La soirée débute à peine, juste le temps pour le ciel de se poudrer la face d'un voile. Le soleil enfin disparu, les nuages en cafouillis joyeux, le vent qui joue à saute-moutons avec eux, j'aime cette quiétude qui semble tout apaiser. Je me laisse enfin chuter de ma falaise ; emportée sans effort par les courants d'air frais. Je ferme les yeux, je vole et je suis en paix à cet instant. Je n'entends presque plus les bruits, seul le sifflement de l'air m'accompagne... Tûût tûût! Le portable! J'oublie toujours de le débrancher, celui là. A croire que je suis née avec. Les mouettines qui me classaient dans la préhistoire il y a peu, sont fièrs de mes progrès. Comme les autres robots de la ville, je pianote, textote, maile et bloggue. Bienvenu à Gattaca (c'est un film, vous n'êtes pas censés connaître, mais si, malgré tout, c'était le cas, je vous site mes sources!). Bienvenu dans le monde halluciné des fous, esclaves consentants de leur enchaînements.
S'il vous plaît, rassurez-moi, vous êtes pareils, hein? Vous ne vivez pas dans la campagne, hein? Pas en ramassant vos carottes élevées au fumier de cheval biologique? Hein? Rassurez-moi, j'ai l'impression de me parler toute seule. Dites-moi que votre parfum quotidien est le diesel ou les aisselles mal lavées du métro. Faites un effort!
Tant pis, il fallait le dire, là, tout de suite. D'accord je suis Mouetterieuse, mais Mouetteimpatiente, qu'on se le dise. Votre silence.
Et voilà comment mes ailes se replient. Je ressemble à un vulgaire poulet maintenant. Fini le vol majestueux. Hop, les pieds dans le mazout.
Arrête de rêver, la mouette, tu n'es qu'un oiseau, comme un poulet.