31 décembre 2005
Cher Papa Nowell
Merci.
Je te revaudrai cela l'an prochain.
Ces trois nuits à
danser, à cinéma-ter, à chinois-er. Ces trois nuits à m'épuiser les
muscles oubliés, à me noircir les poumons et rosir mon coeur. Je ne
veux pas de réveillon, c'est vrai. Mais je suis bien sûre que toi
aussi tu te reposes, après les agapes-bolducs-chocolats de Noël, non ?
Merci pour les espoirs en éclats de ma bulle crevée. Je balayerai demain, c'est promis.
Merci pour les non-dits entendus, pour les rencontres, les pas de danse, les cafés.
Merci pour les amis attentifs, les aimants amants empressés (tu revois ta copie fin 2006 ? Ok ? ).
Merci pour l'Italie à venir, la pause-café à Marseille. Merci pour les ballades parisiennes et les opéras enchanteurs.
Merci, pour les enfants. J'ai 15 kg de fierté accrochés à chaque patte, tu sais.
Bon,
tu veux quoi pour l'an prochain ? Tu y penses et tu me mailes, d'accord
? Je me sens de l'énergie à revendre pour t'offrir un souhait à la
hauteur de la sagesse.
P.S : tu as remarqué ? J'ai mouché mon nez !
Comment
? Ah non, tu ne vas pas t'y mettre toi aussi !! Bon d'accord, une
bise. Sur chaque joue. Hep, reviens voir, je t'en dois une troisième,
la seule, la vraie, pour le plaisir !
La poule
Parfaitement, je m'en moque. Si tu ne veux pas me lire, il ne faut
pas laisser ouvert ton poulailler, au n° 22. Je suis
aussi stupide qu'une poule moi, je continue d'y laisser traîner mes
plumes. Dans le poulailler de chez toi.
M'en moque que tu ne sois
pas content de me lire. M'en moque, j'ai du chagrin. Alors je pleure
des mots, je mouche des phrases, je hoquète en caractères. Poule mouillée de flots. Voilà. Il ne
fallait pas me nourrir de farines volages. Besoin de vrai, en grains
dorés à picorer. Qui naissent d'un champ aux moissons d'été.
Je me
déleste de ce qui me faisait joie. Je bazarde les baisers et les rires
étouffés. Les pipes même pas assez culottées. Les mégots que j'ai
oublié de fumer. Poubelle. Et moi par dessus. Dégage, la poule,
dégage avec tes vilains mots. Ceux d'une sainte à vomir. Même pas vrai,
même pas mal.
J'ouvre la porte de mon âme ( ça existe chez les saintes laïques, l'âme ?
). Parce que ça se confirme ! Je suis une sainte, paraît-il. Avec sa
ligne de conduite en forme d'autoroute vers le néant. Qui détruit sur
son passage tout ce qui est tordu. Au bulldozer aveugle. Dégage, le
toc, retourne dans tes replis empuantis. Dégage, le mensonge.
Ment..ment...ment... Même pas un petit songe en vérité, pour se cacher
derrière. J'veux du vrai, du pur, du dur, du qui ne fond pas, qui ne
s'évapore pas comme vampire au rayon du soleil. J'veux être un soleil,
un vrai, qui caresse la peau et brille au grand jour. Non, je ne veux
pas être
un soleil, je ne veux qu'être source chaude. Qui s'enterre. Et laisse
les fumerolles de vapeurs s'échapper des crevaisons des
éboulis. Tout simplement. Qui se cache au grand jour, pas comme ce
stupide soleil qui recommence -l'insensé- sa course en rond chaque
matin. Je veux être secrète pour celui qui me découvrira, et vapeurs
pour les autres.
Aller, le moche, le truc flou, dégagez. Le pas net, je te gomme. Le mot menteur je te dégueule.
Sainte
mouette de la laïcité revendiquée. Aux tables de loi écrites en os dans
sa chair. A la morale en béton armé. Qui se crève le coeur plutôt que
de le brader. Priez pour eux, pas pour moi. Même pas peur, même pas
mal.
J' m'en moque. Qui rime avec cot-cot.
30 décembre 2005
Ma dame de feu

Esquisse de tableau de Sophie Lambert, retravaillé par la Mouette
Dans le silence assourdissant
Il y a tant de bruit que l'on ne s'entend plus.
Pourtant, écoutez
bien leurs silences. N'entendez vous pas votre ami, là bas, chez lui, qui
ravale ses larmes entre deux whiskys ? Et l'écho étouffé de celui qui
broie son noir du dedans, en rêvant amèrement d'un demain illusoire ? N'entendez vous
pas celle qui se mure dans sa solitude et qui ne vous appelle jamais quand
elle a peur de n'être qu'ombre ?
Il
y a tant de bruit en nous que notre crâne devient cellule noire, capitonnée. Où
allons-nous, aveugles sourds et muets, pour ne pas les entendre, eux
que nous aimons ?
Pourquoi m'entends-tu toujours sangloter silencieusement, Homme
N'adar ? Tes racines de l'Afrique noire sont-elles si profondes qu'elles
s'abreuvent de mes larmes cachées ? Comment sais-tu ce que je tais ?
Pourquoi passes-tu toujours, par hasard, alors que je me broie du noir
en dedans ?
Comment ton coeur est-il connecté pour me téléphoner et savoir avant mon premier mot que je suis en morceaux ?
Je
suis née là-bas, moi aussi, de passage dans ce continent où les hommes
ont la peau noire et le regard plus vrai, le temps de téter cet
instinct. Qui me fait saisir mon téléphone, là, à cet instant, il le faut,
pour t'entendre, mon ami dont je sens la souffrance, pour t'entendre me
dire que son avion vient de décoller. Et que tu te sens si
vide de son départ. Tu fais du bruit en moi, Homme N'Adar, même dans la
foule d'un aéroport. Et j'aime que nos échos se
répondent.
A ta santé, ami. Je suis là. J'aime ta main noire qui
me réchauffe le coeur. J'aime que tu sois mon ami et non que tu m'aies
aimée un jour - Dieu t'en préserve! - rajoutes-tu dans un
grand éclat de rire. Car tu les as connus, ceux avec qui j'ai joué à
brise-coeur. Et toi, tu es toujours là - Dieu merci - dans un grand sourire..
29 décembre 2005
Résolution meurtrière
Oui, je n'en ai qu'une, de résolution, pour cette année. En souvenir de ces trois dernières années. Je la dédie à ;
Delphine,
ma douce et belle belle-soeur, terrassée par une crise cardiaque, à 33
ans. Après que nous ayions passé trois semaines ensembles. Après que je
me sois moquée de ta fatigue (stupide que je suis). Après que je t'ai conduite à ta visite au médecin du travail (mais enfin, merde, vous ne pouviez pas écouter son coeur ? ).
Fabrice,
mon jeune ami, qui m'avait emmené écouter à la Halle aux Grains un
merveilleux choeur à 100 voix. Dont l'oedème pulmonaire t'a laissé dix
jours à ne pas savoir qu'il te serait fatal. Juste assez pour que tu
prépares pour moi un des Cd que j'aime, de Fauré et Berlioz et une
belle pierre verte trouvée dans une de tes randonnées. Au cas où. Ptit
con, va.
Jean-Phi, mon joyeux luron, dont je suivis un
temps les périgrinations amoureuses de bien trop près à mon goût,
surtout quand elles concernaient des femmes mariées! La mouette a un
physique et une voix d'alibi, je vous le dis. Toujours prêt à faire la
fête, à séduire la plus jolie ou la moins farouche, comment as-tu pu
laisser cette tumeur prendre la place de ton cerveau ? Bon, j'avoue, je
souris toujours en pensant à toi !
Martine, petit
papillon bleu, il était temps de ne plus te battre. Nous étions
d'accord toutes les trois, la ptite, toi et moi, tu pouvais t'en aller.
C'était il y a trois mois. Cette après-midi je vais boire le thé chez
la ptite. Tu ne sais pas que le père Noël a déposé quelque chose pour
moi, au pied de son sapin ? Moi aussi j'ai quelque chose.. Hé hé... de
joli. Moi, la maman de secours.
Alors le prochain qui a l'intention de me planter là, dans des sanglots, il me prévient.
Je m'en occupe de suite. Il lui suffit de choisir le moyen qu'il préfère.
Au moins je ne serai pas passive.
En prison je n'aurai pas le droit de sortir pour répartir des cendres au sommet d'une colline.
Minuit trente
Aller, on y va. Hop, le blush sur les joues, le gris sur la
paupière. Les petits talons. Le pantalon souple. Le poil suffisament
décoiffé ? C'est parfait. Psssiiittt, trois ptits coups de parfum. Mon
Ambre favori, qui réchauffe mon nez quand ma peau s'échauffe. Je vais
danser. Vivre en procuration de musique et de mon corps qui s'échappe de
moi.
Elles ont dit "minuit, on ne fera pas de bruit, le carosse sera devant chez toi".
Je les connais, ce sera minuit trente, elles sont toujours en retard.
Il paraît que l'on reconnaît les vraies filles à ça. Je n'ai donc
aucune chance de rivaliser avec elle. On me nomme mouette ponctuelle.
La
mère est partie dormir. Elle a besoin de force pour les trois heures de
train demain. M'a recommandé de ne pas oublier de la réveiller. Un peu inquiète.
Mais voui, maman, j'ai déjà mis mon réveil. Mais voui, je sais, je vais peu dormir.
Mais
non, tout va aller, demain je me rattraperai. Comment ? Non, pas
demain, tu as raison, j'ai des amis à la maison. Et bien après-demain.
Le réveillon, non, pas cette année. Oui, je verrai l'an prochain.
Mais
non, tu sais, ce n'est qu'une fête conventionnelle. Et je n'aime pas
les baisers à minuit. Sur la joue. Je n'aime pas du tout. Mais oui,
j'ai été invitée. Par des qui ont pris la même voix que toi. Tu es
seule le 31 ? Mon dieu, vais-je survivre ? Mais oui ! J'ai des livres à
finir, des notes à écrire. Des cigarettes à fumer.
Je veux
rester là. Avec moi. Et même si je pouvais être en train de dormir à
minuit, et bien je le ferai. Pour ne penser à rien ni à personne.
28 décembre 2005
Dame en grâce
J'ai rencontré aujourd'hui, au musée des Augustins, la grâce
incarnée. Touchée, émue, atteinte dans ce qui en moi crie le beau, le
pur. Oeuvre anonyme de la seconde moitié du XV ème siècle, Notre Dame de Grasse
était là, sur son socle. Sculpture d'un peu plus d'un mètre de haut.
Qu'elle est émouvante, si vous saviez ! 
Il y a dans son regard la
jeunesse, dans sa bouche la bonté en promesse.
Voici la sculpture, avant sa restauration,
et voici son visage si beau et étrange.
Sale temps pour elles
Mains ; on a des crevasses partout, c'est affreux.
Peau ; revendiquez les filles, saignez, soyez rêches, elle finira par vous soigner.
Mains ; penses-tu, elle a dit qu'elle "n'en avait rien à faire" de nous ! L'hiver ça lui vaut rien au moral.
Ego ; je vous l'avais dit que le soleil lui manquait (...)
Mélanine ; je suis en veille, pfft, quel ennui, vivement qu'elle se dore un peu. Vous ne trouvez pas que j'ai sale mine ?
Ego ; un peu, mais on fait (...)
Elle ; Ego, je t'ai déjà dit de la mettre en veilleuse. Il faut te l'expliquer comment ? Je sais déjà tout ça.
Estomac
à Elle ; dites, puisque vous êtes là, toute de bonne humeur, vous ne
pourriez pas arrêter un peu avec les chocolats ? Enfin, si ça ne vous
dérange pas trop, bien sûr. J'ai un peu de mal à les digérer depuis
quelques temps..
Elle ; mon pauvre estomac, il faut que tu tiennes
le coup, je n'ai envie de rien en ce moment. Alors je grignote. Des
trucs pas vraiment nourrissant et un peu trop gras, hi hi, mais les
douceurs ça me remonte le moral !
Estomac ; oui, je savais que ça
n'allait pas fort, à cause de l'acide qui se déverse parfois. Mais je
tiendrai le coup, Elle, vous verrez, j'vous aime bien, même si vous ne
pensez pas toujours à moi.
Elle , tu es trop chou, estomac, je te revaudrai ça plus tard, en maison de retraite. Je mangerai é-qui-li-bré, promis.
Mains
; puisqu'on en est aux voeux, on ne pourrait pas avoir un peu de crème
sur la peau ? Regardez, on croirait qu'on a jardiné, on a des éraflures partout !
Elle ;
oh, j'oubliais. Pauvres chéries, je ne m'occupe pas de vous, hein ?
Mais c'est que je me sens si inutile, en ce moment. Vous l'avez
remarqué, vous ne touchez jamais d'autres doigts que les vôtres.
Mains ;
justement, si vous nous enduisiez d'un peu de crème le soir, vous
n'oublieriez pas ce que ça fait de caresser, même si ce n'est que nous.
Ego ; et voilà, réduisez lui le moral en miettes, allez-y, insistez !
Elle ;
Ego, laisse les parler. Même si ce ne sont que des extrémités les mains
font parti de nous. Nous devons être solidaires. Bon, je vais
tenter de prendre soin de tout ça. Après tout. Ce sont les fêtes en ce
moment, chacun a droit à un peu de bonheur.
27 décembre 2005
Chardons

Flammes aigües
Rouges de sang figé
Espoirs insensés
D'un coeur prisonnier.
Dans ton gant de glace
Chardon en cristaux de vie
Ne te laisse pas aller
A mourir.
Merci à Kyrielle pour le chardon de glace,
à ma fille pour la fleur en chardon de coeur.
Une histoire des sens (fin)
Dis-moi, Toi, tu le sais bien que les histoires se terminent un jour. Parfois, en points de suspension. Comme le temps. Qui joue à saute-mouton avec les nuages. Et dénude les arbres, fige l'eau vive en cristaux.
L'hiver a recouvert de gel notre parc. Notre histoire, à Toi et Moi, sur ce banc de bois... notre histoire était belle, pourtant, pourquoi y mettre fin ?
Oui, elle était belle, et de mensonges ; elle est ce que nous sommes. Même les jolis romans ont une dernière page. Et une couverture. La nôtre pourrait être en décor de feuilles mortes et d'écorces ! Qu'en penses-tu ?
La couverture ? Je dois donc choisir ? A t'on déjà vu un mort choisir son cercueil ? Es-tu sûre que tu me laisses le droit de choisir ? Je dois accepter.... mais n'irai pas jusqu'à me repentir, n'y compte pas ! Ne prends pas cet air penaud, je sais bien que ta décision est prise, tu sais. Que ta morale de sainte - laïque je te l'accorde - ta morale ne me laisserait guère le choix... Ce n'était que question de temps.
Pfft... sainte laïque... facile de se moquer de Moi ! Ma morale, parlons-en, petit scarabée...de ma satané morale ! Je me suis laissée aller à croire qu'elle était en vacances, comme mon auréole certainement ; je suis soulagée qu'elle soit de retour, elle qui guide mes pas depuis toujours ! Elle m'avait fait faux bond ; un instant d'égarement. Tu as raison, je n'aime que le vrai. Et le mensonge creusait mon âme comme une carie. Il y aurait de quoi écrire une Fable ! Allez, Toi, aide-moi, s'il-te plaît. A trouver le dernier mot. Il est pour Toi ?
Le dernier mot ? allons boire un café, d'accord ?
Oh, j'adore le mot "café" ! Tu te souviens ? Les cafés de Toi et Moi ... Et "piment", tu ne trouves pas que son duel avec "poivron" était tendre et craquant ? Et aussi (...) mais non, ne t'inquiète pas, la mélancolie n'aura pas droit à la parole... Je pense aux points de suspension qui ne riment qu'avec conclusion. Même pas avec fin.

