Motus et bouche cousue

Mots jetés à tout vent, mots libres, tout simplement.

20 juillet 2006

Cachette de saison

Avant la fin de l'été... avant.
T'en fais pas, va, ça va passer. Mes reniflements et mes yeux décomposés. Je vais la décaper, la mélancolie de mon regard, comme tu frottais le trait de crayon noir qui cernait mes paupières.
Ne t'inquiète pas, c'est du blues, tu sais bien que ça rend l'âme triste de l'écouter dans la nuit. L'été. Je vais éteindre ça, vite fait. 
Non, je ne te dérangerai pas, va. Ne te téléphonerai pas. Ne t'écrirai pas. Mes paroles sans voix, juste ici, pour les autres, pas pour toi. Comme ça, tu ne sauras pas le ver qui ronge mon aubier des mots.
Mais je t'écrivais, avant.
Les feuillets noircis ont été passés sous l'orage. L'encre a fait des rigoles. Tu vois, je rigole. Tu es rassuré ? C'est bien. Je vais bien. Bien sûr. Pourquoi voudrais-tu que je sois mal ? Parce que je me tais ? Mais non, regarde, j'ai les mots qui crient ! Hi hi ! Comment ? tu me trouves amère et acide ? Le soleil me mûrira, va, je le sais bien. Tous les fruits mûrissent, même les poires dont j'aime tant la verdeur. C'est l'été de ma vie. Et je hais les hivers.
Je t'écrirai en automne.
Quand je serai bien vieille le soir à la chandelle... je relirai encore ceux qui m'ont portée dans leur poésie écartelée de leurs vies.  Et j'écrirai. Des mots tremblants et doux comme mes cheveux blancs. Je tracerai des sillons tendres comme des rides, peindrai à l'aquarelle pour tout estomper. Quand je serai vieille et que je serai fatiguée. De me cacher d'avoir mal.
Avant. Quand je ne savais pas les hivers.

Posté par Mouette rieuse à 08:00 - île des cris (29) - Commentaires [10] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

J'aime ce texte. Peut-être que les rigoles de l'encre m'ont touchée, peut-être que le blues m'a habitée. Peut-être que ces sillons m'ont rappelé trop fort le parchemin des belles peaux usées, comme du papier froissé, du papier qui a survécu aux saisons, qui a gardé la marque du passage de chaque rayon de soleil comme de chaque orage. Tout s'est écrit sur ce parchemin. En contemplant la peau des vieilles pommes qui m'envoûtent, je lis l'histoire d'une vie, avec ses douleurs amères, parfois mal cicatrisées, et les bonheurs légers qui se lisent encore au coin des lèvres fripées. En contemplant mon papier, mes doigts sont mus par l'instinct de la caresse, ils courent, ils aspirent à écrire leurs maux, leurs trémolos, leurs soubresauts. Et ils effleurent plus tendrement encore les vieux feuillets, où l'écriture a tremblé, où les rêves sont nés, où le désespoir s'est tracé. Je surprends tant de vie sur ces parchemins, j'en suis toute remuée; toute cette pudique nudité sous la plume tressautante...
Continue à écrire, Mouette. J'aime ce que tu écris.

Posté par La Féline, 20 juillet 2006 à 13:14

Féline, ce parchemin là, dont la transparence vient du temps qui en a décollé quelques minces feuillets. Ceux qui ont assez vécu pour pouvoir se dissoudre.
Mais encore, tes derniers mots..."continue à écrire, Mouette"... comme si tu avais entendu mes doutes. Pourquoi ce besoin d'écrire, si violent ? Pourquoi ici ? Pourquoi continuer à jeter à tout vent, au lieu de jeter, tout simplement ?
J'ai toujours beaucoup de tendresse pour ceux qui lisent derrière les mots.

Posté par Mouette, 20 juillet 2006 à 13:48

Tu sais, Mouette, j'ai l'impression que si l'on ne voit bien qu'avec le coeur, on ne ressent bien qu'avec les mots. Les mots jetés sont tués. Et une partie de toi aussi. Les mots jetés au vent sont porteurs d'espoir, et j'aime ça. Ce sont les mots les plus beaux. Les plus vrais. Ceux que l'on jette, ils font trop mal. Mais les mots que l'on offre, c'est une partie de soi que l'on donne aux autres.
Tu écris avant tout pour toi, mais tu apportes énormément à ceux qui te lisent. A ceux qui, crois-le ou non, t'admirent. Veulent faire comme toi. Et te remercient d'écrire.

Posté par La Féline, 20 juillet 2006 à 14:00

Les hivers sont nécessaires pour que la vie rénaisse...

Posté par Nadaiya, 20 juillet 2006 à 14:03

Merci. Et voilà encore deux graines qui vont germer. C'est encore le printemps des mots si je comprends bien...

Posté par Mouette, 20 juillet 2006 à 14:16

Et, pour continuer dans la parabole, où serait le plaisir de l'été s'il n'y avait l'hiver en perspective ? Il n'y a aucun espoir dans la permanence, aucune fuite possible.

Posté par berlioz, 20 juillet 2006 à 15:44

je vais dans le meme sens que Berlioz, nos hivers sont tellement longs que les petits bonheurs d'étés nous rendent plus indulgents
face au petits malheurs.
tembrasses mouette

Posté par sophie, 20 juillet 2006 à 19:12

Tant pis pour vous, il ne fallait... j'attends la livraison d'un iceberg et de quelques tonnes de neige alors.

Posté par Mouette, 20 juillet 2006 à 20:10

jtenvoies à la place sur ton mail: le vent tourne.....alors la livraison du Iceberg risque de me revenir en pleine face, et je pourrais me blesser!

Posté par sophie, 20 juillet 2006 à 21:35

Les MOTS de SAISON...

4/4 ... 2/4 si tu veux... allonge la lumière à coup de projecteur si tu veux... cela permet aux autres de voir tes beaux talents d'éclairagiste... Tu veux changer de métier ? Tu préfères la lumière naturelle ? Elle est décevante, non ? Pas besoin de demander à Mr Feu de te dessiner un iceberg... Il est capable de tout, tellement il regarde bien les choses et les gens autour... L'iceberg c'est un mirage de pays froid qui fait sombrer les navires distraits. Le mieux peut-être serait de rester indéfiniment dans l'inter-saison, mais il faut choisir laquelle... Moi je préfère encore que les saisons passent et reviennent, en évitant de les compter anxieusement... Je m'aimerais m'entendre dire au bout de l'hiver : "Tiens, il fait un temps de saison... je suis enfin entrée dans les coulisses complices du temps et je peux régler moi-même les projecteurs, désormais le tamisé me va à tout point de vue , je crois...". Maintenant c'est encore une version d'été et la lumière extérieure en fait beaucoup trop. Envie de corps nus sous ventilo et de gestes d'air à savourer. C'est la saison la plus prisée je crois... Il faut la (p)réserver ... Si Mr Feu peut nous envoyer les croquis, on se fera du bon air avec...

Posté par Mth Peyrin, 21 juillet 2006 à 23:56

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