Motus et bouche cousue

Mots jetés à tout vent, mots libres, tout simplement.

17 juillet 2006

Réveils

Le réveil sous la lumière crue me plongea dans la terreur. J’étais là, écartelée, sous cette violence blanche.
Je m’étais endormie dans la douceur du soir. Même si les étoiles n’étaient pas là pour me tenir la main. C’était l’hiver et le ciel était couvert.
Je n’avais pas compris que je me réveillais, c’était cette terreur qui m’avait écarquillé les yeux. Il y eut ce hurlement de sirène. Et les pas vifs qui résonnaient. Et le sang que je devinais par l'écarlate. Des tuyaux que j’avais arrachés. Tous les tuyaux. Les sondes; gastriques, urinaires. Les cathéters. Comme une démente, certainement, je m’étais dépouillée en quelques secondes, arrachant, déchirant. Mais je ne sentais rien. J’étais incolore et inodore. Nue, dans la salle vitrée, sous la lumière crue. Dans la terreur encore. Avec mon hurlement.
Ce « non » qui me poursuit encore aujourd’hui, trente ans après.
Puis je me suis tue..
Je me suis éveillée dans un lit avec de vrais draps. Avec une petite perfusion que je n’ai pu que regarder, parce que j’étais soigneusement attachée de bracelets de cuir.
Les bracelets de cuir, c’est étrange. Ça me maintenait. Même les chevilles.
Les bijoux me pèsent.
Je me suis réveillée. J’ai compris à ce moment là. Que je n’avais bien sûr pas réussi. A mourir. Et que j’étais là pour qu’ils m’aident à me guérir de ma douleur de vivre.
Ils m’ont expliqué. Que le dortoir là, c’était une salle dans un hôpital psychiatrique.
Voilà.
J’étais entrée dans mon enfermement.
Mais je ne le savais pas encore. J’émergeais de mon coma, je ne comprenais pas tout. Pas encore.
Il y eut la première visite. Combien étaient-ils ? Cinq, six, derrière le professeur. Celui qui parlait.
« Bonjour, alors, on s'est décidé à être raisonnable ? On va parler maintenant ? »
Tenez, là, je souris en écrivant ces mots. Elle a eu raison de me dire d’écrire cette histoire. Pour savoir ce que je pense. Parce que, en noir sur blanc, j’ai l’impression de décrire un interrogatoire sous la torture. Sauf que la voix était normale et les coups seulement dans le regard.
Les jours passaient.
Je me taisais.
Et ils revenaient. Pour la visite du jour du lendemain.
« Bonjour, alors, on s'est décidé à être raisonnable ? On va parler maintenant ? »
Et, pour me prouver qu’ils avaient raison de me laisser là, dans mon lit n° je ne sais combien, un jour, j’ai crié. "Avaient-ils des cacahuètes à lancer au singe à qui l’on rendait visite ? "
Le professeur n’a pas été content. Ni de mon agressivité, ni des sourires des externes et des internes en blouse blanche.
Alors il prit le seul livre que j’avais toujours sur moi. « Anthologie de la poésie française » de G. Pompidou. Et il me le confisqua. Parce que « la poésie ce n’était pas indiqué dans mon cas. Cela me donnait des idées noires ».
Il me connaissait bien, le professeur. Tous les jours j’allais au rendez-vous fixé. Et j’attendais que l’heure s'écoule [tic-tac - tic-tac]. Sans un mot. De quoi lui parler, à ce monsieur ? Je n’en savais rien, moi.
Est-ce que ça l’aurait intéressé de savoir que ma vie n’était pas digne de la vie ?
Puis un jour, lasse de ce dortoir aux dizaines de lits bien alignés, préservant notre intimité d’un rideau, un jour, je suis partie. En rampant devant la porte des infirmières. Un jour où certains avaient de la visite.
Mais ils m’ont rattrapée. Deux heures après. Parce que la police savait que j’étais dangereuse pour moi. Et que c’était l’hiver et que j’étais en tee-shirt. Et en pantalon. Et que je n’avais pas d’argent. Je marchais. Tout simplement je marchais. Et l’ambulance est arrivée.

Je ne me souviens plus très bien après. Parce que j’ai dormi. Après la piqûre.
Puis je me suis réveillée.
Je me suis souvent réveillée dans cette histoire.
Je n’étais plus au même endroit. Ils m’ont expliqué. Que j’étais dans le même hôpital, mais en service fermé. Puisque de toute façon je n’avais personne dehors. Que j’allais être majeure bientôt, mais que, pour l’instant ma famille préférait que l’on me soigne. Et que l’on ne pouvait pas me faire confiance.
Je n’ai pas su pour mes parents. Ils me l’ont dit assez tard. Et les années qui ont passé ont du flouter des tas de souvenirs ! Il semble qu’ils m’avaient écrit, mais que leurs lettres n’étaient pas bonnes pour moi. Et qu’ils ne voulaient pas me les donner.
J’étais réveillée.
Et en colère. Mais ils l’avaient bien deviné, c’est leur métier. Alors ils m’ont laissée attachée. Oh, ne vous inquiétez pas, je pouvais bouger, m’asseoir. Mais pas marcher. Ou alors avec une infirmière, qui me regardait faire pipi ou prendre ma douche. Là, devant moi.
Je ris, parce que je viens de comprendre pourquoi il m’a fallu tant d’années pour prendre une douche avec un homme !
Je n’avais plus d’habit, juste la blouse verte, ouverte, et un slip, pour préserver mon intimité. Mais plus de stylo. J’avais le droit au crayon. J’aime beaucoup les crayons à papier. Je collectionne même les rogatons de crayons ! Avec tendresse, allez comprendre !
Mais j’ai vite compris que je ne pouvais pas écrire.
À cause des tremblements. Mes mains ne pouvaient plus tracer, elles tremblaient avec une frénésie qui me donnait l’envie de mourir de ne pouvoir les aider.
Je crois qu’ils avaient compris que j’étais vraiment très dangereuse pour moi. Et qu’il fallait beaucoup m’apaiser. Alors j’avalais les gouttes [plic-plic] et les comprimés. Et j’ouvrais la bouche après. Au début elles passaient le doigt dedans, palpant les joues. Après elles ont arrêté. Il faut dire que je ne bougeais plus beaucoup. Peut-être même que la lumière avait disparu de mon regard.
Ou alors mes yeux avaient gravé dans leur iris les barreaux des petites fenêtres.
J’étais devenue inoffensive, je crois. Je me taisais. Regardais le ciel. Tout petit là-haut. Je connaissais par cœur le bruit des clés dans les serrures.
Depuis mon ... quelque chose se serre en moi quand je passe devant une prison.
Je regardais mes mains qui tremblaient.
Tiens, c’est drôle, je ne fumais plus et ça ne me manquait pas.
J’attendais. Même pas la mort. J’attendais le temps qui passe. Et le temps passait.
Un mois. Deux mois. Trois mois.
J’ai eu 18 ans. Ils me l’ont dit.
 

Puis il y eut Ismaël, l’interne. Qui restait de plus en plus souvent assis à mes côtés. Qui m’apporta une chemise de nuit, dans un joli paquet-cadeau. A petits carreaux Vichy. Qui me dit que j’étais jolie ainsi. Qui me donna le goût de parler un peu mes silences. Avec lui. Je ne sais plus de quoi ils parlaient, mes silences. Mais ils étaient avec lui. Qui regardait mes mains trembler. Je commençais à les cacher quand il venait.
Puis il lut mon dossier.
Bien sûr, que j’étais dangereuse.
L’année précédente j’avais avalé une vilaine bouillie. Parce que déjà, je trouvais que ma vie n’était pas digne de la vie. Alors j’avais avalé la pâte blanche. De 700 comprimés d’aspirine. Ceux qui sont dans le milieu médical doivent rire ! Je connais maintenant la dose létale. J’en étais excessivement loin . Dans le trop. Mais bon, cela ne m’a pas tuée. Juste fait vraiment souffrir durant quelques mois. Et puis, il y a 30 ans, ils n’aimaient pas les jeunes filles qui faisaient cela ! Ils leur faisait payer lors de soins, pour leur apprendre.
J’ai appris.
Que je pouvais vomir la paroi de mon estomac en lambeaux et quelques flots de sang. Que je pouvais avoir une dialyse et être si résistance que les reins se relancent. J’ai appris l’ulcère qui perfore et vrille . Et la peur de manger. Et le tuyau endoscopique avalé sans calmant parce que « je n’avais qu’à pas ». Mais tout ça est maintenant du passé. Je n’ai plus mal. Tout cicatrise. Et cela m’a été utile dans la vie, parce que je suis devenue dure à la douleur.
Mais qu’ils pourront crever, et moi avec, avant de me faire une endoscopie.
Mais bon, dans le dossier, c’était marqué noir sur blanc que j’étais dangereuse. Parce que j’avais fait ça très minutieusement. Tout bien calculé. Sauf la visite surprise. Et ils m’ont trouvée à temps (c’est ce qu’ils ont dit. Le temps me poursuit depuis.). Avec de la mousse rose autour de la bouche. Parce que je n’avais même pas eu besoin de tuyau pour vomir.
Et j’entendais vous savez. Dans le coma. Les affairés, les blouses empressées. Je riais dans ma tête aux yeux clos. Je leur répondais silencieusement vautrée dans une léthargie que j’aimais ; « mais je sais tout ça, je sais ! Pourquoi croyez vous que j’ai choisi cette pâte là ? Vous n’y arriverez pas, c’est trop tard» Ce ne fut pas trop tard. Je me souviens de mon transfert dans l’ambulance, dans un autre hôpital. Et de moi, qui leur disais « mais vous êtes du mauvais côté de la route, et arrêtez cette sirène, les gens dorment »
Bon tout ça était du passé, dans un dossier. Qui détenait la clé de cette prison où je regardais mes mains trembler. Et où j’ai appris à ne pas pleurer. Durant 15 ans (la durée, non de mon enfermement, juste de mon oubli des larmes).
Après j’ai guéri aussi de ça.
Ismaël a été celui qui a ouvert les portes de cette drôle d’endroit où j’aurais pu rester longtemps, si longtemps que j’en aurais oublié jusqu’à mon prénom.
Ismaël est tombé amoureux de moi. De "moi-femme" ou de "moi-malade", je ne sais pas, en réalité.
Il a contesté les doses prescrites, l’enferment, l’absence de soins. Il a remué, a couru le risque d’avoir un très mauvais rapport de stage. A menacé de faire rédiger un article sur moi par une amie à lui, journaliste à la Dépêche du Midi. C’est le journal du coin… je suis passée à côté de la célébrité !
Il lui ont fait signer une décharge. J’étais prise en charge. Par un homme.
Je me demande si je ne suis pas toujours à la recherche de celui qui me sauvera de cet enfermement plus important que la camisole la plus solide. L’attente de l’autre. Qui me délivrera de moi.
J’ai vécu deux ans avec Ismaël.
Les débuts furent terrifiants. J’étais en manque, voyez-vous, comme la pire des droguées. Il me donnait des comprimés, me tenait par la vie. Parfois, quand c’était trop dur, j’avais le droit à une petite piqûre. Je l’aimais, cet homme là, qui me soignait. Qui me parlait, qui m’aimait, malgré ce que j’étais. Qui me tenait par la main pour traverser les rues. Parce que j’oubliais de regarder. Qui m’écoutait répéter à voix basse, en tantra qui m’empêchait de sombrer ; « La Garonne coule dans Toulouse ». Quand je perdais pied.
Ces mots là devenaient alors la seule chose vraie.
Plus tangible qu'une réalité que mon esprit aurait pu déformer.
Ces mots étaient une vérité. A laquelle je me raccrochais.


Maintenant je n’ai plus besoin de tantra.
Je sais les vérités et les réalités.
Je n’ai plus jamais avalé un comprimé qui ait une action neurologique.
Et je ne supporte pas l’aspirine. (mais non, Estomac, je ne t’en veux pas, tu sais).
Mais je continue à crier ce « non » , que je n'entends pas, au moment où je sombre dans le sommeil.
Ce « non » que j’ai hurlé quand ils m’ont réveillée.
Pardon à vous, les hommes de mes nuits, de ce « non » qui vous glace si souvent.
Parfois, quand je suis si bien au creux de vos bras et rassurée de votre amour pour moi, je ne crie plus.
Et vous en êtes heureux.


En souvenir d'un enfermement.

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15 juillet 2006

Pistou pour l'Insa

Mon fils,
je sais, je sais, quand on a deux fils et deux filles, il est parfois difficile de savoir duquel on parle...
Mon ado-fils,
tu as 17 ans. Depuis trois ans, tu mènes tes études au lycée de façon à atteindre ton but.
Depuis un an et demi, tu tisses avec ta demoiselle de coeur une histoire belle et forte.
Des écoles que tu avais choisies pour tes études à venir, tu viens d'avoir les résultats. Tu es admis à ton premier voeu, l'INSA (Institut National des Sciences Appliquées) à Toulouse. Ce qui va te permettre de rester encore parmi nous (ce que tu souhaitais), et pas loin d'elle (ce que tu désirais). Tu peux être fier de toi, et d'elle aussi. Parce que tu as su faire des choix, et qu'elle a su ne jamais te demander d'y renoncer, puis te donner les moyens de les réaliser.
Tu sais aussi que j'aurais eu beaucoup de mal à gérer deux enfants en études supérieures si tu avais du partir loin d'ici, et je sais que tu as tenu compte de ma situation. (Mais j'y serais arrivée, tu le savais aussi ! )
Ta grand-mère n'a pu résister à me parler de ton grand-père, dont tu as hérité du caractère et de la volonté. Ton fameux Papy-Robert ! C'est vrai, je sais qu'il aurait été fier de toi, surtout avec ta spécialité en physique ; le seul petit-fils à avoir eu ce même penchant que lui. Quelle tête de mule celui là ! Quand il avait 16 ans, son père a voulu le faire rentrer comme cheminot... son sang n'a du faire qu'un tour, tel que je le connais ! Il a donc décidé de se prendre en main. Et a réussi, bien évidemment. De la seconde, il est passé en terminale, zappant une année, et a réussi les deux bacs tentés. Non, il n'était pas surdoué, juste diablement intelligent et doté d'une volonté de fer. Voilà, c'est aussi ton histoire, cela.
Même si ton caractère bien trempé me flanque parfois de la flotte dans les yeux, je me dis que c'est ta façon de m'aimer que de vouloir me remuer un peu trop fort !
Bonnes vacances, fils, en compagnie d'elle. Profitez-en bien... l'an prochain une année bien remplie t'attend !
Et dans ma cuisine le fait-tout bouillonnera de ton plat préféré... des pâtes... encore des pâtes... toujours des pâtes...
Tient, il faut que j'aille faire du pistou, le basilic est magnifique ! Je vais en congeler, et aurais une pensée pour cette note là, quand tu en mettras une grosse cuillérée dans ton assiette, tout en râlant contre tel ou tel prof....

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03 juillet 2006

Dernière minute.

Ado-gars a eu son bac. Avec mention bien, ce qui lui sera fort utile pour l'école qu'il brigue.
Amie-de-coeur-d'ado a eu son bac. Avec mention. Qui lui sera fort inutile en fac de droit.
Bon, on a bu le champagne. Enfin, eux. Moi, ça a été une Guiness.
Les bonnes nouvelles, il faut aussi les dire.
La moins bonne ça a été la fin de repas, dans la petite cour du petit restaurant. Parce qu'ado-fille a dit que j'étais une maman psychopathe-merci Mandraxx, je pose le bonnet d'âne sur ma tête- (avis au bloggueur qui va croiser ma route samedi ! ). Et je me suis tu.
Ado-gars a voulu remporter le titre de l'enfant le plus puni de la fratrie. Et je n'ai rien dit.
Amie de coeur d'ado a juste susurré que j'avais des colères terribles. Et que j'étais drôlement speed. Et j'ai aspiré la fumée de ma cigarette.
Vous savez quoi ?
Vivement les vacances.
Les leurs.....

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25 juin 2006

Terreur à Toulouse

Il y a un eu un hurlement. Même pas étouffé. Qui venait de sa chambre. Le problème, c'est que je reconnais leurs cris, à mes enfants. J'ai donc souri et dit aux ados qui étaient avec moi, tranquillement,
"Tiens, il y a une araignée dans sa chambre".
La porte s'ouvrit violemment, se referma avec la même douceur.
Oui, elle avait bien vu un animal...
"M''man, là, tu t'affoles pas, on gère, tu vas vite dans le jardin et tu fermes la porte; y' a un mulot dans ma chambre".
Bon, passée la seconde de terreur pure, celle qui paralyse, j'étais déjà dans le jardin, sur une chaise, pieds remontés. Tirant comme une malade sur ma cigarette en fixant le sol avec des yeux hagards.
Les ados sont venus.
"On s'en occupe, m'man, n'ai pas peur."
Peur ? mais je n'ai pas peur, je suis juste terrorisée. Bon, j'ai apprécié qu'elle ait dit "mulot" et pas "souris", ou encore moins "bestiole". Elle a tenté un mot qui parlerait de ma phobie, mais sans le dire. Raté, mon coeur, c'est pareil.
Je sais, et je ne veux PAS UN commentaire à ce sujet ; "les petites bêtes mangent pas les grosses", "c'est tout mignon" et autre crétinerie de ce genre. Vous avez déjà fait, quand j'en avais parlé, des bestioles, et . Alors ça va, hein, les "même pas peur de ça", pas la peine d'en rajouter une couche ! 
Cinq minutes d'angoisse passent. C'est long, pire que chez la dentiste. Et pourtant, je m'y connais en angoisses au parfum de clou de girofle sur fond de fauteuil de torture.
Je me voyais déjà, à l'aéroport, tout à l'heure dire à l'ami qui vient me voir "ben, là, tu vois, chez moi..." et l'empêcher de dormir toute la nuit, après l'avoir armé d'un saladier qui servirait en emprisonner la bestiole si elle venait à passer.
Les deux ados s'occupaient de tout, elle vint donc me raconter. Que ma terreur soit complète.
C'était un bruit qui venait de sa mezzanine. Plus précisément de la théière (oui, je sais, il y a ce genre d'objet sur mes mezzanines, je ne sais pas pourquoi, d'ailleurs). Et elle a donc ouvert l'objet.... Pour le coup je l'ai coupée et engueulée.
"Il y avait un bruit dedans et tu as soulevé le couvercle ???? Mais enfin, il fallait recouvrir d'un drap et ficeler le tout ! Et appeler ton frère."
Trop tard, elle avait vu la bestiole...poussé un hurlement... et laissé le couvercle à côté. Re-engueulade, vous imaginez bien.... Laisser une porte de sortie à une horrible bestiole qui allait en profiter pour aller n'importe où dans la maison...
Les ados sont enfin arrivés, le sourire aux lèvres.
"C'est un bébé oiseau, on va le mettre dans un torchon et le relâcher".
Il a fallu qu'ils me jurent que c'était vraiment ça. Un simple oiseau. Le bonheur. Pur bonheur ! J'en ai déplié mes jambes qui blanchissaient...
Et ils ont réussi à l'attraper le moineau terrorisé.  Il paraît qu'il se cognait partout mais ne voyait pas la fenêtre grande ouverte. Un tout petit moineau gris, dans le nid d'une mouette... Il s'est envolé dès qu'ils ont déplié le tissu !
Bon, je me demande quand même comment il a fait pour passer par le bec de la théière ! Mais ça...
Dis, ami, tu es content ? Tu vas pouvoir dormir cette nuit !
Et moi aussi...

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18 juin 2006

Sherpa (ben quoi...)

Cher P'pa,
dis donc, tu sais que cela fait deux ans ? que je n'ai plus à m'inquiéter d'oublier de t'envoyer une carte et de te téléphoner ? C'est vrai ça, je n'y avais pas pensé avant, tu es mort aux environs de la fête des pères.
Pas d'hypocrisie, tu sais bien en réalité que ta mort m'a libérée d'un poids. Je ne la souhaitais pas, mais que tu ais fermé tes yeux sur ma vie, et bien, elle m'en a parue moins violente. Il m'est plus facile de faire un peu différemment des autres sans ton jugement incisif. Concis, en trois mots, et un regard perçant. Et puis tu m'as offert un beau cadeau, juste avant de mourir, celui de me prendre la main et de me dire que tu étais fier ! Tu sais, j'en souris encore, de ces mots là, au dernier moment. Tête de mule, va !
Bon, là, je ne sais pas où tu es. J'espère bien qu'ils ont tenu compte de tes volontés, et que tu n'as pas eu une surprise de mauvais goût, du style débarquer dans une éternité. En fumée en plus ! Brrr, j'en ai la chair de poule pour toi.  Oui, on se ressemble, P'pa, tu ne trouves pas ? On ne s'est pas battus pour les mêmes causes, mais on s'est battus, c'est sûr ! Tu as construit du solide, j'ai bâti du mouvant. Mais qui peut dire que, de nos deux vies, l'une est meilleure que l'autre ? Ah, je reconnais là ton esprit cartésien ; il est des choses qui n'ont pas de mesure, n'est ce pas ?
Bon, je te donne des nouvelles de M'man. Elle a pris le relais pour la maison au parfum marin. Elle a trouvé un jardinier qui taille "comme toi". Ratiboisé le chêne liège. J'en suis restée bouche bée, quand j'y suis allée. Des moignons... Je sais bien que ça va repousser, mais quand même... Comme toi ; radical !
Elle se débrouille, avec son arthrose et ses certitudes qui la rassurent. Tiens, pour que tu te sentes moins coupable d'être parti avant elle, je te raconte, quand elle est tombée. Et qu'elle a attendu trois semaines. Et qu'il a fallu insister lourdement, pour le toubib, parce que sa main était sacrément bleue... et bien elle a fait 5 km en vélo pour passer la radio. "Ne me trouvez pas une fracture", a-t-elle dit au radiologue. Qui a répondu gentiment "Non, il y en a trois"... Hi hi hi... Des petites, elle nous a rajouté. Bon, après le plâtre, elle a refusé la kiné. Ben quoi, tu sais bien que chez nous c'est toujours "même pas mal" ! Bref, elle a d'autres doigts tordus maintenant. Mais elle se débrouille bien. Je sais que tu lui manques. Les geais et les rouge-gorge n'ont pas remplacé l'oiseau virevoletant que tu étais.
Bon, je te laisse, P'pa, dans nos souvenirs. Ils ne sont pas éternels, juste humains, c'est déjà ça de gagné !

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12 juin 2006

Philo

Allez, hop, fini de stresser dans l'attente, les sujets ont été distribués il y a deux heures. Courage, les bacheliers !
Nous sommes partis en moto, histoire d'aérer les neurones surchauffés, et d'éviter les bouchons. Après la troisième vérification de trousse, la fétiche, celle qui est sale et déchirée. Bon, pour la philo, on ne peut pas dire qu'il s'en fasse... Ce seront les maths et la physique qui pèseront dans la balance des coefficients. Moi, je ne me souviens plus que de ceux des marées ...mais je ne le lui ai pas dit. Hier soir, histoire de le laisser se défouler (vivement que le brevet et le bac soient finis que je puisse piquer des colères sans culpabiliser...), donc le voilà polémiquant sur les sujets "biens", le "moyen".. et les "nuls".
Florilège ;
BIEN                                            MOYEN                                 NUL
Le Désir                                      L'épistémologie                      La Religion
L'Etat                                                                                      L'Art
La conscience                                                                         La Vérité
(au pire du bien...)                                                                    L'Inconscient       

Alors j'ai une petite pensée pour lui, quand même, tenez, je lui souhaite très fort de ne pas tomber sur le sujet ;
"L'Art religieux est-il vérité pour l'inconscient ? "   
Et j'attends ce soir et les trois notes qu'il aura griffonnées, en bon négationniste des brouillons...et le discours que j'espère pas trop empreint de râleries sur les profs qui choisissent les sujets... 
Encore un à qui je ne pourrai plus dire "passe ton bac d'abord" !                                             

De dernière minute, le sujet choisi ;
"L'expérience peut elle démontrer quelque chose ?"
                                                                                                       

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09 juin 2006

Deux de plus, deux !

Avant-hier, aîné  fêtait ses 26 ans.
Aujourd'hui, benjamine fête ses 15 ans.
Que dit on déjà ? Une grossesse, une dent ? Baliverne ! Mes quatre grossesses ne m'ont coûté aucune dent... C'est juste cette sale maladie, qui a décidé de le faire !

Hier, la douleur avait envahi.
Aujourd'hui, elle s'est assourdie.
Demain, elle sera canalisée, tout à fait. Elle me l'a garanti.

Aujourd'hui, ce seront mes deux derniers repas en terrain connu.
Je veux manger, déguster, savourer, grignoter.
Je veux, en souvenir de tout ce que, peu à peu, j'ai appris à ne plus manger goûlument. Puis à ne plus manger du tout.
Après, il va bien falloir se résoudre.
A arracher. Demain.
Quel vilain mot ! Arracher, comme une mauvaise herbe ! Encore deux... Cela commence à faire ! Merci Madame ma dentiste, merci Monsieur mon prothésiste. Je vous donne ma bouche et mon sourire, depuis tant d'année, à rafistoler !
Samedi, je serai là, les pupilles éclatées des drogues diverses qui me permettront de supporter. Quelle saleté que la douleur ! Elle vrille, lance, creuse, enflamme comme lave. Mais... elle recule grâce aux merveilleuses molécules chimiques.

Et je ne veux plus entendre parler de la petite souris ! Ah, non !
Ou alors... des chocolats pralinés ? Mais fondants, hein !

Mais c'est quand même adorable que la petite souris m'ait amené deux Gerbéras roses ! Adorable !
2_souris_roses

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08 juin 2006

Tu as réussi

À quatre ans, elle savait lire. Mais le psychologue scolaire et l'instituteur avaient refusé de prendre l'horrible responsabilité de la faire passer au CP. Juste un an plus tôt que la norme. Mon appel fut rejeté. Elle resta donc en maternelle. Et commença les maux de ventres matinaux. Au bout de deux mois je fus convoquée.
"Il faudrait que vous soyez plus présente, que vous lui fassiez faire des activités annexes..." Donc, bien que ne travaillant pas le mercredi et étant à 17 heures à la sortie de l'école, ce n'était plus suffisant. Bien. Le grand était en CM2, le plus petit chez les tout petits de la maternelle, et ma grossesse avançait. Je travaillais donc à 60 % du temps. Puisqu'elle ne supportait plus l'école. Bien, bien.
Le 20 mai, je fus convoqué en urgence à l'école. Il y avait eu une réunion avec les instituteurs du primaire, adjacent, et, par malheur, celle qui faisait un CP était rentrée dans la classe de ma fille. Qui était assise au bureau de la maîtresse et lisait à voix haute une histoire. Elle eut, paraît-il, un moment de stupeur, et demanda ce que faisait cette gamine en maternelle. Elle lisait mieux que ses propres élèves. Je crois même qu'elle fit un scandale, surtout après avoir compris qu'elle écrivait aussi. Bref, je fus convoquée illico presto et on m'annonça que ma fille rentrait au CP, là, le lendemain, 21 mai. À 4 semaines de la fin des cours. J'étais alors enceinte de 8 mois bien tassés ! J'ai été en colère. Vraiment. Mais je l'ai gardé pour moi, elle était si contente, la ptite ! Et nous sommes allés acheter un cartable, qu'elle ait le droit de faire une vraie rentrée, non mais. Elle rayonnait, la ptite. Moi, je pestais.  Les tests lui donnèrent le niveau CE1. Bien, bien. Et il fut décidé qu'elle sauterai donc le CP.  Je venais d'accoucher. Je fus de nouveau convoquée, et l'on me demanda gentiment de bien vouloir donner à la ptite les acquis du CP, pendant les vacances. Vous savez, à l'époque, il s'agissait de phonèmes, d'écriture cursive des majuscules, des notions mathématiques de base. Mais bien sûr, avec 4 enfants dont un nouveau-né, pas de problème, je m'en occuperai. Bande de crétins inaptes et irresponsables. Mais ça, je l'ai juste pensé, pas dit. Oh, ne croyez pas qu'elle était surdouée, elle était juste très vive, et aimait apprendre.
Elle fit une scolarité brillante ; je crois qu'elle a toujours voulu leur prouver qu'elle pouvait être la meilleure, et ça, je n'ai pas pu l'en empêcher. Abonnée aux félicitations, aux devoirs faits pour les copains. Le bac à 17 ans. Deug philo à 19. Elle avait toujours rêvé d'être instit... allez comprendre pourquoi.... Licence de sciences de l'éducation à 20. Et là, la découverte de sa voie, (parce qu'en fin de compte, être instit, c'est une trop grande responsabilité envers les enfants, elle ne s'en sentait pas capable) alors qu'elle passait une seconde licence, de philo. M'man, je veux être assistante sociale. C'était en novembre dernier. Elle a trouvé les cours de préparation par correspondance ; a fait les devoirs d'un an en deux mois. Les écrits ont eu lieu en janvier. 14 aux deux concours. Les oraux en avril. Et des moignons à la place des ongles...
Elle vient d'avoir les résultats, la ptite. Elle est admise dans les deux établissements où elle postulait. Les deux... il n'y a plus qu'à choisir. Mon cœur a battu sacrément fort, vous savez. Parce qu'il faut dire qu'elle bosse en même temps, et qu'elle fait du bénévolat dans une association (où elle a appris à jouer au rami, ça me fait rire). Et je n'ai plus qu'à la convaincre d'accepter de suivre les 3 années d'études qui l'attendent sans travailler le soir en plus. Elle m'a dit ; "Je te fais la promesse de devenir la meilleure assistante sociale qui soit". Mais moi, je ne lui ai jamais demandé d'être la meilleure, juste d'être heureuse en trouvant sa voie. Juste cela.
Elle rayonne, aujourd'hui. Elle a réussi à atteindre son but, après l'avoir cherché un bon moment.
Ma fille, tu viens d'avoir 21 ans, et je suis fière de toi.
Peux-tu comprendre que personne d'autre que toi ne te demande d'être la meilleure ?

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03 juin 2006

Lui

Pendant des années j'ai détourné la tête. Ses sculptures me donnaient la nausée...

J'étais assise à la terrasse d'un café que nous, les collégiens de la petite ville du bord de mer, fréquentions. Je buvais une limonade, feuilletant au soleil le livre offert pour mes 13 ans par mes parents. Je l'adorais, Giacometti ! Comme d'autres étaient fan des Doors certainement.  Giacometti et Modigliani. Allez savoir pourquoi !
Le monsieur aux cheveux blancs, à l'allure si respectable, était assis à une table proche. Et il me parla de Lui, qui sculptait ces corps étrangement maigres et pleins de force. Il connaissait bien son oeuvre, me donnait le nom des oeuvres au fur et à mesure que je tournais les pages au papier glacé.
C'était tout près, il avait des livres qui me passionneraient, et même des reproductions.
Et je me suis levée. Et je l'ai suivi.
Oui, je sais maintenant. Je le savais aussi, à l'époque, mais.. Mais voilà, je me suis levée, et je l'ai suivi. Pleine de joie.
Je ne me souviens que de ses mots sur Lui. "Il aimait les enfants encore pré-pubères, au corps filiforme." C'est tout ce dont je me souviens.
Et de ma lutte pour échapper à cet homme. Et de son corps qui se frottait à moi violemment. Comme un chien. Mais j'étais forte. Encore plus forte qu'il ne l'était. Et il n'avait pas fermé la porte à clé. Dans la cage d'escalier, ses mains me retenaient encore violemment, mais j'ai réussi. A dégringoler la volée de marches. Serrant mon vêtement aux boutons arrachés. Frottant mes mains sur mon corps contre lequel il avait frotté le sien, pour en détacher la moindre particule. Je n'avais pas été violée, juste souillée par un animal. Qui avait du éjaculer dans son pantalon, nourri de ma peur, de mon dégoût de ce corps plaqué au mien.
J'ai oublié le livre de Giacometti chez lui, je suppose. Je ne sais même plus. Je voulais juste vomir. Et me terrer.
J'ai passé de longues heures dans une grotte, au bord de l'eau. Jusqu'au moment où la marée m'aurait emprisonnée.
Je suis repartie. Avec mon silence.
Et, pendant des années, n'ai plus pu regarder une sculpture de Giacometti sans en avoir la nausée.
...
Il se nomme "feu" en breton. Et je lui ai raconté. Ce que j'avais tu depuis toutes ces années. A lui qui connaît si bien son oeuvre. A lui qui alla même voir la tombe de son frère, Diego Giacometti.
Non, je te le dis, te l'affirme, non. Il aimait les femmes, pas les enfants. C'était un mensonge.
J'en ai eu la nausée, de nouveau. D'avoir accepté tant d'années de porter en moi la haine de Giacometti.
Merci de m'avoir, par tes mots, permis de ne plus avoir ce mal en moi.

giacometti_place_1948_basel

Posté par Mouette rieuse à 08:00 - île aux mouettes (51) - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

26 mai 2006

On est combien ce soir ?

Faites des enfants, qu'ils disaient ! Plein, en plus ! parce que la vie c'est beau quand ça grouille !
Et voilà, qu'arrivant à l'aube du demi-siècle, alors même que vous sentez que vos épaules peu à peu se dégagent du poids des cartables en s'allégeant du poids des ans, bref, alors même que peu à peu les enfants quittent le nid... ils reviennent ! En douce compagnie. La chambre vacante, que vous aviez un instant rêvée d'être un joli bureau -rien que pour vous- a fini par accueillir un lit deux places. Pour les week-ends prolongés, loin de la pollution de la Capitale. Pour la fête des mamans qui approche et qu'ils veulent vous claquer deux bises sur la joue, et planter les fleurs dans le vase. Et grignoter les croquants aux amandes. Et cueillir les cerises qui sont à point.
Et comme il y en a plein, des enfants, il y a aussi plein d'anniversaires ! Tenez, deux pour les journées entre le 6 et le 9 juin. Et que le gâteau d'anniversaire de maman, il est quand même de tradition, non mais ! Et que c'est bien qu'il y ait la fête des mères pas loin !
Alors je les ai tous amenés au restaurant. Voui, il y a du relâchement, je ne vous le fais pas dire.... Un chic-sympa. Avec des orchidées dans des vases. Des fauteuils de velours chocolat. Et des assiettes si jolies et délicieuses.
Il y a encore un petit déséquilibre, parce que si la famille compte autant d'enfants des deux sexes, seuls les garçons ont douce amie de coeur. Et comme la môman est seulette -qui rime avec mouette-, on rajoute encore un élément féminin. Donc, si je récapitule, cela faisait deux garçons... et cinq filles ! Bon, mes mouettines, quand amenez-vous à la maison un du sexe opposé ? On poussera les murs pour les week-end qui se terminent en brunch géant le samedi !

vietnamien

Posté par Mouette rieuse à 22:22 - île aux mouettes (51) - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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