31 octobre 2005
Gnan- gnan blog
Ils étaient déchaînés. Dans la voiture, sur le chemin du retour. Les
deux ados qui ont suivi leur mère-mouette. Le week-end avec les
cousins, ça c'était de la pure routine, on n'en parle même pas.
Mais il y eut la rencontre bloggueste... à laquelle ils ont participée...
Le repas était exquis, plein de saveurs et d'odeurs (Dia, tu es aussi délicate à manger qu'à lire). Le thé (à l'ananas)
sublime pour aller avec la pluie qui avait décidé de nous tenir
compagnie. Les ados regardaient le bébé ; surtout ado-gars aux gros
muscles...qui avait bigrement peur de "casser" la ptite chose jolie !
Donc tout allait pour le mieux, aucun commentaire à ce sujet. Je suis
même priée d'aller me fournir en filaments de viande de porc séché et
de cuire le riz gluant de la façon idéale dont il faut le cuire !
Tant
que nous papotions de tout et de rien, tout allait bien. Aucun
commentaire à ce sujet, les adultes étaient "normaux"... ...Mais...
...Mais "elles" ont discuté "blog"
à un moment. Statistiques, pseudos, vie intérieure transposée en mots,
écrits qui digèrent les molécules un peu trop grosses de la vie ... et
voilà, c'était parti.... Ah, ils ont bien ri les deux ados, dans la
voiture. Et dame Epsilon aussi... évidemment, c'étaient les miens de
ricaneurs !! ceux qui vont rester avec moi après... avec leurs rires "gnan gnan blog"...
Pourtant j'ai tout fait pour dévier leur attention ; tenez, j'ai
commandé un arc-en-ciel pour de vrai qui faisait un arc de cercle
complet. Avec les vignes qui rougeoient et tout et tout. Mais
impossible de les distraire de leur sujet de moquerie du jour. Pensez
donc ; la mère-mouette était enfermée avec eux dans une voiture. Tant
et si bien que je les ai menacés de parler d'eux dans ma prochaine
note. "Ah bon faut-il que nous supputions que tu vas écrire en calligrâââmmes ?" Si, j'ai entendu ça ! Faites des gosses, qu'ils disaient ! Et voilà comment ils vous parlent après....
Alors le prochain rendez-vous... et bien j'irai sans eux ! Berlioz, avoues que tu as eu peur un instant... pas vrai ?
29 octobre 2005
Couleurs du Monde
Bonjour, amis du Monde !!!
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28 octobre 2005
Je pars
C'était il y a quelques mois, comme un conte défait, comme un conte qui finit mal ...
Je m'en vais, mon amour.
Oui, je pars. Sans retour. Pour toujours ou à jamais comme tu préfères l'entendre.
Crever de solitude loin de toi.
Oui, je pars, m'évapore, me dissous. Comme tu préfères l'entendre mon amour.
Je vais tenter de reconstituer le puzzle que tu as fait de moi. Tenter
de me voir sans être dans le flou. Ne plus souffrir de tant t'aimer, de tant être aimée, de
tant en être mal. De ne pas comprendre pourquoi je me rétractais, malgré ton amour.
Laisser mes cheveux blanchir de n'être plus
caressés. Laisser ma bouche se dessécher loin de tes baisers. Tenter de
cicatriser le morceau de chair vive que tu as fait de mon coeur.
Suivre les chemins de l'espoir vain.
Et aujourd'hui...
Je vis mon amour.
Oui, je survis, plutôt. Tu le sais bien, puisque tu me lis.
Les
morceaux de moi se recollent peu à peu, mais je ne serai plus jamais
intacte. Tes mots ont fouillé les zones que tu sais fragiles, les ont
creusées jusqu'au plus profond. Tes mots glacés m'ont brûlée.
Tu
avais raison l'amour est rare. Je ne suis plus aimée, je ne brille plus
de cette joie douce. Mais aucun plus jamais ne me blesse, aucun ne me fait peur non plus.
Tu le
sais bien, j'ai refusé de laisser ma chair attendre la mort. Oui, je me
donne parfois, mon aimé. Mais personne ne m'offre
l'amour en corps. Et mes mots perdus me brûlent peu à peu.
J'ai mal, encore. Mal à crier de cette absence. Depuis tant de mois pourtant.
Puis, un jour, tu m'as menacée. Parce que mes mots sont ici. Et qu'ils parlent de ma vie. Que tu as partagée. Oui tu as menacé celle que tu aimais.
Eux, ont eu mal de voir leur mère blêmir de peur.
Mais j'ai obéi aux menaces, parce que je ne peux faire autrement, parce que je suis responsable.
Et la peur a pris la place de l'amour en souvenir...
La peur de toi.
J'ai su alors pourquoi j'étais partie.
La tête lourde de doutes sans nom et le coeur en écharpe.
Pleine de regrets et de questions. De chagrin.
J'ai su alors pourquoi.
Maintenant je vais pouvoir guérir.
Être en paix avec ma solitude,
et cet amour abandonné.
Crêpe noir
L'odeur entêtante de la banane qui caramélise ne pouvait rien adoucir. Confiture à crêpes et maudits souvenirs en crêpe noir se mélangeaient. Marcel avait sa madeleine trempée dans le thé, elle avait sa confiture de bananes. Avec une gousse de vanille de la Martinique. Et tout ça bouillonne, fait des petites bulles sucrées qui brûlent le coeur.
Le CD tournait en éclats métallisés. Les chansons avaient trop de mots douloureux. Elle se prenait les pieds dans son tapis de feuilles mortes, dans sa porte close. Elle ferma ses oreilles, écoutilles amères.
La cigarette tournait ses volutes qui empestaient. Elle tapissait de goudrons ses poumons et c'était son coeur qui noircissait. Le jeu mortel poursuivait son lancer de dés. Elle ne s'entendait pas mourir, son paradis était artificiel. 
Elle n'y croyait plus à ce monde à l'abri du temps de l'absence. Ce monde où ses mots auraient été chuchotés de sa bouche. Où ils n'auraient pas frappé un clavier en plastique.
Elle n'attendait plus rien. Ses yeux étaient humides, comme ceux des vieux à la conjonctivite récurrente.
Elle croqua un grain de raisin. Fit éclater le jus dans sa bouche.
Elle remuait la confiture de bananes.
Se mêla à la chanson, la fredonnait machinalement.
Alluma une cigarette et lui sourit.
Écrivit quelques mots, les effaça.
Sentit son menton frémir comme un con.
Écrasa sa cigarette.
Et pleura.
Lettres en poste restante
Monsieur,
de vous avoir croisé ce soir a éveillé en moi un sentiment étrange et fort troublant.
Pensez-vous partager ce fil ténu qui semble dépasser la frontière de la sympathie ?
Si
mes propos font écho en vous, je serais heureuse de vous recevoir à mon
domicile, afin de partager un verre autour de quelques mots.
Monsieur,
que votre réponse à ma missive ne vous chagrine pas, une fin de
non-recevoir n'écorcherait que mon amour-propre, guère plus, et je vous
garderais toute ma sympathie.
Mon ami,
quand je t'ai vu tout à l'heure, un flou a envahi mes certitudes.
En est-il de même pour toi ? Un trouble a-t-il fait vaciller le mur rigide de notre simple amitié ?
Si tu es en accord avec moi je t'attends, nous boirons un verre en bavardant.
Tu me connais assez pour savoir que ta réponse, même négative, ne ternira en rien notre amitié.
Scarabée joli,
il y a peu, ma carapace s'est fendillée sous ton regard.
Qu'en penses-tu, petit animal doré ? Te recroquevilles-tu en boule ou, au contraire...?
Si tu frétilles d'aise, viens donc visiter mon terrier, nous jouerons avec quelques brindilles.
Oh, n'ai crainte, mon ptit bout, ma question peut rester en suspends !
Amant troublant,
quand tu m'as appelée, j'ai souri.
Souri de deviner ton attente.
Oui, ma porte sera ouverte ce soir. Voudras-tu boire un verre avant ?
Et si tu as un contre-ordre... n'oublie pas de m'appeler.
Mon Amour,
ton regard me bouleverse.
Veux-tu lier nos émotions en un bouquet de fragances ?
Je t'attends chez nous.
Oui, c'est un peu "chez nous", puisque chacune de tes visites y laisse une empreinte.
27 octobre 2005
Coup dur
Crâne ; pfft, vous entendez ? Elle n'arrête pas de dire que je pèse trop !
Cerveau ; et pourtant on ne peut pas dire que je sois trop lourd, moi. Compact et dense, parfaitement, comme un format MP3.
Crâne ; non, Elle ne se plaint pas de toi, juste de ma boîte crânienne.
Cerveau ; Elle a fumé autre chose que ses cigarettes ou quoi ? Elle fatigue en ce moment, je m'en suis aperçu !
Crâne
; figure-toi qu'Elle aurait aimé que je sois en polyuréthane... moi ! ... oui !!!
Si je te le dis ! Il paraît que c'est plus léger...
Cerveau ;
pfft,
Elle n'y est pas allé de main morte dis-donc ! En plastique pur pétrôle
! Moi qui la croyais plutôt écolo, je suis déçu ! Heu, c'est sympa le
polyuréthane remarque, ça casse pas !
Crâne ; crétin !
Vertèbre cervicale ;
c'est de notre faute. Elle a mal. Enfin, de notre faute...n'exagérons
rien. Si les tendons avaient été plus efficaces (..)
Tendons ; oh, on parle de nous, et pas gentiment à ce qu'on entend !
Vertèbre cervicale ; écoute, si tes attaches avaient été de meilleure qualité on n'en serait pas là.
Tendons
; mais on n'y peut rien, nous, on fabrique nos cellules avec ce qu'on
trouve de disponible sur le marché, hein ! Ouais, pour le coup on assure pas le service après-vente.
Cou
; et c'est moi qui trinque ! Emballé toute la journée dans la minerve.
Plus un geste possible. Privés de danse, de hochements. Immobilisé
toute la journée, vous vous rendez compte ?
Ego ; oui, et en plus
Elle est toute pas jolie comme ça. Les autres la regardent comme si
Elle était malade. Oh la la la la, comment faire pour être gai avec
tout ça !
Cerveau ; Ego, tu en fais toujours trop, je ne vois pas en quoi la minerve te gêne !
Ego
; évidemment, vous, les organes, vous n'avez aucune
finesse, aucun recul. Mais Elle, que croyez-vous qu'Elle voit ? Les
organes ? Bien sûr que non, Elle voit les autres humains. Et ils la
regardent comme si Elle était une extra-terrestre, la pauvre. Sans
compter tout ceux qui lui font des jeux de mots plus lourds les uns que
les autres!
Oreilles ; ah oui, trop délire aujourd'hui ! avec
ce coup dur qui lui donne le courroux ! Quel collet monté tu es Ego... Nous on a bien ri ! Courage, fuyons dans la cour... hi hi hi...allons faire des courses...on n'y coupe pas... ah que cou-cou... ha ha ha...
Ego ; mon dieu, un peu de finesse dans ce monde de brutes, c'est tout ce que je demande, moi...
Crâne ;
oh là là, ça ne m'aide pas, tout ça ! Je tente de me faire léger-léger
et j'ai une bande de lourdauds qui sont rattachés à moi.
Estomac ; dites, là haut, est-ce que je me plains moi ? Qui doit les digérer les médicaments qu'Elle
avale, hein ? J'essaye d'avoir un peu de tranquillité pour ne pas lui
ré-ouvrir son ulcère, moi. Et oui, je bosse. En silence. Il y en a qui
devrait en prendre de la graine...
Ego ; et voilà, ils vont recommencer à se disputer...La pauvre chérie, devoir vivre avec tous ces conflits... Elle n'est pas aidée...
Vertèbre ;
et nous, qui nous aide, Ego ? Hein ? qu'est-ce-que tu crois ! Avec ces
screu gneu gneu d'ordinateurs qui lui prennent la tête toute la
journée... pfft... Et les copains, vous avez entendu ? (...) prennent
la tête (...). Pour le coup, la sanction est tombée comme un couperet, Elle abandonne le poste pour 5 jours ! Et, les gars, vous en avez d'autres ? Trop drôle, moi ça me coupe l'inspiration de trop rire...
Ego ; vos couplets sur son cou sont stupides, c'est d'un facile ! D'ailleurs vous devriez plaider coupable, tous ! Hi ! Hi ! Vous avez vu ? moi aussi je sais rire ! (...) Qui a dit que c'était un effet des médicaments ? Qui ?
26 octobre 2005
Fille de joie
Elle
les connaissait tous, les ptits noms qu'ils lui donnaient ! Elle
pouvait même leur en apprendre ! Adossée à son arbre elle les
chantonnait parfois, pour passer le temps, en attendant le client.
asphalteuse,
bagasse, béguineuse, belle-de-nuit, boucanière, catin, cocotte,
coureuse, courtisane, croqueuse, demi-mondaine, femme de mauvaise vie,
femme galante, femme légère, femme publique, fille de joie, fille de
mauvaise vie, fille des rues, fille galante, fille légère, fleur de
macadam, garce, gaupe, geisha, goton, gourgandine, grue, hétaïre,
horizontale, maquerelle, marchande d'amour, marmite, ménesse,
michetonneuse, morue, moukère, peau, péripatéticienne, pétasse,
pierreuse, pouffiasse, poule, professionnelle, putain, pute,
raccrocheuse, racoleuse, ribaude, roulure, sirène, souris, tapin,
tapineuse, taxi, traînée, trimardeuse, turfeuse.
Celui qu'elle préférait, c'était fille de joie. Elle avait la joie en elle. Grâce à lui; son alphonse,
amant, barbeau, barbichon, barbillon, barbiquet, brochet, dos-vert,
entremetteur, fripouille, hareng, mac, maquereau, marle, marlou, mec,
poisse, poisson, protecteur, proxénète, souteneur, taulier, truand,
vaurien.
Grâce à lui, son Homme.
Ils ne le savaient pas, ces pauv'gars
qui la suivaient à l'hôtel. Qui lui pétrissaient la chair et la
fouillaient de leurs sexes pressés. Ils pensaient que c'était une
pauvre fille, comme tant d'autres. Mais non ! Elle avait son Homme.Qui
l'avait fait naître fille de joie. Qui l'aimait, la couvrait de ses
mots d'amour et de ses mains douces. Lui seul avait le droit de prendre
sa bouche. Avec lui, elle chavirait de son corps. Même quand son sexe
la brûlait d'avoir été soumis à trop de leurs besoins. Pauv'gars ! Ils la regardaient parfois d'un air méprisant. Après. Après avoir remonté leur pantalon. Et elle laissait la joie en elle.
Un
de plus. Il serait si heureux, son Homme. Les gars qui traînaient la
nuit, ces gars qui passaient là, ils ne sauraient rien d'elle, mais ses
longues jambes leur faisaient perdre la tête, sa poitrine dénudée ne
leur laissait pas le choix de regarder ses yeux. Elle leur vidait les
poches de quelques billets, vite fait ! Pauv'gars ! Oh, il
n'y avait pas que des paumés, non, loin de là !! Aussi des maris
modèles frustrés ; plein les ruelles de ces gars là. Qui vidaient leur
sexe de leurs désirs et rentraient assagis chez eux. Elle les aimaient
bien, les plaignaient un peu. Et aussi des cadres en réunion, loin de
leur bourgade, qui se payaient une pute comme d'autres se payent un verre.
Quand
son Homme lui avait trouvé cet arbre, au bord de l'avenue, elle avait
eu un peu peur. Mais il était si attentif à elle, jamais très loin.
Elle travaillait bien, vite, avec n'importe qui, pourvu que sa nuit
soit moins longue. Et quand elle avait rempli son sac elle courait le
rejoindre. Se lavait, se parfumait, jetait avec joie sur le lit les
billets gagnés. Comme il était fier d'elle ! Elle se jetait dans ses
bras, l'embrassait goûlument. Son Homme... oh, comme elle l'aimait ! Il
était le seul à connaître ces mots qui la transportaient. Elle se
sentait belle dans ses yeux, aimée comme personne ne l'avait jamais
aimée. C'est pour ça qu'elle aimait être sa fille de joie. Pour
lui. Pour son sourire quand elle avait bien travaillé.
Un jour,
elle eut mal. Au ventre, à l'utérus. Son corps fouillé violemment par
tant d'hommes, son corps lui criait grâce. Elle avait besoin de se mettre au vert,
c'est l'toubib qui le lui avait dit. Elle alla rejoindre son Homme, en
rêvant d'un voyage à la mer qu'ils feraient tous les deux. Oh, ils
pouvaient ! Elle avait bien travaillé ces trois dernières années.
Elle
était adossé à son arbre. Avait oublié les mots d'amour qu'il lui
disait, avant. Ne souriait plus, à cause de ses dents cassées devant.
Elle avait mal. Au ventre. Des coups de pieds reçus. A l'utérus, de sa
chair meurtrie. Elle jetait des coups d'oeil inquiets. Elle savait
qu'il la surveillait. Maintenant qu'elle avait compris.
La pute
soumise ouvrit un peu plus son chemisier. Elle attendait le client. Il
fallait qu'elle lui ramène un peu plus de billets qu'hier. A lui, son
proxénète. Sinon elle dérouillerait. La pute au corps roué, au coeur
meurtri, la pute ne pleurait pas. Elle avait peur.
Une histoire des sens 20)
Leur parc s'était recouvert d'un tapis crissant de feuilles. Les lattes du banc de bois blanchissaient un peu. Et il y avait cette lumière si belle au travers des arbres en couleurs jaunies.
Toi et Moi partageaient la fraîcheur humide et la tiédeur des mains enlacées.
Toi la regardait. Voulait tant qu'elle lui parle. Avec des vrais mots et des phrases. Toi voulait savoir pourquoi un voile de tristesse l'emplissait. Elle se taisait, s'enfonçait dans des sables mouvants inconnus. Elle devenait muette et son souffle l'oppressait. Elle ne savait qu'écrire ses peines, pas en parler. Avait appris à se taire, pour ne pas être vulnérable.
Toi lui tendit alors ce beignet sucré qu'il allait toujours lui chercher, douceur qu'elle aimait, douceur qu'il aimait la voir manger avec tant de gourmandise. Il la regardait croquer goulûment les cristaux de sucre et piocher avec les doigts le moelleux de l'abricot.
Elle ne voulait pas répondre, ne pouvait pas.Toi s'en rendait bien compte. Qu'elle était comme muselée au dedans.
Toi lui tendit un mouchoir. Elle le prit, mais préféra respirer très fort, pour endiguer cette flotte de tous les diables qui voulait sortir de son dedans. Froissa le mouchoir. Rêva de ces temps anciens où elle aurait pu garder un carré de coton brodé à ses initiales. Elle roula en boule le Kleenex périssable. Ne parla pas. Ne pouvait pas.
Toi et Moi apprenaient les petits chagrins qui ne doivent pas se dire, mais se taire.
Elle aurait aimé, pourtant, parler de.... de ces choses graves et légères qui rendent les coeurs palpitants. Avec une voix un peu rauque lui dire... Mais une histoire de sens, ça doit rester simple, tout simplement simple. Comme ces fleurs légères qui s'éparpillent dans les jardins.
Elle se taisait.
Et disait "serre moi fort".
Et Toi la serrait en ayant peur de la casser.
Elle reprit son sourire et ses paillettes dans les yeux, rit et se redressa. Et parla. De tout, mais surtout pas de sa tristesse. Surtout pas. Elle aimait trop leurs sourires de gamins qui font une bétise !
C'est une jolie histoire. Des sens.
Et l'automne lui offrait en écrin un ciel parfois nuageux de gris, mais avec un si doux soleil tiède.
Une jolie histoire.
25 octobre 2005
Bobologie à l'irlandaise
Aïe ! Oui, c'est bien là que j'ai mal. Aïe,stop ! je vous assure que vous
êtes pile-poil dessus, c'est bon ! Je sais, ça fait une bosse.
Sur la vertèbre. C'est ravissant, non ?
Elle doit même y être depuis un moment la bosse....
Ah
bon... vous pensez que je traîne ça depuis un moment ? (...) Oui ?
(...) Mon parfum ? Toujours le même... mais il faut dire que cela
faisait longtemps que vous n'aviez pas mis votre nez dans mon cou !
Évidemment, je suis dans tes cervicales ! Puisqu'il faut que vous soyez dans cet état pour accepter que je m'approche.
Arrêtez de râler, je n'en peux plus ! Je déteste avoir mal. Il faut me guérir ça.
Bien sûr. En cinq minutes. Une tendinite qui a grossi comme un oeuf. Toujours pressée.... Un petit massage ?
Non, je ne veux pas de massage. Je veux guérir.
Bon, alors, des anti-inflammatoires, et tu manges avant de les avaler, une minerve...
Non, pas ça !!!! C'est horrible, on ressemble à un robot cassé et ça ne s'assortit à aucune tenue...
La minerve, toute la journée. Mais tu dors sans quand même !
Oh, je vous déteste ! Je vais guérir ?
Si tu trouves la bonne posture au boulot ça devrait passer.... avec un peu de chance... Ah j'oubliais, la crème c'est trois fois par jour.
Trois fois ? (...) Son odeur est assortie à mon parfum ? (...) Non ? Ah...
Pfft,
fais la mariole, va ! Si j'appuie tu ne rigoles plus, pas vrai ? Et
oui, tu la prends aussi au boulot ! Tu es assez souple pour te la
passer dans le dos.
J'ai l'habitude de faire seule, vous le savez bien, j'y arriverai !
Pour me déshabiller ce sera dans les toilettes... Que du discret comme
traitement !!! Tu sais que c'est insupportable ?
Pour finir le traitement, une Guiness tout à l'heure. A 19 heures.
Je suis fatiguée.
Vous êtes toujours fatiguée pour moi. C'est moi qui t'ai appris à aimer la bière, il y a ...pfft...ça ne nous rajeunit pas !
D'accord, à 19 heures, et tu as intérêt à me faire rire, toubib, sinon je sors avec toi... et la minerve !
Mais j'y compte bien que tu la mettes, même ce soir ! On ne boit qu'un verre je suppose ?
Bien supposé....Merci, docteur, à bientôt.
Proprement
Sous le lit.
Du balai soyeux souleva la poussière blanche.
Tendres amants blottis aux creux des phrases molles. Voluptueux soupirs en bémols retenus. Mots aimants enlacés en souffles légers -qui s'envolaient-. Glacis en bulles de salives mélangées. Paillettes des silences partagés dans la complicité. Chuchotements rauques de la nuit. Clapotis suaves.
Dans la chambre.
Du balai-brosse frotta les traces noircies.
Cris des rages amères, noires. Limaille verte du fiel de la colère. Mots collants salis des mensonges superposés. Faux-fuyants aux accents éraillés. Voix sournoises des menaces en dernier rempart. Cheveux blancs en cauchemars avérés.
Au salon.
Avec la pelle ramassa soigneusement les filaments grisés en effilochades.
Papotis légers de paroles volantes. Rires un peu faux mais si propices. Éclats en échos déformés de dialogues embrumés. Dialogues de sourds qui s'entendaient trop bien.
Dans le jardin.
De la pioche fracassa la terre compacte.
De la pelle creusa à s'en arracher la peau. Jeta. Enfouit. Enterra. Écrasa. Piétina. Puis déposa soigneusement le tubercule d'un mot nu qui se nourrirait de ce compost à venir.
Dans quelques semaines de la terre jailliraient de feuilles verdies. La terre aux mots entassés crèverait ses mottes agglomérées. Et elle arracherait le plant.
Compterait les petites pommes de mots, toutes nouvelles et fraîches. Les laverait doucement sous un filet d'encre bleue.
Les ferai rissoler dans un cahier noirci des feux de Belzébuth.
Savourerait, en les mêlant lentement, ré-inventant les mots oubliées.
Et les digèrerait.