21 juillet 2006
Masque
Rien n'a changé. Rien. Il n'est pas le premier.
Juillet 2005
Il y eut Naja, mon ami de correspondances, qui écrivit, il y a un an...
"J'ai lu. Consterné. Si cela vous aide à vivre de faire flamber vos
douleurs aux vents publics, alors bon ; c'est vous et chacun fait ce
qu'il veut/peut de soi."
Octobre 2005
Il y eut ces mots que j'écrivis, après, le temps de moins souffrir
(...) il ne voyait donc
pas ? Non, bien sûr, il ne pouvait pas voir. Elle le savait bien. Que les mots étaient pour lui du superflu. Il ne voyait
pas qu'elle rétrécissait de son silence.
Qu'elle se perdait dans un monde où elle aurait tant donné pour des
mots, même inutiles et faux. Des paroles qui ne l'auraient pas renvoyée
dans son imaginaire. Là où des femmes se font payer pour que des Hommes
les fouillent.
En silence.
Le silence, en cadeau à s'offrir, en espèces sonnantes. Regarde, je te prends et te paye en silences. Ta valeur est ailleurs. Pourquoi un dépot de mots doux ? Pourquoi pas de mots de peau ? Douce. Mots-dépots. Dépotoir.
Ils ne te suffisent donc pas ? Mais que veux-tu d'autre ? Être rassurée
? En dégoulinements de mots mielleux ? C'est cela que tu veux ?
Elle secouait la tête, disait non. Que dire d'autre ? Allait-elle
poursuivre toute sa vie cette quête insensée ? Se donner en patûre pour
quelques âneries qu'elle serait seule à croire vraies. Elle le savait
bien que certains avaient entendu l'écho de cet abîme de silence, avaient ouvert la brêche, l'avaient
emplie de mots-doux. Pour rien. Rien que son sourire qui les
éclaboussait alors ? Troc stupide et vain. Elle bradait son bonheur.
Elle se bradait. (...)
Juillet 2006
Neuf mois, comme pour mettre au monde un enfant. Neuf mois, pour que je me retourne. Et relise les mots anciens.
Ouvrir ma messagerie et y lire les mots reçus aujourd'hui.
Des mots d'un, d'un en qui je croyais.
C'est
con, d'avoir mal comme ça. C'est con d'avoir ce besoin viscéral
d'écrire. Je croyais être à nu ici. Je croyais être sincère, je vous
l'assure. Mes mots doivent m'habiller bien plus encore que ma peau..
"Je ne regarderai plus ton blog où tu confies "à tout vent" tout ce que
tu vis. Je n'aime pas du
tout ce jeu de masque avec ton public"
Merci de ne pas commenter cette note.
Si vous voulez m'écrire, faites le par mail, s'il vous plaît.
Par
respect pour la personne qui, même si elle n'ira plus sur ce blog, a
malgré tout le droit de ne pas être exposée davantage que par ses
mots que je lui ai volés, pour les écrire ici.
18 juillet 2006
Hot-line
Je voulais lui écrire une jolie lettre, accompagnée d'un plan plus complet que celui de Mappy ou Via Michelin. Pour trouver mon île.
Je voulais lui écrire les poésies en silences, les mots tendres et sensuels. Et les mots crus. Et les musiques qui égrennent la peau comme tapis de grains de riz.
Et cueillir la folle avoine et le coquelicot fragile pour lui en faire un beau bouquet.
Je voulais fermer les yeux et lui parler de la première étoile dans le ciel, que je vois, qu'il voit.
Je voulais l'emmener en voyage. Et dormir avec lui, au bord du ruisseau. Et oublier les cigarettes.
Et...
A cause de lui, je viens de rater le forfait SFR qui m'aurait convenu.
Trois numéros favoris. Je n'en ai que deux.
A cause de lui, je vais payer plus cher l'hôtel.
La publicité est claire ; partez à deux payez pour un.
A cause de lui je grille sur cigarette sur cigarette.
Même la nuit. Je ne tousse pas, moi.
Grâce à lui je fais des économies.
Je garde mon forfait limité.
Grâce à lui j'aurai des plaisirs champêtres, et dormirai en gîte.
Et je n'userai pas mon graveur à CD. Même pour ma compilation.
Grâce à lui je n'use pas les rasoirs pour le poil aux pattes.
Voilà, il est content l'inconnu ?
Le monsieur caché qui ne sait pas le numéro de la hot-line haute-ligne sur laquelle repose une mouette ?
Le fantôme du placard de l'hôtel ? (ça c'est une blague à trois francs six sous de mes gamins, ils lui raconteront)
Le quinqua planqué qui est allergique au tabac, mais pas à moi ?
Le patient qui aurait des petites nattes à tresser sur mes mollets ?
P.S : ceci est une réponse à Mth et un de ses commentaire ; "Je te lancerais bien un Défi ... "Devenir un homme, un quinqua craquant, libre et prêt à remonter le Canal du Midi à la rame à tes côtés et plus si affinités et... t'épouser en CDI renouvelable par tranches de rires... Tu prends ?" Tu sais quel est le seul problème Mth ? Je ne sais pas encore comment faire pour me transformer en homme.
P.S (2) ; ceci est une réponse à Madison qui a parlé avec moi ce matin du dernier forfait SFR qu'elle voulait me fourguer. Et de l'annonce qu'elle me voyait bien publier sur mon blog après m'avoir entendu pleurnicher que le 3ème numéro, j'en avais pas.... Tu es contente, Mad' ? tu l'as lu, j'ai bien écrit "hot line".... Et non, je n'ai pas écrit tout ce dont on a parlé entre deux crises de rires... C'est mon blog à moi que mon image, à moi, si j'arrive à savoir ce qu'est vraiment moi, transformé par mes mots à moi.... Bref, tu n'as qu'à la faire chez toi, la marieuse d'une mouette !!!! Non mais !
11 juillet 2006
Ecoute les traces
Il n'est pas resté seul.
Elle n'est pas partie loin de lui.
Viens, écoute.
Écoute bien, au creux de ta poitrine. Il y a ton coeur dilaté de sa vie qui palpite, mêlée à la tienne. Et la note de musique qui tangue et chavire, de vos absences composées.
Laisse ta peau se souvenir. Plonge en toi, dans cette empreinte aux contours des encres tatouées de sa langue. Le bambou dans la nuit, l'entends-tu qui bruisse ? Pose le souvenir de ta main au creux de son ventre qui ondulait.
Écoute encore.
L'odeur salée de vos mains nues se mêlant de vos silences. Et ses doigts qui dessinaient tes yeux. Et ta bouche qui s'emparait de la sienne, qui volait son souffle pour mieux lui rendre cette vie qui s'enfuyait. T'en souviens-tu ? De sa langue qui creusait dans ton palais une fontaine tiède ? Et de la source qui jaillissait en cascades frissonnantes ?
Ils ne sont pas partis.
Elle n'est pas là.
Il n'est pas là.
C'est tout.
Absence du temps présent, horloge silencieuse. Elle est là-bas, dans le jardin de ta mémoire, aux odeurs sculptées, aux mains ondoyantes. Là-bas, devant toi, olivier de Bohême aux feuilles argentées bruissantes d'un vent qui est le tien.
Va, elle te respire.
Et entend les silences. Et les craquelures de ton sourire loin d'elle. Et les fêlures de tes regards.
Va, penche toi.
Non, tais-toi, sèche du bout de ton souffle la goutte salée qui trace un sillon. Sur votre silence.
07 juillet 2006
M. Honoré
Bien cher Honoré,
je suis fort surprise de découvrir que vous preniez encore la peine de demander à votre secrétaire de s'assurer que vous ne serez dérangé par personne. Vous me l'aviez raconté, un soir de bon restaurant, et de jazz peut-être ? ce moment de "récréation" que vous vous octroyiez parfois pour vous changer de la pression de votre activité. Pour venir un instant lire mon blog. Qui devrait être classé dans la catégorie "dérivatif" et non "inclassable", ne croyez-vous pas ? (et je n'attends pas de réponse à ma question) Vous venez donc encore ici. Juste lire. Un peu. Et bien entendu consulter la catégorie de notes dans laquelle je vous ai glissé un jour. "Île inconnue"... Ne souriez pas, je vous connais. Un peu. Le temps de quelques soirées, d'un peu de musique, de quelques promenades en moto.
Suffisamment pour que vous m'ayez signifié, un soir, votre souhait de ne plus vous sentir martyrisé de me voir. Vous savez, VOIR. De visu. Sans toucher. Puisque vous êtes déjà pourvu d'une dame à toucher, dans votre vie, si je ne m'abuse.
Je déteste l'idée, voyez-vous, que l'on ne soit pas capable de simplement éprouver du plaisir à me VOIR. Ma conversation a une telle valeur que vous pouvez fort bien vous en passer.
Où serait le plaisir de ma présence si elle n'a pas pour chute celle de mes reins, n'est-ce-pas ?
Je vous avais à l'époque envoyé un mail très clair à ce sujet, ce me semble .
Tenez, j'ose même en reproduire ici la phrase que je trouvais très explicite. Si, par mégarde, vous l'aviez oubliée.
"Si je ne suis pas baisable je ne suis pas fréquentable".
Mais mes mots ici ne le sont pas non plus. Fréquentables. Ne vous donnez donc plus la peine de venir les survoler. Ils vont peut-être vous martyriser eux aussi de ne pouvoir qu'être touchés des yeux.
Veuillez considérer ceci comme une demande de "personna non grata".
Merci, M. Honoré.
Avec mes regrets les plus hypocrites de vous avoir infligé un désir que je ne souhaitais pas assouvir.
03 juillet 2006
Par les chemins de la vie
Par les chemins du monde il avait croisé la mort.
Celle qui semble injuste à qui ne sait pas que la mort ne connaît pas les lois. Celle des enfants que l'on dit innocents.
Celle qui semble absurde, et qui l'est. Celle de la guerre.
Celle qui terrifie parce qu'elle est si proche qu'elle paraît être l'ombre de la sienne. Celle de ceux que l'on aime, que l'on touche, que l'on a apprivoisés. Et qui quittent un monde qui est aussi le nôtre.
Il allait donc par les chemins inconnus, maintenant qu'il savait que sa mort était proche. Presque sans peur. Avec l'espoir insensé d'en retarder un instant le temps.
Il avait lu, tant lu. Et il se souvenait d'une belle histoire, en forme de conte, dans un pays lointain. Il cherchait la beauté étrange de cet animal mythique qui lui apporterait, comme dans ce livre, l'espoir insensé de laver la laideur du monde. Parfois, il s'arrêtait, le coeur battant, près de la silhouette entrevue. Il lui caressait le dos, lui parlait à l'oreille son monde à lui, si absurde. Lui chuchotait des secrets.
Mais l'animal n'était pas celui du mythe, juste une silhouette transparente. Une étincelle qui jaillissait d'un autre feu que le sien. Il vivait des histoires d'espoirs insensés.
Quand il repartait, il avait une force vive en lui. Dans son coeur, une braise qui s'était ranimée au souffle de l'espoir, malgré la fatigue de sa quête. Il continuait.
Par les chemins du monde il avait croisé la vie.
30 juin 2006
Guidage régional
Je me sens admirable. Si, vous avez bien lu (Ego, va te coucher). Et que personne ne glisse sa tête sous mon bureau pour voir l'état de mes chevilles (mais non, Chevilles, je ne parle pas de vous pour de vrai). Je sais, elles sont éléphantesques. Normal pour un oiseau voyageur. Enfin, qui fait voyager. Dans sa ville -Ô Toulouse, et pour l'accent, normalement, on rajoute, "con". Ô Toulouse, con !- et dans sa région -y'a MIDI dedans, soyez jaloux, j'aime-. Bref je fais voyager mon bretonnant ami. Et, si je suis admirable (vraiment, je ne m'en lasse pas !) c'est que le soleil diurne a rendez-vous avec les averses nocturnes. Permettant de découvrir les odeurs exquises et la douceur tempérées de soirées. D'où l'admirable. D'avoir su faire comprendre au Zeus toulousain que pour épater mon bretonnant encore transi de la bruine de ses contrées, il fallait cette douceur angevine. Il voyage donc.
Et aussi dans
ma cuisine, après que des pervers polymorphes lecteurs aient osé
rappelé que j'étais LA spécialiste mondialement reconnue des cannelés.
Dont LA preuve. 
Alors,
après avoir croqué les cannelés, ça lui a donné de l'appétit, et il a
tenté de croquer des oiseaux. Mais non... pas moi... pffff, vous avez
un esprit très très mal placé ! Des hirondelles, c'est plus joli. Et ça
bouge autant que moi, comme ça il n'a pas été dépaysé ! Sur la place de
la très très belle (à Toulouse, con! tout est très très beau, et au soleil)
église Saint-Etienne. Juste avant que des gamins ne se déchaînent avant
un ballon de foot. On a regretté qu'il n'y ait pas de match à la télé
ce soir là, mais on va pas faire d'histoire, il y a eu des moments
sympa où on étaient presque tout seuls dans les rues. Alors je l'ai
croqué croquant des hirondelles.
Houps, je me suis trompée ! C'est celle là...
Après, j'ai voulu le traîner
lui faire découvrir Mirepoix, parce que j'adore ses arcades aux piliers
sculptés. Tenez, avec le temps, les têtes se transforment en monstres,
toutes seules.
Moi, ce qui me fait peur, c'est que je vieillis aussi. Et que j'ai un petit frisson en voyant les hommages de dame temps...
Post-scriptum
: j'écris cette note à 21 heures. Mon bretonnant M. Feu est parti
croquer des façades... il a oublié l'heure... et j'ai fait de mes
admirables petites mains des ravioles au foie gras, sauce piment
d'Espelette. Quand je pense qu'il a osé dire que je le nourrissais de
salades... il aura raison... parce que les ravioles... on va les finir
avant qu'il ne revienne.... hi hi hi !
28 juin 2006
Lettre éperdue
Je t'avais écrit des lignes bleues. Détrempées de l'encre de ce ciel où ma plume cherchait les pigments.
Puis j'ai brûlé la
lettre, en flammèches orangées. J'ai perdu mes mots qui s'abandonnaient
vers toi. Tu ne me sais plus, si aveuglé par tes certitudes à mon égard. Tu
n'aurais pas su lire, et mon sang aurait cogné dans mes veines à
attendre ta réponse assourdissante. De silences.
J'avais tracé des lignes d'horizon. En lignes hachées de coraux affleurant du lagon.
Et
j'y ai plongé la feuille. Qui te disait de me surprendre, juste à cet
instant où je me serais délivrée. De cette nudité que tu crois si
bien connaître, même drapée encore de mes peurs de se dire. Mais tu ne
m'aurais pas vue, et mon désir aurait suinté en nectar amer.
J'avais griffé la feuille de papier de la plume qui crissait.
Elle s'était émoussée en mots tendres de volupté. Tu m'aurais trouvée
là, abandonnée, à l'aube de cette innocence que j'ai perdue. Mais il y
a cette peau qui me recouvre, et mes yeux auraient saigné de ton
aveuglement à ne pas me voir.
Alors je ne t'écris plus.
Juste
des lettres que je déchire, en tout petits morceaux de mots. C'était un
puzzle, pour ta patience que je m'inventais en mots éperdus. Je te rêvais les déposant aux angles de notre vie.
Parce que j'aurais voulu que tu m'inventes un monde
où la terre serait bleue comme une orange,
où la mer,
où l'eau,
où
...
..
.
27 juin 2006
Bizarrerie
J'ai de la visite depuis samedi. Pour la semaine (ceci explique mes passages réduits au minimum sur le blog!). La visite de M.
Feu. Alors je vais quand même vous parler un peu de lui, parce que je
suis en vacances grâce à lui, et que cela me rend d'humeur gaie.
M. Feu est un type bizarre.
Il se croit humain, alors qu'en réalité il est breton. Mais il ne faut pas le lui dire, il pense que l'humanité est la même partout.
Il sait bien qu'il a les yeux comme l'océan de là-bas, et même ses
pupilles sont des rochers bruns. Bon, pour les algues, je n'arrive pas
à bien voir -à mon âge, c'est normal-.
L'avantage
de ses racines bretonnes c'est qu'il trouve qu'il fait bon, ici. Alors
que moi, j'ai sorti ma p'tite laine, parce qu'il s'est mis à
rafraîchir, le temps. Mais lui, est en polo, bras aux vents, soupirant
des "qu'il fait bon" à peine le nez dehors.
M. Feu est de
compagnie très agréable, peut-être parce que l'océan ne lui manque pas
encore. Ni sa barque. Pourtant il aime bien aller naviguer dans sa
baie, en bas de chez lui.
Mais là, il prend un vélo. Et il
m'accompagne. Même plus peur de fendre la circulation derrière moi. En
brûlant les feux. En prenant les sens, interdits aux voitures. Je ne
dis pas qu'il ne s'est pas senti mal, la première fois. Mais
maintenant, il suit. C'est assez rigolo, parce que, parfois, je tourne
la tête pour voir s'il est toujours là, et je le vois, jetant des coups
d'oeil qui balaient à toute vitesse (le regard, et le vélo aussi, remarquez) toutes les rues, guettant les voitures qui nous écrabouilleraient. Mais continuant à avancer.
Pour lui apporter un peu de calme (parce qu'à la maison, avec les enfants presque tous en vacances, il y a un peu d'animation. D'accord, il y a moi aussi), bref, pour le calme, je l'ai amené au cloître des Jacobins.
M. Feu a pu ainsi parler de la paix du silence, avec son cahier de croquis. Pendant que je lisais, dans l'air parfumé de buis.
11 juin 2006
Ininterrompue, à jamais
Je t'offre mon coeur,
aux réseaux veinés.

Pour toi, sa vie fragile,
en battements imperceptibles.
Je t'offre mon coeur,
aux flèches poudrées. 
Pour toi, son or,
en parfum voluptueux.
Je t'offre mon coeur,
en éclats brisés. 
Pour toi, sa transparence,
aux éclats coupants.
Je t'offre mon coeur,
en couronne étoilée.

Pour toi, sa singularité,
en diadème rosé.
Et
quand tu auras fait sourdre la vie en palpitements, quand tu auras poudré d'or nos
rêves, et rayé ma vie de ta voix, quand tu auras éclairé
nos nuits d'étoiles rosées... je te dirai la poésie qui est tout.
Je te dirai, comme lui, que, pour me trouver des raisons
de vivre, j'ai tenté de détruire mes raisons de t'aimer. Pour me trouver des raisons de t'aimer, j'ai mal vécu.
Hier c'est la jeunesse hier c'est
la promesse
Pour qu'un seul baiser la retienne
Pour que l'entoure le plaisir
Comme un été blanc bleu et blanc
Pour qu'il lui soit règle d'or pur
Pour que sa gorge bouge douce
Sous la chaleur tirant la chair
Vers une caresse infinie
Pour qu'elle soit comme une plaine
Nue et visible de partout
Pour qu'elle soit comme une pluie
Miraculeuse sans nuage
Comme un pluie entre deux feux
Comme une larme entre deux rires
Pour qu'elle soit neige bénie
Sous l'aile tiède d'un oiseau
Lorsque le sang coule plus vite
Dans les veines du vent nouveau
Pour que ses paupières ouvertes
Approfondissent la lumière
Parfum total à son image
Pour que sa bouche et le silence
Intelligibles se comprennent
Pour que ses mains posent leur paume
Sur chaque tête qui s'éveille
Pour que les lignes de ses mains
Se continuent dans d'autres mains
Distances à passer le temps
Je fortifierai mon délire
Paul ELUARD, Poésie ininterrompue (1946)
10 juin 2006
A tout vent
J'ai le blues de votre voix méconnue.
Et je me cogne à la vie, de ne pas ouvrir les yeux pour vous voir. J'ai peur du noir, ne le savez-vous pas ? Je ne crains de mourir que de ne pas vous avoir aimé. Que vous ne m'aimiez pas. Le jazz se tait. Il est assourdissant, ce silence que vous me renvoyez.
Je suis coeur étoilé, si fragile de se dessécher.
Je
suis herbe froissée par les pieds des vers solitaires. Même Beaudelaire
ne peut faire naître ces fleurs étranges, écloses sur des étagères. Et
Apollinaire n'est plus. Qui dessinera les calligrames de mon coeur
éclaté ?
Je suis la peau de soie qui s'effiloche de votre absence.
Ne me laissez
plus ainsi. J'ai froid. Sonnez à ma porte. Venez donner des couleurs à
la fleur pâlie, à mes feuillets encores blancs. Prenez un instant le
temps. De clore mes paupières, de partager mon silence.
Je me cogne à votre absence. N'entendez-vous pas la cloche qui raisonne ?
Vous m'avez donc oubliée ?
