Avant la fin de l'été... avant.
T'en fais pas, va, ça va passer. Mes reniflements et mes yeux décomposés. Je vais la décaper, la mélancolie de mon regard, comme tu frottais le trait de crayon noir qui cernait mes paupières.
Ne t'inquiète pas, c'est du blues, tu sais bien que ça rend l'âme triste de l'écouter dans la nuit. L'été. Je vais éteindre ça, vite fait. 
Non, je ne te dérangerai pas, va. Ne te téléphonerai pas. Ne t'écrirai pas. Mes paroles sans voix, juste ici, pour les autres, pas pour toi. Comme ça, tu ne sauras pas le ver qui ronge mon aubier des mots.
Mais je t'écrivais, avant.
Les feuillets noircis ont été passés sous l'orage. L'encre a fait des rigoles. Tu vois, je rigole. Tu es rassuré ? C'est bien. Je vais bien. Bien sûr. Pourquoi voudrais-tu que je sois mal ? Parce que je me tais ? Mais non, regarde, j'ai les mots qui crient ! Hi hi ! Comment ? tu me trouves amère et acide ? Le soleil me mûrira, va, je le sais bien. Tous les fruits mûrissent, même les poires dont j'aime tant la verdeur. C'est l'été de ma vie. Et je hais les hivers.
Je t'écrirai en automne.
Quand je serai bien vieille le soir à la chandelle... je relirai encore ceux qui m'ont portée dans leur poésie écartelée de leurs vies.  Et j'écrirai. Des mots tremblants et doux comme mes cheveux blancs. Je tracerai des sillons tendres comme des rides, peindrai à l'aquarelle pour tout estomper. Quand je serai vieille et que je serai fatiguée. De me cacher d'avoir mal.
Avant. Quand je ne savais pas les hivers.