20 juillet 2006
Cachette de saison
Avant la fin de l'été... avant.
T'en fais pas, va, ça va passer. Mes reniflements et mes yeux décomposés. Je vais la décaper, la mélancolie de mon regard, comme tu frottais le trait de crayon noir qui cernait mes paupières.
Ne t'inquiète pas, c'est du blues, tu sais bien que ça rend l'âme triste de l'écouter dans la nuit. L'été. Je vais éteindre ça, vite fait.
Non, je ne te dérangerai pas, va. Ne te téléphonerai pas. Ne t'écrirai pas. Mes paroles sans voix, juste ici, pour les autres, pas pour toi. Comme ça, tu ne sauras pas le ver qui ronge mon aubier des mots.
Mais je t'écrivais, avant.
Les feuillets noircis ont été passés sous l'orage. L'encre a fait des rigoles. Tu vois, je rigole. Tu es rassuré ? C'est bien. Je vais bien. Bien sûr. Pourquoi voudrais-tu que je sois mal ? Parce que je me tais ? Mais non, regarde, j'ai les mots qui crient ! Hi hi ! Comment ? tu me trouves amère et acide ? Le soleil me mûrira, va, je le sais bien. Tous les fruits mûrissent, même les poires dont j'aime tant la verdeur. C'est l'été de ma vie. Et je hais les hivers.
Je t'écrirai en automne.
Quand je serai bien vieille le soir à la chandelle... je relirai encore ceux qui m'ont portée dans leur poésie écartelée de leurs vies. Et j'écrirai. Des mots tremblants et doux comme mes cheveux blancs. Je tracerai des sillons tendres comme des rides, peindrai à l'aquarelle pour tout estomper. Quand je serai vieille et que je serai fatiguée. De me cacher d'avoir mal.
Avant. Quand je ne savais pas les hivers.
14 juillet 2006
Tais-toi
Je le retiens, dans sa muselière.
Qu'il ne soit pas trop bruyant, trop dégoulinant.
Ça ne se fait pas. D'étaler ainsi les humeurs cachées.
Je ne ferais pas pipi devant votre porte. Ici, c'est pareil.
Je lui ai appris à respecter les yeux des autres.
Pourtant... cela démange mon clavier, parfois. De vous parler de ce que je tais.
Mais ne soyez pas sur vos gardes. Vous imaginez-vous vraiment que je pourrais... ? non, ne vous inquiétez pas.
Le Ça a appris à se contenir.
Le Ça.
Qui se bouscule en postillons d'ébullition cérébrale.
Qui s'éructe en voiles de fiel qui s'évaporent,
Et monte en vomissements ravalés,
En loghorrée plaquée, claquée, jusqu'à ce qu'elle reparte dans les tripes.
Le Ça.
Qui dégouline en bulles de salive amère
En puanteurs qui gonflent mon coeur.
Le Ça.
Tu
n'es pas un joli mot. Regarde toi donc. Si je t'enlevais ton hameçon,
ta canne tordue, ton bâton vrillé, regarde bien à quoi tu ressemblerais
: CA.
Cantatrice Aphone ?
Fais donc comme elle.
Tais-toi.
XXXXXX.
12 juillet 2006
J'en crève (expurgé)
Vous le voulez le quart d'heure de vérité ?
Et bien le voilà. Et
si vous ne voulez pas savoir, zappez, zappez donc. Dans deux
heures cette note sera remplacée par des X. Tout plein de X pour en
rayer les mots. Les effacer. Ils n'ont pas leur place ici. Combien
liront ceux-ci ? Une dizaine ? au hasard de clics, ou même des liens.
S'il y a un commentaire je le laisserai, bien sûr. En trace. Comme une
empreinte dans laquelle j'aurais glissé ma main. Les mots vrais.
Ceux là.
Vous voulez savoir ? Pourquoi j'écris, pourquoi je m'épanche, pourquoi je me déshabille l'âme ici ?
Mais
parce que XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX.
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX.
XXXXXXXXXXXXX. XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
XXXXXXX.
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX (XXXXXXXXXX)
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXs
XXXXXXXXXXXX..
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX ?
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX.
XXXXXXXXXXXXX.XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX.
XXXXXXXXXXXXX.
XXXXXXXXXX.XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
? XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX.
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX ?
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX.
XXXXXXXXXXXXX.XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
!
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX.
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX.
XXXXXXXXXXXXX.
XXXXXXXXXX..
29 juin 2006
Art-battoir aux Abattoirs
A vos marques ? Prêts, partez. Direction fascisme en marche. Allez, pas de chichis, je vous fais grâce des 6€ 90 du billet d'entrée. Il paraît qu'il se nomme "musée". D'art moderne. De Toulouse. Mais sous le web il vous taper "Abattoir" si vous voulez le trouver, le si bien nommé. Âmes sensibles, prêtes à vomir, allez, emboîtez donc mon pas.
D'abord,
l'apéritif. Pour vous émerveiller de sublimes photos, dignes d'un
sublime APN, d'artiste bien sûr, ne soyons guère chiche. N'oubliez pas de lire le texte, c'est la première gorgée de bière.
Prévoyez votre boîte d'agrafes ou de punaises si vous souhaitez les
voir sans reflet. Le musée doit certainement être en banqueroute. Il en
manque 1 sur 2. Mais il faut soutenir l'art et les artistes, n'est ce
pas ? Allez, je vous montre les endroits-clés à redresser ? Que vous ne
perdiez pas votre temps précieux de vous émerveiller. Devant ces
oeuvres d'art. Si.
Pas de quoi vomir, juste sourire. C'est bien. Maintenant, on
continue. Direction sous-sol. Étage inférieur (ils savent quand même où
les exposer les trucs vomitifs.)
Parfois, de temps en temps,
le rideau de scène de Picasso y est exposé. Il est superbe. Parfois.
Quand il est exposé. Là, ce n'est pas un jour-parfois. C'est ainsi. Pas
de colère je vous prie, ou vous serez privés de nausée. Pas celle de
Sartre, ce serait lui faire trop d'honneur.
Bon, pour vous dire, je n'ai pas pris de photo (mon APN a eu des spasmes à cette idée). Mais vous êtes tous internautes, pas vrai ? Depuis le 11/09 je ne sais plus combien,
LE jour des attentats (les autres, qui explosent en plus petits
morceaux de chair étalés dans le temps, ces autres là, on fait comme
s'ils n'existaient pas, ok ? ). Je vous parle de L' ATTENTAT, celui qui
a touché LE monde. Celui des États-Unis. (Unis à quoi, vous savez, vous ? Merci pour la réponse).
Donc, puisque vous êtes reliés à ce merveilleux fil qui fait le tour du
monde, vous avez du, comme moi, recevoir, à l'époque, ces photos-montages
si drôles. Oui, elles sont drôles, puisqu'elles se
glissent toutes seules dans mon sous-dossier (pourquoi "sous", c'est
drôle, non ? ), intitulé "blagues". (Comme ça je vide facilement, après
avoir beaucoup ri de tout ce qui est si drôle et que je reçois).
Bref, ces photos-montages vous les connaissez. Par exemple..
la statue de la liberté en Burka (hi hi hi, que c'est drôle), ou Notre-Dame chapeautée de toits de mosquée (ho ho ho, arrêtez, c'est trop rigolo)....Des
barbus un peu partout, sur fond de fumées qui ne sont pas celles de pétards. Combien de photos ? Une bonne dizaine.
Dites, il faut en avoir pour votre argent de visite d'art. Pour
éclairer votre regard. Et vous faire prendre conscience de ce qui vous
entoure. Que vous n'oubliez pas, quand même. Que ce sont de drôles de
gens qui sont responsables de L' ATTENTAT. Alors, les images, elles vous
donnent tous les signes pour que vous les reconnaissiez, les
responsables.
Bon, le discours qui est écrit dans la salle n'est
pas exactement ce que moi je vous donne comme éclairage. Mais vous
devriez comprendre.
Comment le fascisme est né. A l'époque d'Hitler. Par des images. P'tain, heureusement qu'il n'avait pas internet, Adolf, je crois que sinon, il aurait gagné !
Là c'est pour vous faire sourire. Lui, c'était la haine des juifs, des
gitans, des homosexuels, des handicapés, qu'il avait provoquée. Par des
campagnes très bien menées, vous savez. D'ailleurs, maintenant, ils
étudient parfois ces affiches là, en histoire, dans les lycées. Pour que les
enfants ne se laissent plus piéger.
Avant d'aller voir de leurs yeux avides des oeuvres d'art. Dans des musées. Estampillés et subventionnés.
Parce que moi, pour la première fois de ma vie, j'ai eu envie de cracher sur leurs oeuvres. De vomir au milieu de la salle.
Art-battoirs.
Musée des abattoirs.
Qui suinte de haine, non plus de sang.
De
la provocation ? Mais bien sûr, mesdames et messieurs les conservateurs
de musées. Je le comprends bien. Mais non, personne ne va imaginer que
vous cautionnez la haine d'un monde différent du vôtre.
Où les
toits sont pointus, où les croissants ne sont pas en croix, où les
femmes ne sont pas en jupes ras la touffe mais dans une burka (la nôtre
est tellement plus seyante, n'est-ce pas ? en forme de balance qui pèse
chaque gramme en trop).
Où les hommes sont tous armés de barbes et de
fanatisme, comme une armée de Sarkosistes ou autre démocrate éclairé.
Dans un autre monde, bien sûr. Pas celui où vit mon ami Homme-N'Dar, en
tout cas, qui prie, parce qu'il aime son Dieu et les hommes. Et moi, je
prie pour qu'il ne descende pas dans cette salle là. Des Art-battoirs.
Qu'il ne supporte pas cette humiliation supplémentaire.
L'art n'est pas fait pour m'éclairer, juste pour...
faire vomir ?
M.
Feu, vous qui êtes artiste, pas subventionné-estampillé-homologué, je
n'ai pas bien entendu ce que vous me disiez ? Que... je leur fais de la
publicité ? Que l'on est piègé de toute manière dès que l'on
passe le seuil de tels endroits ? Que-quoi-donc-où-comment les critères
de bla-bla-musée ?
Oui, je vous entends. Pas de souci, je ne suis
qu'un petit blog d'humeurs, vous savez. Une petite goutte. Pas de quoi
éclabousser..... Je ne me souviens que d'un proverbe africain, moi,
simple visiteuse de ce musée. (Qui sera quand même destinataire de la copie de cette note, avec mon vrai nom, et ma vraie adresse. Si jamais ils voulaient m'expliquer cet inexpliquable là. Que je comprenne, bien sûr. Mais je me demande si j'ai vraiment envie de lire une explication intellectuellement-politiquement-culturellement correcte à ce déballage fascisant, moi...)
Le fleuve est grand, mais chaque goutte.......
27 mai 2006
Ravage
Il n'y a plus rien que cette vague amère, que ce flou dans le coeur, que ce mal dans les poumons.
Plus rien que cette écharpe en corde de piano qui scie le dernier filet d'air à inspirer.
Plus rien de vivant.
Que l'absurde chagrin qui débarque et ravage tout.
La
cigarette au bout incandescent qui s'allonge sans pouvoir vivre autre chose
que de se consumer en braise ardente. Les yeux qui piquent, qui brûlent,
qui se noient dans 2 millimètres de flotte chaude.
Cela prend tout, et les tripes se nouent, les lèvres se craquèlent.
Le temps se fige en gelée qui tremblote.
Écraser
la cigarette comme si une forêt risquait de prendre feu. S'y brûler
l'ongle et en ricaner. Serrer les paupières si fort, tenter de créer
des digues impuissantes et vaines. Et hoqueter en bavant un peu.
Vouloir hurler de ne pouvoir que se taire. Faire face, encore et
encore.
Allez, salut vous autres, salut les passants honnêtes, les
gens heureux, les bien-pensants, les amoureux, les pas torturés, les
décomplexés, les solitaires, les acharnés. Je vous donne le bonsoir, et
je pars crever ma bulle d' amertume au coin de mon lit. Au coin de mon
livre.
Au coin de ma vie dont les angles droits me trouent la paix.
22 mai 2006
Allez, va-t'en
J'ai franchi les sentiers escarpés qui menaient à toi. Mes pieds ont
laissé les chairs s'endurcir d'avoir trop grimpé. Trop longtemps. Je
suis arrivée là-haut, le regard fatigué, le coeur fier et làs.
Je t'ai portée à bout de bras, à bout de souffle. Mes larmes n'ont jamais éteint tes braises. Jamais.
Je
ne te quittais pas des yeux, te haïssant parfois, comme aujourd'hui.
Mais ne t'abandonnant pas en chemin, pourtant. Les escales furent
courtes, mon orgueil m'a crié de ne pas te déposer ainsi n'importe où, sur le plateau déséquilibré d'une balance.
Il fallait donc encore et encore attendre ? Tu avais mis la barre bien
haut. Recommencer ? Tu me pèses tant parfois, et l'oxygène se
fait rare.
Tu
m'as aidée pourtant. Quand je me débattais pour que tout "marche bien" ;
oui, pas plus. Pour que ma famille soit comme une autre, malgré les
accidents si cons de la vie de tous les jours.
Mais
aujourd'hui,
les mains me démangent de creuser la terre, de te concasser en miettes
et de t'enterrer. De te recouvrir de pierres lourdes. De te crier que
je ne te veux plus. Plus ainsi. Si lourde pour mes bras fatigués.
Je te hais de devoir crier ma peine. Ici. De déballer mes peurs. Ici. C'est à cause de toi, tout ça.
J'y
ai épuisé les mouchoirs en papier. J'y ai frotté mes yeux rouges et
mouché mon nez. Sans que personne ne me voit, ne souffle sur ma peine pour en sécher les larmes.
Merci. Je te dois bien
çe petit mot là, n'est ce pas ? Merci.
Je te dois de pouvoir vomir à mon aise quand la nausée me frappe.
De faire fondre le comprimé quand la fièvre me terrasse.
Je te dois la force de soulever les potaux de béton et de noircir mes mains de cambouis.
Et l'absurde droit de ne pas manger de la journée ou de ne suçoter que des bonbons.
Et de veiller tout mon saoûl leurs maladies et mes angoisses de mère.
Je te dois mes cigarettes grillées et mes cendriers pleins.
Je te dois ma peau qui se donne parfois aux hommes.
Et mon téléphone où l'on peut toujours me joindre.
Mes chansons à tue tête, et les fleurs que je préfère.
Je te dois ma voix éraillée d'avoir trop crié et de ne pouvoir en parler qu'à mon clavier.
Je te dois ma tête secouée de sanglots, qui ne peut se reposer.
Je ne sais plus quel est ton nom.
Dis-moi, est-ce "liberté" ? ou "solitude" ?
J'ai oublié. J'ai tout oublié je crois.
Mais je te remercie quand même, tu sais. Ma fierté est à sa place. Mon orgueil en parfait état de marche.
Allez, va, va-t'en, arrête de me lire. J'y arriverai, comme d'habitude.
A vivre. Et même à avancer.

Dessin de T. Dohollau
04 mai 2006
Allergie de mots
Il y a ces mots là, de la saison du chagrin, de la saison des mots-dits-sements de soi.
Cela avait commencé par une soirée de printemps. Cet air qui vous gêne a provoqué l'à-l'air-gît. Vous pouvez en détailler chaque seconde tant elle vous a mis à mal. Cela avait débuté comme dans un conte, vous savez, avec la fée-clochette fine et joyeuse.
Il y eut ce bruissements d'ailes. Et cette stridence légère que nul autre que vous n'entendait. C'était presque gai, presque inaudible. Puis la petite piqûre, d'un dard si fin que vous peinez à le discerner. Mais il s'est planté pourtant, juste sous la peau, dans la chair tendre. De son épine aux anneaux crochetés qui a libéré son venin. Oh, vous avez tenté de ne pas bouger, de vous convaincre que ce n'était rien : avez passé machinalement un peu de salive sur la peau piquée. Ce n'est rien, un mot volant, n'est ce pas ? La rougeur était bénigne, le gonflement léger.
Vous avez poursuivi le repas, à peine agacé d'en avoir été troublé. Mais il était déjà un peu trop tard, l'appétit était coupé. Vous avez soupiré de rage, des crochets se sont ridés entre vos yeux. Vous ne voulez pas. Surtout pas. Vous laissez aller à penser à cette piqûre bête. Un mot volant, ce n’est rien. Rien du tout. Vous reprenez la fourchette, triturez dans l'assiette. Et reposez violemment les couverts. C'est fini, vraiment, manger vous dégoûterait. Et l'autre vous regarde, vous, respirant plus profondément, le front agité de tressautements que vous pensez imperceptibles. Rien, ce n'est rien. Une piqûre de mot volant. Oublier, ne pas frotter, ne pas gratter la blessure. Même pas une écorchure. Un dard d'un seul mot, il ne peut faire aussi mal... pourtant. Alors vous avez déplié vos bras, enlaçant votre taille d'un bras apaisant. Et serré votre chagrin dans vos poings agrippés à votre chair. Mais vous l’avez entendu.
Le clapotis. Le ciel était noir d'étoiles qui n'éclairaient qu'elles. Le mot coulant était sorti de votre cœur palpitant de gargouillis. Il ne parlait pas, ne piquait pas, ce mot là. Ondoyait doucement jusqu'à broyer votre cou. Vous le saviez, et vous tentiez alors de respirer doucement. Juste un filet d'air, ce serait suffisant pour ne pas étouffer. Le mot coulant remontait lentement vers la nuque, vers la gorge. Et vous parliez d'une voix assurée, comme si de rien n'était. Ne pas laisser ce sale mot là, gluant et glacé, vous enserrer. Il ne fallait pas. Vous êtes plus fort que lui, n'est-ce pas ? Mais le mot coulant n’a cure de vos imprécations. Il fait son sale boulot. Et vous sentez peu à peu que vous suffoquez. N’osez plus ouvrir les lèvres, dilatez un peu plus vos narines, patiemment. Avec l’obstination de ne plus vouloir vous noyer dans un clapotis de bulles de salive. Votre cou est tout entier enserré. Et vos mots se font rares. L’autre est là, regardant votre mort dans l’âme, ne voyant que votre silence. Et vous souriant.
Alors vous souriez à votre tour. La piqûre fine boursoufle votre corps. Vous ne respirez plus qu’à grand peine. Vous souriez un peu plus, vous êtes poli, n’est ce pas ? C’est votre allergie, pas la leur. La nuit avance et vous savez que vous aller retrouver la boîte blanche qui vous apaisera.
Vous glissez la clé dans la serrure. Vous jetez votre sac et votre manteau. Ouvrez grand la bouche, laisser le râle contenu s’échapper.
La boîte est là. Avec ses rangées de comprimés carrés. Vous la regardez et savez que les mots volants, les mots coulants vont se dissoudre ici.
Et vous laissez les mots-calmants vivre jusqu’à en mourir. En lignes blanches.
31 mars 2006
Tas
J'ai le droit. D'avoir les yeux bouffis et les lèvres gonflés de
bulles de salive. J'ai le droit de laisser l'eau tracer des sillons
verticaux sur mes joues. Et le crayon noir se dissoudre en flaques sales sur les pommettes.
J'ai le droit de renifler, de ne pas me moucher, de râcler ma gorge.
D'avoir la voix éraillée et les sanglots même plus étouffés.
Je
veux te crier ma rage, ma hargne, mon aigre et mon fiel. Je veux te
hurler sans que tu ne l'entendes jamais. Cela te ferait trop plaisir de
te savoir si important ! Je veux déverser les mots en purin, les
phrases en lisier sur tes yeux couleur invisible.
J'ai
le
droit. De vomir ma bile et mon chocolat. Non, pas mon chocolat. Juste
mes brocolis. J'ai tous les droits sur moi. Tiens, regarde, mon
cendrier déborde et j'ai les poumons noirs de suie. Écoute ! je veux de
la Callas à m'en crever les tympans.
Du requiem à fendiller les murs. Je veux ne pas manger, et juste boire
vingt cafés. Puis m'écrouler en pyjama sur mon tapis rayé, et
sangloter. Pour rien, parce que je me sens "tas". Tu ne sais pas, bien
sûr, ce qu'est être "tas". Moi, je sais, et cela me suffit.
Allez, va-t'en, va. Tu vas salir tes principes en mots retournés. Ta sobriété si bien construite en principes de vie.
Je veux que cela tremble et vacille.
Et retourner mon coeur à l'envers.
Et écrire des mots laids, pendant que tu muscles tes mollets. Et rire bêtement des mots bêtes qui sont à moi. Rien qu'à moi.
J'ai tous les droits, ici. Tous. Sur moi.
11 mars 2006
Mais où est donc ORnicar ?
Moi
? Une pépite d'or ? Le plus pur ? disais-tu !
Tu
pensais m'offrir une joie précieuse par ces mots ? me donner cette valeur
qu'aucun code-barre ne chiffre encore ? Tu pensais me panser ? Me
déposer sur un plateau délicat, en bijoutier de mon âme ? Me couvrir
d'un voile pailleté ?
Mais elle est dure, mon âme. C'est un roc. Bien loin de ce
métal mou. Pas comme cet or rougi de
tant de convoitises assassines, de tant d'égards veules.
Tu pensais me
rassurer ? Dorer le plomb qui m'enserre, comme ce couvercle que
Beaudelaire a du laisser traîner.
Mais
je ne suis pas d'or, moi. Chair, sang et
os. Pas de minéraux autres qu'en infimes molécules. Le sel des larmes,
l'urée des urines. Tant d'autres. Moins nobles, n'est-ce pas, que cet
or que tu revendiques avoir trouvé en moi ! D'ailleurs où as-tu été le
pécher, avec ton tamis virtuel ? Dans la grotte secrète de mon corps ?
Tu as fouillé et trouvé ? C'est cela ? Mais oui, bien sûr ! Moi, que tu
ne vois jamais parée de bijoux dorés. Moi dont tu aimes la nudité. Mais pas que cela, oui, je sais.
Et mes rires. Et nos promenades, nos pizzas et nos cafés. Alors
je t'offre ces quelques vers. Tu vas les trouver beaux, tu aimes la
poésie, je le sais bien. Trop bien. La poésie et le piment. Mon rire et
mes hanches. Mais pas ma vie. Cadeau ! Des mots d'or. D'or, du vrai, du pur et dur.
"Ô l'or ! sang de la force implacable et moderne ;
L'or merveilleux, l'or effarant, l'or criminel,
L'or des trônes, l'or des ghettos, l'or des autels ;
L'or souterrain dont les banques sont les cavernes
Et qui rêve, en leurs flancs, avant de s'en aller,
Sur la mer qu'il traverse ou sur la terre qu'il foule,
Nourrir ou affamer, grandir ou ravaler,
Le coeur myriadaire et rouge de la foule."
Emile Verhaeren
10 mars 2006
Silences à crever
J'ai besoin de mon silence. De museler la gueule béante de ma parole.
D'être, laconique et sibylline.
Écrire à l'encre sympathique. Des cris d'encre antipathique.
Tuer les mots de trop au pilon consciencieux.
Briser mes doigts sur les lignes figées.
Dépiauter les lambeaux rugueux des lèvres gercées.
Me taire et ronger ma douleur.
Casser la coque, éclater les bulles de salive.
Percer la trachée et siffler la parole qui fuit.
Je veux m'oublier. Ligoter le souvenir de la vie.
N'être, qu'invisible et soumise au néant.
Courir les pieds enchaînés. Les pas ailés de plomb.
Amputer les membres encore vivaces.
Empaler ce corps qui s'évapore.
Courir vers hier jusqu'à l'ovule.
Et le tuer du pieu de mes mots.

