30 juin 2006
Guidage régional
Je me sens admirable. Si, vous avez bien lu (Ego, va te coucher). Et que personne ne glisse sa tête sous mon bureau pour voir l'état de mes chevilles (mais non, Chevilles, je ne parle pas de vous pour de vrai). Je sais, elles sont éléphantesques. Normal pour un oiseau voyageur. Enfin, qui fait voyager. Dans sa ville -Ô Toulouse, et pour l'accent, normalement, on rajoute, "con". Ô Toulouse, con !- et dans sa région -y'a MIDI dedans, soyez jaloux, j'aime-. Bref je fais voyager mon bretonnant ami. Et, si je suis admirable (vraiment, je ne m'en lasse pas !) c'est que le soleil diurne a rendez-vous avec les averses nocturnes. Permettant de découvrir les odeurs exquises et la douceur tempérées de soirées. D'où l'admirable. D'avoir su faire comprendre au Zeus toulousain que pour épater mon bretonnant encore transi de la bruine de ses contrées, il fallait cette douceur angevine. Il voyage donc.
Et aussi dans
ma cuisine, après que des pervers polymorphes lecteurs aient osé
rappelé que j'étais LA spécialiste mondialement reconnue des cannelés.
Dont LA preuve. 
Alors,
après avoir croqué les cannelés, ça lui a donné de l'appétit, et il a
tenté de croquer des oiseaux. Mais non... pas moi... pffff, vous avez
un esprit très très mal placé ! Des hirondelles, c'est plus joli. Et ça
bouge autant que moi, comme ça il n'a pas été dépaysé ! Sur la place de
la très très belle (à Toulouse, con! tout est très très beau, et au soleil)
église Saint-Etienne. Juste avant que des gamins ne se déchaînent avant
un ballon de foot. On a regretté qu'il n'y ait pas de match à la télé
ce soir là, mais on va pas faire d'histoire, il y a eu des moments
sympa où on étaient presque tout seuls dans les rues. Alors je l'ai
croqué croquant des hirondelles.
Houps, je me suis trompée ! C'est celle là...
Après, j'ai voulu le traîner
lui faire découvrir Mirepoix, parce que j'adore ses arcades aux piliers
sculptés. Tenez, avec le temps, les têtes se transforment en monstres,
toutes seules.
Moi, ce qui me fait peur, c'est que je vieillis aussi. Et que j'ai un petit frisson en voyant les hommages de dame temps...
Post-scriptum
: j'écris cette note à 21 heures. Mon bretonnant M. Feu est parti
croquer des façades... il a oublié l'heure... et j'ai fait de mes
admirables petites mains des ravioles au foie gras, sauce piment
d'Espelette. Quand je pense qu'il a osé dire que je le nourrissais de
salades... il aura raison... parce que les ravioles... on va les finir
avant qu'il ne revienne.... hi hi hi !
29 juin 2006
Art-battoir aux Abattoirs
A vos marques ? Prêts, partez. Direction fascisme en marche. Allez, pas de chichis, je vous fais grâce des 6€ 90 du billet d'entrée. Il paraît qu'il se nomme "musée". D'art moderne. De Toulouse. Mais sous le web il vous taper "Abattoir" si vous voulez le trouver, le si bien nommé. Âmes sensibles, prêtes à vomir, allez, emboîtez donc mon pas.
D'abord,
l'apéritif. Pour vous émerveiller de sublimes photos, dignes d'un
sublime APN, d'artiste bien sûr, ne soyons guère chiche. N'oubliez pas de lire le texte, c'est la première gorgée de bière.
Prévoyez votre boîte d'agrafes ou de punaises si vous souhaitez les
voir sans reflet. Le musée doit certainement être en banqueroute. Il en
manque 1 sur 2. Mais il faut soutenir l'art et les artistes, n'est ce
pas ? Allez, je vous montre les endroits-clés à redresser ? Que vous ne
perdiez pas votre temps précieux de vous émerveiller. Devant ces
oeuvres d'art. Si.
Pas de quoi vomir, juste sourire. C'est bien. Maintenant, on
continue. Direction sous-sol. Étage inférieur (ils savent quand même où
les exposer les trucs vomitifs.)
Parfois, de temps en temps,
le rideau de scène de Picasso y est exposé. Il est superbe. Parfois.
Quand il est exposé. Là, ce n'est pas un jour-parfois. C'est ainsi. Pas
de colère je vous prie, ou vous serez privés de nausée. Pas celle de
Sartre, ce serait lui faire trop d'honneur.
Bon, pour vous dire, je n'ai pas pris de photo (mon APN a eu des spasmes à cette idée). Mais vous êtes tous internautes, pas vrai ? Depuis le 11/09 je ne sais plus combien,
LE jour des attentats (les autres, qui explosent en plus petits
morceaux de chair étalés dans le temps, ces autres là, on fait comme
s'ils n'existaient pas, ok ? ). Je vous parle de L' ATTENTAT, celui qui
a touché LE monde. Celui des États-Unis. (Unis à quoi, vous savez, vous ? Merci pour la réponse).
Donc, puisque vous êtes reliés à ce merveilleux fil qui fait le tour du
monde, vous avez du, comme moi, recevoir, à l'époque, ces photos-montages
si drôles. Oui, elles sont drôles, puisqu'elles se
glissent toutes seules dans mon sous-dossier (pourquoi "sous", c'est
drôle, non ? ), intitulé "blagues". (Comme ça je vide facilement, après
avoir beaucoup ri de tout ce qui est si drôle et que je reçois).
Bref, ces photos-montages vous les connaissez. Par exemple..
la statue de la liberté en Burka (hi hi hi, que c'est drôle), ou Notre-Dame chapeautée de toits de mosquée (ho ho ho, arrêtez, c'est trop rigolo)....Des
barbus un peu partout, sur fond de fumées qui ne sont pas celles de pétards. Combien de photos ? Une bonne dizaine.
Dites, il faut en avoir pour votre argent de visite d'art. Pour
éclairer votre regard. Et vous faire prendre conscience de ce qui vous
entoure. Que vous n'oubliez pas, quand même. Que ce sont de drôles de
gens qui sont responsables de L' ATTENTAT. Alors, les images, elles vous
donnent tous les signes pour que vous les reconnaissiez, les
responsables.
Bon, le discours qui est écrit dans la salle n'est
pas exactement ce que moi je vous donne comme éclairage. Mais vous
devriez comprendre.
Comment le fascisme est né. A l'époque d'Hitler. Par des images. P'tain, heureusement qu'il n'avait pas internet, Adolf, je crois que sinon, il aurait gagné !
Là c'est pour vous faire sourire. Lui, c'était la haine des juifs, des
gitans, des homosexuels, des handicapés, qu'il avait provoquée. Par des
campagnes très bien menées, vous savez. D'ailleurs, maintenant, ils
étudient parfois ces affiches là, en histoire, dans les lycées. Pour que les
enfants ne se laissent plus piéger.
Avant d'aller voir de leurs yeux avides des oeuvres d'art. Dans des musées. Estampillés et subventionnés.
Parce que moi, pour la première fois de ma vie, j'ai eu envie de cracher sur leurs oeuvres. De vomir au milieu de la salle.
Art-battoirs.
Musée des abattoirs.
Qui suinte de haine, non plus de sang.
De
la provocation ? Mais bien sûr, mesdames et messieurs les conservateurs
de musées. Je le comprends bien. Mais non, personne ne va imaginer que
vous cautionnez la haine d'un monde différent du vôtre.
Où les
toits sont pointus, où les croissants ne sont pas en croix, où les
femmes ne sont pas en jupes ras la touffe mais dans une burka (la nôtre
est tellement plus seyante, n'est-ce pas ? en forme de balance qui pèse
chaque gramme en trop).
Où les hommes sont tous armés de barbes et de
fanatisme, comme une armée de Sarkosistes ou autre démocrate éclairé.
Dans un autre monde, bien sûr. Pas celui où vit mon ami Homme-N'Dar, en
tout cas, qui prie, parce qu'il aime son Dieu et les hommes. Et moi, je
prie pour qu'il ne descende pas dans cette salle là. Des Art-battoirs.
Qu'il ne supporte pas cette humiliation supplémentaire.
L'art n'est pas fait pour m'éclairer, juste pour...
faire vomir ?
M.
Feu, vous qui êtes artiste, pas subventionné-estampillé-homologué, je
n'ai pas bien entendu ce que vous me disiez ? Que... je leur fais de la
publicité ? Que l'on est piègé de toute manière dès que l'on
passe le seuil de tels endroits ? Que-quoi-donc-où-comment les critères
de bla-bla-musée ?
Oui, je vous entends. Pas de souci, je ne suis
qu'un petit blog d'humeurs, vous savez. Une petite goutte. Pas de quoi
éclabousser..... Je ne me souviens que d'un proverbe africain, moi,
simple visiteuse de ce musée. (Qui sera quand même destinataire de la copie de cette note, avec mon vrai nom, et ma vraie adresse. Si jamais ils voulaient m'expliquer cet inexpliquable là. Que je comprenne, bien sûr. Mais je me demande si j'ai vraiment envie de lire une explication intellectuellement-politiquement-culturellement correcte à ce déballage fascisant, moi...)
Le fleuve est grand, mais chaque goutte.......
28 juin 2006
Lettre éperdue
Je t'avais écrit des lignes bleues. Détrempées de l'encre de ce ciel où ma plume cherchait les pigments.
Puis j'ai brûlé la
lettre, en flammèches orangées. J'ai perdu mes mots qui s'abandonnaient
vers toi. Tu ne me sais plus, si aveuglé par tes certitudes à mon égard. Tu
n'aurais pas su lire, et mon sang aurait cogné dans mes veines à
attendre ta réponse assourdissante. De silences.
J'avais tracé des lignes d'horizon. En lignes hachées de coraux affleurant du lagon.
Et
j'y ai plongé la feuille. Qui te disait de me surprendre, juste à cet
instant où je me serais délivrée. De cette nudité que tu crois si
bien connaître, même drapée encore de mes peurs de se dire. Mais tu ne
m'aurais pas vue, et mon désir aurait suinté en nectar amer.
J'avais griffé la feuille de papier de la plume qui crissait.
Elle s'était émoussée en mots tendres de volupté. Tu m'aurais trouvée
là, abandonnée, à l'aube de cette innocence que j'ai perdue. Mais il y
a cette peau qui me recouvre, et mes yeux auraient saigné de ton
aveuglement à ne pas me voir.
Alors je ne t'écris plus.
Juste
des lettres que je déchire, en tout petits morceaux de mots. C'était un
puzzle, pour ta patience que je m'inventais en mots éperdus. Je te rêvais les déposant aux angles de notre vie.
Parce que j'aurais voulu que tu m'inventes un monde
où la terre serait bleue comme une orange,
où la mer,
où l'eau,
où
...
..
.
27 juin 2006
Bizarrerie
J'ai de la visite depuis samedi. Pour la semaine (ceci explique mes passages réduits au minimum sur le blog!). La visite de M.
Feu. Alors je vais quand même vous parler un peu de lui, parce que je
suis en vacances grâce à lui, et que cela me rend d'humeur gaie.
M. Feu est un type bizarre.
Il se croit humain, alors qu'en réalité il est breton. Mais il ne faut pas le lui dire, il pense que l'humanité est la même partout.
Il sait bien qu'il a les yeux comme l'océan de là-bas, et même ses
pupilles sont des rochers bruns. Bon, pour les algues, je n'arrive pas
à bien voir -à mon âge, c'est normal-.
L'avantage
de ses racines bretonnes c'est qu'il trouve qu'il fait bon, ici. Alors
que moi, j'ai sorti ma p'tite laine, parce qu'il s'est mis à
rafraîchir, le temps. Mais lui, est en polo, bras aux vents, soupirant
des "qu'il fait bon" à peine le nez dehors.
M. Feu est de
compagnie très agréable, peut-être parce que l'océan ne lui manque pas
encore. Ni sa barque. Pourtant il aime bien aller naviguer dans sa
baie, en bas de chez lui.
Mais là, il prend un vélo. Et il
m'accompagne. Même plus peur de fendre la circulation derrière moi. En
brûlant les feux. En prenant les sens, interdits aux voitures. Je ne
dis pas qu'il ne s'est pas senti mal, la première fois. Mais
maintenant, il suit. C'est assez rigolo, parce que, parfois, je tourne
la tête pour voir s'il est toujours là, et je le vois, jetant des coups
d'oeil qui balaient à toute vitesse (le regard, et le vélo aussi, remarquez) toutes les rues, guettant les voitures qui nous écrabouilleraient. Mais continuant à avancer.
Pour lui apporter un peu de calme (parce qu'à la maison, avec les enfants presque tous en vacances, il y a un peu d'animation. D'accord, il y a moi aussi), bref, pour le calme, je l'ai amené au cloître des Jacobins.
M. Feu a pu ainsi parler de la paix du silence, avec son cahier de croquis. Pendant que je lisais, dans l'air parfumé de buis.
26 juin 2006
MON truc
Il adore me l'emprunter, mon truc à moi. Pourtant il en a un vraiment très
chouette, chez lui, je l'ai vu et je sais qu'il est précieux.
Mais il aime aussi le mien. Vous savez bien ce que c'est, quand même.
Un truc qui vous accompagne depuis des années. Dans lequel vous avez
pleuré et ri. Qui vous a réchauffé quand vous aviez trop froid sans
lui. Un truc. A vous - rien qu'à vous-. Qui vous colle à la peau, tout
doux moelleux, comme si c'était une partie de vous. On dirait qu'il
ressemble à tous les autres, mais il n'a pas de prix. C'est ainsi.
Mais voilà, le mien, de truc à moi, il aime me l'emprunter.
Depuis
que je le lui avais passé autour du cou, une fois, pour de rire, pour
de faux, il y a ... longtemps. Alors il me le demande d'une voix
câline, comme un enfant gourmand.
"Dis, tu me le prêtes ? Rien
qu'un jour. Ou deux. Je l'aime tellement, ton truc à toi. Il est doux,
et assez large pour que j'y enfouisse mon visage tout entier parfois.
Et puis j'aime aussi sa couleur, et son tissu usé par le temps. Tu veux
bien, dis ? S'il te plaît".
Que voulez vous répondre à ça ?
"Bon,
allez, je te le prête. Prends en soin, quand même, tu sais qu'il est
unique pour moi ! Je te fais confiance, tu ne l'abîmeras pas, promis ? "
Et
vous glissiez votre truc autour de son cou. Il était alors joyeux comme
un enfant, c'était presque incroyable ! Alors, je ne regrettais pas,
bien sûr. Même si je trouvais qu'il me le demandait de plus en plus
souvent, il n'oubliait jamais de me le rendre avant les week-ends ou
les vacances. Pour qu'il ne me manque pas. Mais parfois, pour rire, il
me téléphonait alors, comme un gamin impatient et me disait ;
"J'ai le mien autour du cou, mais le tien me manque... "
"Moi
aussi, bien entendu, il me manquerait, c'est pour ça que je l'aime, mon truc à moi
! Il me tient compagnie depuis tant d'années, il ne manquerait plus que
ça que je le laisse tomber en vacances !".
Et puis... et puis
un jour... alors qu'il venait encore une fois de me le réclamer d'une
voix rieuse, l'avait déjà glissé autour de ses épaules, et demandé,
mine de rien ;
"Tu le nettoies au moins ? Parce que, quand même, j'y glisse mon visage, ma bouche et ...."
La stupeur m'avait rendue silencieuse. Coite. Muette. Bref, stupéfaite pour de vrai.
Il me posait la question aujourd'hui ? Alors qu'il me l'empruntait si souvent depuis plus d'un an ?
Mon
truc à moi était PROPRE, avant. Avant qu'il ne le salisse de ses
doutes. Doutes qu'il aurait du passer à la machine. Programme 90°. Pas
délicat.
Et je n'ai même pas ouvert la bouche -je suis très très stupide sans aucun sens de la répartie parfois-
pour lui demander s'il avait pensé à javelliser sa peau. Là où elle
touchait MON truc à moi. Mais vous savez ce qui est le plus rigolo ?
Il continue à vouloir me l'emprunter, mon truc.
Comme s'il n'était pas devenu indigne de le porter autour de son cou !
Et ce qui est bête, voyez vous -ne croyez pas pourtant pas que mon truc ait tant de valeur !- ce qui est bête, c'est que je ne l'en trouve plus digne du tout. Et que j'ai décidé de ne plus le lui prêter.
Il est très banal... mais irremplaçable ; c'est le mien. A moi. Rien qu'à moi.
Je ne suis pas encore arrivée à lui dire ces mots qui me brûlent la bouche. J'ai un peur de m'y salir les mots.
"Tu
en as un de très chouette chez toi, que tu passes à la machine deux
fois par semaine. Tu n'as vraiment pas besoin du mien. Sans aucune
garantie de lavage. Non, vraiment pas. "
Mais j'y arriverai.
Je
ne voudrais pas être méchante, mais juste... lui rappeler.... que
je n'avais jamais pensé à vérifier, moi, quand il me rend MON truc...
qu'il l'a pensé à le nettoyer, de son côté...
Parce que, après
tout, si moi, j'ai UN truc, lui en a DEUX, et, quand il emprunte le
mien... il peut oublier ... ne pas se souvenir lequel a été passé à
* 90°, lessive aux cristaux de soude.
* Rinçage à l'eau de javel.
* Essorage 1200 tours minutes.
* Repassage humide.
* Thermostat au maximum.
Et s'il me le demande encore demain ?
Je vais devoir lui dire -gentiment, mais qu'est ce que je suis bête parfois- que vraiment, je ne voudrais pas, je m'en voudrais trop.
" Après
tout, tu en as déjà UN, ça te suffit, pas vrai ? Allez, c'est pas
grave, va. C'est qu'un petit truc de rien du tout, tu n'en as pas
vraiment besoin, juste envie. "
Et puis, tu sais... j'y tiens, moi, à son odeur douce et fragile, à ma vie qui est gravée dans ses fibres.
Même que certaines sont déchirées.
Et peut-être même SALES.
Mais je l'aime, parce que c'est le mien.
C'est bête, hein ?
Mais c'est comme ça.
25 juin 2006
Terreur à Toulouse
Il y a un eu un hurlement. Même pas étouffé. Qui venait de sa
chambre. Le problème, c'est que je reconnais leurs cris, à mes enfants. J'ai donc souri et dit aux ados qui
étaient avec moi, tranquillement,
"Tiens, il y a une araignée
dans sa chambre".
La porte s'ouvrit violemment, se referma avec la même
douceur.
Oui, elle avait bien vu un animal...
"M''man, là, tu t'affoles pas, on gère, tu vas vite dans le jardin et tu fermes la porte; y' a un mulot dans ma chambre".
Bon,
passée la seconde de terreur pure, celle qui paralyse, j'étais déjà dans le jardin, sur une
chaise, pieds remontés. Tirant comme une malade sur ma cigarette en
fixant le sol avec des yeux hagards.
Les ados sont venus.
"On s'en occupe, m'man, n'ai pas peur."
Peur ? mais je n'ai pas peur, je suis juste terrorisée. Bon, j'ai apprécié qu'elle ait dit "mulot" et pas "souris", ou encore moins "bestiole". Elle a tenté un mot qui parlerait de ma phobie, mais sans le dire. Raté, mon coeur, c'est pareil.
Je sais, et je ne veux PAS UN commentaire à ce sujet ; "les petites bêtes mangent pas les grosses", "c'est tout mignon" et autre crétinerie de ce genre. Vous avez déjà fait, quand j'en avais parlé, des bestioles, là et là. Alors ça va, hein, les "même pas peur de ça", pas la peine d'en rajouter une couche !
Cinq
minutes d'angoisse passent. C'est long, pire que chez la dentiste. Et
pourtant, je m'y connais en angoisses au parfum de clou de girofle sur
fond de fauteuil de torture.
Je me voyais déjà, à l'aéroport, tout à l'heure dire à l'ami qui vient me voir "ben, là, tu vois, chez moi..." et l'empêcher de dormir toute la nuit, après l'avoir armé d'un saladier qui servirait en emprisonner la bestiole si elle venait à passer.
Les deux ados s'occupaient de tout, elle vint donc me raconter. Que ma terreur soit complète.
C'était un bruit qui venait de sa mezzanine. Plus précisément de la théière (oui, je sais, il y a ce genre d'objet sur mes mezzanines, je ne sais pas pourquoi, d'ailleurs). Et elle a donc ouvert l'objet.... Pour le coup je l'ai coupée et engueulée.
"Il
y avait un bruit dedans et tu as soulevé le couvercle ???? Mais enfin,
il fallait recouvrir d'un drap et ficeler le tout ! Et appeler ton frère."
Trop tard, elle avait vu la bestiole...poussé un hurlement... et laissé le couvercle à côté.
Re-engueulade, vous imaginez bien.... Laisser une porte de sortie à une
horrible bestiole qui allait en profiter pour aller n'importe où dans
la maison...
Les ados sont enfin arrivés, le sourire aux lèvres.
"C'est un bébé oiseau, on va le mettre dans un torchon et le relâcher".
Il
a fallu qu'ils me jurent que c'était vraiment ça. Un simple oiseau. Le
bonheur. Pur bonheur ! J'en ai déplié mes jambes qui blanchissaient...
Et
ils ont réussi à l'attraper le moineau terrorisé. Il paraît qu'il
se cognait partout mais ne voyait pas la fenêtre grande ouverte. Un
tout petit moineau gris, dans le nid d'une mouette... Il s'est envolé
dès qu'ils ont déplié le tissu !
Bon, je me demande quand même comment il a fait pour passer par le bec de la théière ! Mais ça...
Dis, ami, tu es content ? Tu vas pouvoir dormir cette nuit !
Et moi aussi...
24 juin 2006
Pensées troublées
S'il ne m'avait pas dit "C'est une photo de..." je n'aurais jamais trouvé.
Et vous ? vous voyez ce que c'est ?
Mandraxx (qui n'a pas de blog ),
j'aime énormément cette photo, et plus encore que tes pensées se
tournent vers moi, en souvenir.... même si tu me l'as envoyée
accompagnée de ces mots là...
"Tiens, une p'tite photo que je te
vois bien exploiter dans un texte. Genre texte morose ( comme ce qu'il
me semble que tu écris en ce moment), avec un titre qui ressemblerait à
: "Pensées troubles" ou un truc dans le genre ... rire.."

La réponse dans le 5ème commentaire ! ... à lire après avoir cherché !
23 juin 2006
Défi n° 17) tout au fond
" Je me souviens de moi à la lueur de cette étincelle... elle est partie.... je voudrais parfois penser qu'elle est juste endormie sous un lit de cendres et que je pourrai arriver à la raviver mais je n'y arrive plus.... et tout moi pleure l'étincelle perdue. (je vais finir par la noyer pour de bon ....... réveille moi!!!!!) "
Tout au fond n'a pas de blog, mais m'a laissé ce défi, lors d'une ballade sur les réseaux.
Demain elle devrait partir.
Fermer les volets, couper l’eau, le gaz et laisser la clé à l’agence. Demain. Il lui restait encore quelques heures, à caresser les murs et le ciel qu’elle aimait. A se croire encore chez elle. Une dernière fois, malgré la tiédeur du soir, elle voulut enflammer la cheminée. Pour l’odeur du chêne, et la fumée légère qui parfumerait son pull. Ce sont les odeurs qui lui manqueraient le plus, elle le savait déjà. Celles des pierres chauffées de soleil, celles du vent, chargé de thym ou du sel marin, parfois.
Mais ce soir, le plus important, c’était la cheminée. Pour les braises. Pour les flammes qui avaient réchauffé ses chagrins d’hiver, ses amours fugaces. Elle avait gardé deux belles bûches, et un petit fagot de lavandes sèches de l’été. Les murs étaient immobiles encore. Ils attendaient, silencieux. Elle froissa les feuilles ramenées du marché de dimanche. Craqua l’allumette, jeta une poignée de feuilles sèches, les recouvrit de quelques branches. Ses derniers ceps. Pour leurs formes tordues et leurs écorces qui se détachaient. Les deux bûches furent calées au milieu. Les murs dansèrent enfin, retrouvant cette mouvance qui la rassurait.
Elle s’assit par terre, juste devant, sur le carrelage, enserra de ses bras ses genoux. A côté d’elle, les écorces de mandarine et de citron, qui avaient séché sur les radiateurs durant l'hiver. Des feuillets qu’elle ne voulait pas garder. Elle jouait à les brûler comme des parchemins vieillis, puis les lâchaient dans les flammes, bleuies de l’encre qui flambait. Elle prit les lavandes au parfum puissant et les sema doucement sur le champ de braises, les regarda disparaître en flammèches parfumées.
Puis jeta les écorces cassantes des fruits de l’hiver qui firent exploser des brandons crépitant. Elle dut se reculer, fut un peu déçue de ne pas sentir d’odeur particulière. Mais elle se souvenait.
Quand elle avait découpé l’écorce de ses ongles, sur la table de la cuisine, détachant les quartiers sucrés. La lettre. Et sa mutation. Là bas, dans ce pays qui était si loin d’ici. Si loin des odeurs et des cieux bleu lavande parfois. Loin de cette petite maison, au carrelage usé, aux murs plâtrés. Loin de la cheminée.
Elle resta là, tard dans la nuit, jusqu’à ce que les bûches aient perdu leur éclat de braise. Elle regardait la cendre, sentait la chaleur qui palpitait en son ventre caché. Elle ne put se résoudre à dormir dans la chambre, prit son sac de couchage et se lova devant le foyer.
C’était fini.
Elle le quittait demain son foyer, ses ruelles et ses flammes, ses herbes parsemées de serpolet et ses nuages transparents. Elle ne serait plus jamais la même, plus jamais en paix. Quand elle se réveilla, la maison avait perdu ses murs dansants. Elle se leva. Laissa le tas de cendres. En souvenir. Elles avaient creusé un petit cratère.
Elle ferma les volets et la porte. Enfoui son nez dans le pull chiffonné et sentit l’odeur.
Sa nouvelle vie commençait.
Elle ouvrit le sas du couloir interminable, puis la porte blindée. La fenêtre qui ne grinçait même pas. Le ciel et les murs étaient gris. Les maisons empilées, les champs de bitume. Gris. Elle ne voulait même plus les voir, tant ils étaient gris. Cendre. Comme le petit volcan éteint qu'elle avait abandonné, là bas, dans le foyer. Mais même dans les cratères les plus érodées le magma de la vie couve. C'est ainsi.
Alors, elle releva la tête.
Elle sera l'étincelle. Qui embrasera le bois que l'on croyait consumé, et qui couvait sa braise dans le silence du cratère. Elle le re-créera son foyer, merde alors. C’était elle qui sera la flamme, elle qui rougeoiera dans ce ciel gris et morne de cette ville. Elle sera l’âme, l’ardeur, la braise, le brandon, l’éclair, l’éclat, l’escarbille, le feu, la flamme, la lueur, la lumière, le rayon. Elle le sera. Et rien ne l’en empêchera.
Et certainement pas cette putain de pluie froide qui s’était mise à tomber, dans des odeurs d’essence. Rien. Elle sera l'étincelle qui transforme les flaques irisées de gasoil en feux follets, rien que pour elle, dans ses rêves qui ne seront pas aux couleurs cendres de cette ville. Une étincelle...
Éteint celle qui…. non ! personne !
Elle ne laisserait à personne le pouvoir d’éteindre celle qu'elle était, et certainement pas à cette douleur qui lui rongeait le coeur comme une braise mal éteinte. Certainement pas aux larmes qui lui avaient noyé les yeux, en partant. Non. Elle était. Le maître de son feu. Elle était l'étincelle de sa vie.
22 juin 2006
Tourneboulée
Il y avait mes sens, tourneboulés au frais vin blanc. A peine sucré. Et le chèvre frais pour tapisser le palais. Avec le pain au parfum de levain.
Et ma peau qui crépitait de vouloir être mise à nu. Et qui frémissait d'imaginer sentir le vent doux de ton souffle lui croquer le plaisir, de deux lèvres humides. Et mes cuisses qui s'écartaient en lancements aigus de se loger autour de ta taille. Puis mes hanches qui dansaient un air de samba dans le brouhaha, en ondes profondes.
Il y avait le comptoir du petit bistrot, au coeur de la halle du marché. Et le brouhaha et le parfum d'abricots. Et les gouttes condensées qui retombaient sur le bois. Oui, sers moi encore un autre verre à boire. J'ai soif de cette sensualité qui oublie la raison.
Et ma langue qui se frottait au palais, possédée de vouloir écarter ta bouche et s'humecter de ta salive. Et mes mains qui pétrissaient ta taille, sans frémir d'une seule phalange.
Il y avait les vélos enchaînés et mes sens en déroute qui pédalaient au bord de la route. Les pieds appuyés sur les pédales, et tes fesses qui chaloupaient en mouvements ordonnés devant mes yeux qui pétillaient. Du haut en bas tu t'élançais, et mes reins se creusaient.
Il y avait mes sens.
Et ma décence.
Qui m'interdisait de te culbuter sur le comptoir de bois.
Parmi les gouttes d'eau qui suintaient des verres de vin blanc bien frais.
21 juin 2006
Or vert
Bon, l'instant est crucial. Il va falloir choisir. Pour l'avenir du jardin, pas de l'humanité. Il ne faut pas exagérer. Ce ne sont que quelques gouttes. D'eau. Pas de celles qui entraînent la sécheresse au Sahel. Ou en Bretagne.
Bien que... parfois, j'ai un doute. Souvent même. Par exemple quand je fais pipi et que je tire la chasse. Ben oui, pourquoi est ce que je ne penserais pas à l'humanité à ce moment là ? Vous souvenez vous d'un slogan californien, une année de sécheresse ? "When it's yellow, let it flow. When it's brown, put it down". Je traduis mon anglais approximatif ; "quand c'est jaune, laissez flotter. Quand c'est marron, envoyez par le fonds". Cinq litres d'eau potable (potable, oui, dans ma cuvette). De quoi désaltérer et même réhydrater. Mais ailleurs, bien loin. Et des gens, pas des fleurs. Alors ça me fait un peu drôle à ma conscience. Mais je me rassure, je sais bien que les canalisations ne peuvent pas aller si loin.
Même si... pour les pipe-lines d'or noir, je crois bien qu'elles traversent les océans, mais je vais faire comme si je n'y croyais pas. Pour ne pas avoir mal à la morale de l'humanité. Parce que ce n'est pas une note prise de tête, non. Un arrosage de conscience ? Mais non, vous savez tous tout cela. Même quand vous jouez au golf, sur le green. Vert anglais. Il paraît que ça détend la pelouse couleur tendre (non, pas douleur cendre). Pour sûr, ça doit détendre, et donc permettre à la conscience de faire entendre sa petite voix, arrosée chaque nuit. Pas à l'eau, elle, c'est certain, peut-être aux pensées d'un e-au delà ? Mais je reviens à ma question existentielle, je disais donc qu'il allait falloir choisir.
Mais... est-ce vraiment un instant crucial, l'avenir de mon jardin ? Ma goutte d'eau à moi va-t-elle vraiment être celle qui vide le vase ? Candide, viens donc à mon secours ! Allez, je me rassure, il le faut bien ; non, je ne peux pas être si responsable quand même. Ce ne sont que quelques litres. Bien moins que ceux qui emplissent les piscines au fond des jardins. Et même, cette eau là, elle doit bien s'évaporer, et donner de la pluie, non ? après tout, les usines sont bien plus grosses consommatrices et pollueuses d'eau, non ?
Quoique... s'il y a autant d'usines pour fabriquer autant de consommables-jetables, n'est ce pas parce qu'il y a des consommateurs frénétiques ? Je la fais bien se taire, ma conscience, quand j'ouvre mes placards... Remarquez, ne pas regarder la télé aussi, ça m'aide, parce que je crois bien que ça induit tout plein de désirs que l'on croit être des besoins, non ? Alors ça me rassure, je me dis que j'aurais pu "encore plus"...
Mais revenons à cet instant crucial, en image, c'est rafraîchissant.
Pas raisonnable, voilà ;
Enfin tout ça, ça ne me dit pas ce que je dois faire pour le jardin.
Quoique.... c'est joli le doré, non ?
Et ça rime avec été.





