Il n'est pas resté seul.
Elle n'est pas partie loin de lui.
Viens, écoute.
Écoute bien, au creux de ta poitrine. Il y a ton coeur dilaté de sa vie qui palpite, mêlée à la tienne. Et la note de musique qui tangue et chavire, de vos absences composées.
Laisse ta peau se souvenir. Plonge en toi, dans cette empreinte aux contours des encres tatouées de sa langue. Le bambou dans la nuit, l'entends-tu qui bruisse ? Pose le souvenir de ta main au creux de son ventre qui ondulait.
Écoute encore.
L'odeur salée de vos mains nues se mêlant de vos silences. Et ses doigts qui dessinaient tes yeux. Et ta bouche qui s'emparait de la sienne, qui volait son souffle pour mieux lui rendre cette vie qui s'enfuyait. T'en souviens-tu ? De sa langue qui creusait dans ton palais une fontaine tiède ? Et de la source qui jaillissait en cascades frissonnantes ?
Ils ne sont pas partis.
Elle n'est pas là.
Il n'est pas là.
C'est tout.
Absence du temps présent, horloge silencieuse. Elle est là-bas, dans le jardin de ta mémoire, aux odeurs sculptées, aux mains ondoyantes. Là-bas, devant toi, olivier de Bohême aux feuilles argentées bruissantes d'un vent qui est le tien.
Va, elle te respire.
Et entend les silences. Et les craquelures de ton sourire loin d'elle. Et les fêlures de tes regards.
Va, penche toi.
Non, tais-toi, sèche du bout de ton souffle la goutte salée qui trace un sillon. Sur votre silence.