, dans le fond. Oui, vous disiez donc que "cela n'a ni queue ni tête". Sincèrement monsieur, a-t-on jamais vu une mouche avec une queue ! Sans parler de sa tête, minuscule s'il n'y avait ses deux énormes globes oculaires. Donc c'est une histoire somme toute tout à fait compréhensible. Mettez-y du vôtre, quand même !
11 octobre 2005
Peur ?
Etait-ce de la peur ? Ce sentiment là ? Non, elle devait se tromper !
Pourtant, ce serrement de la gorge, cet étouffement soudain... Peut-être de la stupeur, de la colère, de la rage ? Pas de la peur quand même ! Elle tenta de faire dire ce "non" que sa raison attendait, mais tout s'emmêlait comme bobine au sol. Plus elle tirait sur le fil plus la bobine filait au loin, aussi légère que bille de polystyrène. Elle devait se tromper. Comment pouvait-elle en avoir peur ? C'était impossible...
Elle ne se trompait pas en réalité. Elle l'avait en mémoire dans ses tripes. Quand son regard était devenu comme fou. Quand il avait saisi son bras avec une force qui l'avait laissée soumise. Elle avait alors senti son ventre se contracter, se tordre. Anéantie par la stu-peur. S'était adossée au mur. Avait attendu. Non, il ne l'avait pas frappée. S'était nourri de sa peur. Animale. Elle, comme un chien doit sentir son échine se courber dans l'attente des coups du maître qu'il aime.
Mais là, maintenant, était-ce encore de la peur ? Ce pouvoir sur elle ? Peur de quoi ? Elle laissait la question tourner en boucle stupide. Peur de ne s'être jamais trompée, peut-être. D'avoir toujours su que cet instinct qui l'avait guidée, que cette force étrange disait vrai. Elle avait donc écrit ces mots là avec raison ? Cela ne la faisait plus sourire. Elle savait ; elle avait ressenti de la peur, tout à l'heure.
Comme avant.
Relut les mots de ses peurs anciennes. Avec la nausée au bord des yeux.
(...) Ses yeux, ceux du félin tapi dans l’ombre et qui se nourrit de la peur de sa proie (...)
(...) Je suis fière de n’avoir pas attendu, animal apeuré, d’être sa proie pour toujours (...)
(...) J'ai pleuré un diable qui me menaçait de l'enfer.(...)
(...) elle a entendu la menace derrière cette douceur exquise. Il sourit d'avoir fui du labyrinthe de l'arène. Juste à tant.(...)
(...) Ce grain de sable aux arêtes microscopiques mais anguleuses me raye la paix. Grain de peur. Pourquoi germe-t-il là ? Est-ce réminiscence de mon cerveau reptilien ? Ne suis-je donc pas capable de me raisonner ? Mais enfin, pourquoi ressentir ce sentiment là ? Qui me fait reculer, tenter de me protéger de ...mais de quoi ? Je n'aime pas avoir peur de l'autre, sans en comprendre la raison. (...)
La colère prit peu à peu la place en elle.
La colère froide et radicale.
La colère juste.
Oui, juste.
Il était une fois...seconde version
C'est ainsi que débute tout conte de fée qui se respecte. Mais là,
c'est par ces mêmes mots que débutera un conte défait irrespectueux !
Il était une fois, dans un passé proche, l'histoire jolie de (...).
L'histoire défaite commence bien entendu par la fin du conte de fée (...)
Voilà, les personnages sont plantés. Le décor ? Il n'y en a pas (...)
Les années passèrent. (...)
Et (...) un nouveau conte de fée se dessina. (...)
Alors, le blog disparut. (...)
Et elle ouvrit un autre blog (...)
(...) LAISSEZ MOI EN PAIX (...)
Vous allez peut-être trouver ça un peu léger comme note, pourtant remplie de beaucoup de (...),
mais j'ai été menacée (de vraies menaces) après cette note publiée le
07 /10. Comme je ne suis pas qu'une mouette mais un être humain, avec
ses faiblesses (je les aime beaucoup, mes faiblesses qui vivent à mes côtés), j'ai obéi.
Dont acte.
Mon démenti, a pour forme (...)
24 septembre 2005
Rêves
De mes rêves de néant
Saisis tout mon amant,
Ne laisse rien s'enfuir,
Tu sais m'anéantir.
De ma vie loin de toi,
Au parfum de sous-bois,
Rêve tout, mon amant
Le vrai, l'éperdu, je te mens.
De mon amour blessé
Au goût tiéde et salé,
Lèche les plaies en sang
Saoûle-toi, mon amant.
Blesse, fouille et râcle
A tes mots point d'obstacle.
Poinçonne mon armure
De tes murmures.
Je suis si forte.
Je suis si morte.
Forte.
Et morte.
Dossier sans étiquette
Carthésien, fronts carrés, cellules ordonnées, passez, circulez, ce n'est pas pour vous ! (quand je pense que je croyais faire un peu partie de ce type de pensants là !).
Parce que cette nuit a fait germer dans ma cervelle aux classements rigoureux (pour moi, le rigoureux, je sais bien que vous ne classez pas de la même manière ), donc le germe d'un truc bizarre.
Un pas rose ou vert, à classer dans "rêves debout" ou "pensées farfelues". Ni noir "souvenirs amers" ou violet "encore en friche". Non, un nouveau dossier a atterri comme un malpropre dans ma cervelle. Et je n'arrive même pas à lui coller une étiquette....
Pfft, même pas la catégorie "empathie", qui me plaît tant qu'elle est bleue pâle, c'est tout dire. Ou rouge "hasard"... et pourtant j'aurais pu comprendre, le hasard. Cela aurait été carré, comme la rencontre de deux électrons aux charges négatives, hop, soudés alors qu'ils sont si étrangement différents, par la magie de la physique quantique.
Donc, cette nuit, une nouvelle catégorie est née. Je vous raconte.
Je dors habituellement comme un bébé (Dia, je sais, certains bébés.. mais bon, là il s'agit d'une image!). Le livre posé, le réveil enclenché, je saisis mon oreiller que je respire un grand coup comme une droguée en manque.... Je suis prête. Je ferme les yeux. Et je m'endors. Instantanément. Jusqu'au lendemain. Oui, comme ça, avec une facilité qui en a rendu certains jaloux ! Ces pervers faisaient tout pour me faire connaître la joie des réveils nocturnes, par exemple en m'invitant au Pub... Mais même cela ne me réveille pas. Un zombi faisait pipi à ma place certainement.
Bref je dormais.
En pleine nuit une douleur violente me réveille. Comme un coup de couteau, là, entre les omoplates. Une de ces douleurs qui vous vrille. Je n'ai guère pris plus de 30 secondes pour attraper la première boîte de l'anti-douleur le plus fort que j'ai. Deux comprimés. Retour au lit, droite comme un i, ne plus bouger surtout et dormir. Oublier cette douleur fulgurante qui déjà se contentait de palpiter. Et je me suis endormie. Jusqu'à l'heure convenue. Au réveil la douleur me rappela qu'elle avait été présente, mais n'était plus cette lame dans le dos. Tout à fait supportable. Incompréhensible, mais peu importe, puisqu'elle se délavait.
Café, ablutions, cigarettes, petit-déjeuner des enfants.
Et j'allume mon portable. Tûûût.
3 heures 50 cette nuit, un message.
Non, pas ces derniers chiffres là. Les deux derniers, si familiers, que ma mémoire a refusé d'effacer.
Non ! il n'a pas le droit.
Non, alors que je tente d'oublier depuis des mois, que je souris de nouveau, que je revis doucement. Il n'a pas le droit. D'avoir pensé si fort à moi dans son insomnie qu'il a voulu me le dire, me l'écrire. Il n'a pas respecté ce silence, le silence pour guérir. Il a donc gardé mon numéro. Mais pourquoi ? Pourquoi ? Pour m'obliger à me souvenir que cet amour à mort ne cessera pas uniquement parce que je le veux, moi ? La paix de l'oubli, je ne demandais que cela. Étreindre son absence, lécher les plaies, et oublier. Cinq mois. M'enivrer de ces jours où je n'y avais pas pensé. Regarder les plumes peu à peu recouvrir le duvet. Plumes qui renaissaient après avoir été arrachées une à une. Je vous assure, même si un message paraît n'être rien, il est de trop. Il m'a blessée. De quelques mots m'a submergé de cette douleur fantôme.
Cette nuit. Quand cette douleur m'a transpercée le dos. Cette nuit, à l'heure où il m'écrivait. Non..
Mais quand je saisis mon oreiller, comme si je me glissais dans ses bras, peut-être des voies secrètes s'ouvrent-elles alors ? (peut-être est-ce de ma faute, ce n'est qu'un oreiller, pourquoi le saisir ainsi ? ).
Le petit dossier où classer cette coïncidence, je n'ai pas trouvé la bonne couleur. Peut-être parce que mon esprit carthésien n'aime pas croire que ses neurones puissent être encore si proches de cet il tant aimé. Je ne veux pas de ce dossier là, dans mon cerveau. Je veux bien avoir mal parfois, quand le dossier noir des souvenirs tombe de son étagère. Mais je ne veux pas que quiconque jamais puisse s'infiltrer dans mon sommeil, dans mon corps, sans que je n'en sois consciente. Je ne veux pas penser et croire que je puisse encore lui laisser le pouvoir de me transpercer de ses mots javelots. Ses mots d'amour au parfum de douleur.
Douleur, là, au milieu du dos. Presqu'à l'endroit du coeur.
08 septembre 2005
Le bourreau
Elle avait reconnu son pas. Se glaça, immobile, toute entière réfugiée dans sa peur. Non, ne pas crier, ne pas hurler. Ce serait lui donner trop de joie. Le bourreau arrivait à pas feutrés. Prêt à reprendre son travail ignoble.
Elle était immobile, allongée, sur le front quelques perles de sueur glacée.
Ne pas lui donner cette joie malsaine de lui montrer sa douleur. Résister. Elle banda ses muscles, respira profondément, tenta de retrouver la maîtrise d'elle.
Sa présence feutrée s'approchait. Mon dieu, non, je ne suis pas prête, pas déjà. Un répit avant de faire votre sale boulot, madame la tortionnaire. Soyez humaine, quelque peu... si peu, je ne vous demande qu'un peu de répit (...) Le coup parti. Sa tête violemment rejetée en arrière, elle gémit. Serra les dents. Ne rien laisser paraître, se taire. Mais elle avait besoin d'air, sa bouche s'ouvrit sans pouvoir se retenir. Le cou fut écrasé de sa main puissante. Elle suffoquait, guettait l'évanouissement qui la libèrerait.. Le bourreau maîtrisait son art, hélas, dégagea l'étreinte. Juste avant. Avant qu'elle ne puisse s'enfuir de son corps. L'air emplit ses poumons en saccades. Elle hoquetait.
Elle ferma les yeux plus profondément, se réfugia ailleurs, là où personne ne pouvait lui faire mal. Les souvenirs de son enfance, le jour où (...) Elle cria. Ne put pas retenir ce cri. Elle était lâche. Dans sa poitrine la chair brûlait, se racornissait. Son corps se tordit en mouvements imprévisibles.
Elle se recroquevilla. Sanglota. Cessa de se croire plus forte que cette tortionnaire familière. Qui chauffait son coeur à blanc, le tordait en courbes, le martelait.
Elle avait reconnu son pas. Se glaça, immobile, toute entière réfugiée dans sa peur. Non, ne pas crier, ne pas hurler. Ce serait lui donner trop de joie. Le bourreau arrivait à pas feutrés.
Elle reconnut son pas familier, à cette putain de souffrance qui la frappait. A ce forgeron aux mains noires qui prenait son coeur comme métal à chauffer à blanc. Putains de souvenirs fumants et rougeoyants, qui détruisaient sur son passage cette once de joie qui tentait de naître en elle. Putain de souffrance qui la torturait sans lui laisser le temps de devenir plus forte qu'elle. De cette force qui la ferait se lever et fuir en lui claquant la porte au nez.
Le bourreau partit, comme il était venu, de son pas familier.
Elle sanglotait doucement, la tête enfouie dans son oreiller.